Tribune de Bernard Valero. Au Groenland, les lapins européens dans les phares de la voiture de Donald Trump
« Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire. Quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. » (Georges Clémenceau).
Depuis le début du second mandat du Président Trump, il y a tout juste un an, les Européens n’ont cessé d’encaisser avec sidération les attaques des États-Unis contre l’UE et de mesurer avec stupeur le mépris que Washington nourrit à l’encontre de l’Europe.
Les Américains n’avaient en effet pas perdu de temps si l’on en juge par le brutal coup de semonce, contre les démocraties européennes, tiré dès