Publié le 31 octobre 2026 à 22h10 - Dernière mise à jour le 31 octobre 2026 à 22h10
La mobilisation de ce samedi 31 octobre avait pourtant commencé dans le calme à Marseille. Parti des Réformés, le cortège, qui a rassemblé jusqu’à 10 000 personnes selon la préfecture, a défilé pendant près de deux heures sans incident. Mais à partir de 16 heures, la situation s’est dégradée avec des jets de projectiles en direction des forces de l’ordre. Dans la soirée, les tensions se sont concentrées autour de la Plaine, où les CRS sont intervenus à plusieurs reprises. Une intrusion dans l’école maternelle Saint-Savournin a également été confirmée, tandis que cinq personnes ont été interpellées lors d’une tentative de cambriolage dans un commerce. Le maire Benoît Payan a appelé les Marseillais à se mettre en sécurité. À l’échelle nationale, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé un renforcement de la vigilance pour la nuit.

Un cortège de 10 000 personnes au plus fort de la mobilisation
Marseille a vécu, ce samedi 31 octobre, une nouvelle journée de mobilisation contre la vie chère et pour de meilleures conditions de vie, notamment pour la jeunesse. Après les violences et les pillages qui avaient marqué les précédents rassemblements, les autorités avaient déployé un important dispositif de sécurité pour protéger les habitants, les commerces et les principales artères du centre-ville. Malgré les restrictions préfectorales, plusieurs milliers de personnes se sont retrouvées dans le secteur des Réformés, en haut de la Canebière. Aucun rassemblement n’avait été déclaré auprès des autorités. Dans un communiqué, la préfecture indique que la mobilisation a atteint un maximum de 10 000 personnes. Parti de la place des Réformés, le cortège a défilé pendant près de deux heures sans incident. De nombreux participants avaient choisi de se déguiser pour Halloween, donnant par moments à la manifestation des allures de défilé carnavalesque. Mais cette atmosphère n’a pas résisté aux tensions apparues en fin d’après-midi.
Des tensions à partir de 16 heures
Des incidents ont éclaté à compter de 16 heures, lorsque des projectiles ont été lancés en direction des forces de l’ordre. Les policiers sont alors intervenus pour disperser les groupes qualifiés d’« hostiles » par les autorités. La préfecture précise que « le dispositif policier important déployé à Marseille depuis ce matin demeure pleinement mobilisé pour assurer la sécurité des personnes, des biens et des commerces ». Le dispositif de maintien de l’ordre visait notamment à empêcher de nouveaux débordements dans les rues commerçantes, durement touchées par les pillages du 17 octobre. Le Vieux-Port et les principales artères commerciales ont ainsi fait l’objet d’une surveillance renforcée. Le cortège n’a pas pu rejoindre librement ces secteurs.
À la Plaine, une soirée marquée par des affrontements
Après la dispersion du cortège, les tensions se sont concentrées autour de la place Jean-Jaurès, dans le quartier de la Plaine. Plusieurs feux de poubelles ont été signalés dans les rues adjacentes, tandis que les CRS procédaient à des charges et faisaient usage de gaz lacrymogènes pour disperser des groupes de jeunes qui se reformaient régulièrement. « La Plaine, c’est à nous ! », scandaient certains d’entre eux. Un hélicoptère de la gendarmerie survolait également le secteur, où les affrontements se poursuivaient encore vers 20 heures.
Une intrusion dans l’école maternelle Saint-Savournin
Autre événement préoccupant, une intrusion s’est produite dans l’école maternelle Saint-Savournin, située dans le 5e arrondissement de Marseille. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, initialement présentée comme une intrusion dans un immeuble, a conduit à des vérifications. La préfecture a confirmé qu’il s’agissait bien d’une « intrusion à l’école maternelle Saint-Savournin ». La Ville de Marseille précise que « l’intervention des forces de l’ordre a permis de rapidement mettre en fuite les intrus ». Les éventuelles dégradations n’ont pas encore été précisées. La municipalité indique que « les services de la Ville de Marseille sont actuellement au travail pour permettre la rentrée dans les meilleures conditions de l’ensemble des élèves dès ce lundi ». La préfecture assure également que les cours pourront reprendre lundi. À ce stade, aucun élément communiqué ne permet d’établir avec certitude l’identité des intrus ni leur éventuel lien avec les groupes impliqués dans les affrontements de la soirée.
Cinq interpellations dans les réserves d’un magasin Foot Locker
Les forces de l’ordre sont également intervenues dans un commerce marseillais. cinq personnes ont été interpellées en flagrant délit de tentative de cambriolage dans les réserves d’un magasin Foot Locker. Les faits se sont produits en marge de la mobilisation de ce samedi. Aucune précision supplémentaire n’a été communiquée sur les circonstances de cette tentative de cambriolage. Ces cinq interpellations constituent un premier bilan local confirmé, sans préjuger d’éventuelles autres procédures liées aux incidents survenus dans la journée ou dans la soirée.
Benoît Payan appelle les Marseillais à se mettre en sécurité
Face à la multiplication des troubles, le maire de Marseille, Benoît Payan, a pris la parole dans la soirée. Il a d’abord rappelé les revendications portées par les manifestants : « Des centaines de milliers de personnes, dont plusieurs dizaines de milliers à Marseille, ont à nouveau défilé dans les rues contre la vie chère et pour des conditions dignes pour la jeunesse. » Cette estimation marseillaise avancée par le maire diffère du maximum de 10 000 personnes communiqué par la préfecture. Benoît Payan insiste sur la nécessité d’une réponse politique : « Je le redis : ces revendications doivent trouver des réponses politiques. » Mais il condamne fermement les violences qui se déroulent dans plusieurs quartiers de la ville. « Ce soir, des individus profitent de ces manifestations pour semer le trouble dans plusieurs quartiers de Marseille. Je demande à toutes les Marseillaises et à tous les Marseillais de se mettre en sécurité et de faciliter le travail des secours et des forces de l’ordre. » Le maire précise que « notre police municipale est entièrement mobilisée pour protéger tous les habitants et leurs biens ». Il conclut en distinguant les revendications des manifestants des agissements des groupes violents : « Ni notre ville ni les revendications légitimes et pacifiquement exprimées par les manifestants ne doivent être les victimes de ceux qui ne veulent que le chaos et la violence. »
Laurent Nuñez dénonce une « violence inouïe »
À l’échelle nationale, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a dressé un premier bilan des manifestations de ce samedi. Tout en estimant que les défilés s’étaient globalement « bien déroulés », il a dénoncé la présence de groupes violents dans plusieurs villes. « Comme on s’y attendait et comme je l’avais anticipé, on a eu dans chaque cortège des groupes de casseurs, de pilleurs, beaucoup animés d’ailleurs par la mouvance d’ultragauche et l’extrême gauche radicale », a déclaré le ministre. Selon lui, ces groupes « ont pris à partie les forces de sécurité intérieure et n’ont eu que comme seul objectif de regagner ces centres-villes avec une violence inouïe ». Laurent Nuñez a notamment cité Paris, Montpellier, Toulouse, Rennes, Marseille, Nantes, Tours et Angers. « On a vu des prises à partie extrêmement violentes de groupes de plusieurs centaines d’individus », a-t-il également dénoncé. Le ministre a particulièrement insisté sur un incident survenu à Paris, où un cocktail Molotov a été lancé en direction des forces de l’ordre. « Quand vous jetez un cocktail Molotov sur un barrage de membres de force de l’ordre, moi j’appelle ça une tentative de meurtre », a-t-il déclaré. Cet épisode concerne la capitale et non Marseille.
Plus de 500 interpellations en France à 20 heures
Laurent Nuñez a également détaillé l’ampleur du dispositif policier déployé sur le territoire. Au moment de son intervention, il faisait état de 40 000 contrôles, dont 15 000 en Île-de-France, ainsi que de 422 interpellations. « Ces contrôles ont été particulièrement efficaces et ont eu un caractère dissuasif évident », a-t-il estimé. Le ministre avait alors prévenu que le nombre d’interpellations pourrait augmenter. À 20 heures, un nouveau bilan du ministère de l’Intérieur faisait état de 511 interpellations à l’échelle nationale.
Une nuit placée sous haute surveillance
Alors que les manifestations de l’après-midi étaient terminées dans plusieurs villes, Laurent Nuñez a annoncé une adaptation du dispositif de sécurité pour la soirée. « Il ne s’agit plus d’encadrer des cortèges déclarés, il s’agit effectivement de traiter des petits groupes épars qui ne vont avoir de cesse d’essayer d’éclater le dispositif policier pour se livrer à des pillages et des exactions. Qu’ils viennent ! » « La journée n’est pas terminée », a-t-il insisté, assurant que les autorités resteraient vigilantes pendant toute la soirée et la nuit. À Marseille, les arrêtés préfectoraux interdisant certains rassemblements non déclarés dans les secteurs sensibles demeurent applicables jusqu’au lundi 2 novembre à 5 heures.
Les transports en commun ont, eux aussi, été fortement perturbés tout au long de la journée. Après une interruption temporaire des métros, plusieurs lignes ont repris leur circulation avec des restrictions, tandis que de nombreuses lignes de bus ont été déviées ou interrompues dans le centre-ville. En soirée, les bus de nuit N1 et N2 étaient notamment annoncés interrompus, et plusieurs autres lignes nocturnes faisaient l’objet de modifications de parcours.
Marseille face à une nouvelle soirée de tensions
Cette journée du 31 octobre présente deux visages. Celui d’une mobilisation importante, qui a réuni jusqu’à 10 000 personnes selon les autorités et dont le cortège s’est déroulé sans incident pendant près de deux heures. Et celui d’une fin d’après-midi puis d’une soirée marquées par des affrontements, des interventions policières répétées à la Plaine, une intrusion dans une école maternelle et une tentative de cambriolage déjouée dans un commerce. Pour les commerçants marseillais, déjà éprouvés par les pillages des semaines précédentes, ces nouvelles tensions prolongent une période d’incertitude, même si aucun bilan consolidé de nouvelles dégradations commerciales n’est encore disponible. À l’heure de ce point de situation, la priorité des autorités reste la sécurisation des quartiers concernés et la prévention de nouveaux incidents pendant la nuit. Le bilan définitif de cette journée ne pourra être établi qu’après la fin des opérations de maintien de l’ordre.
Patricia CAIRE



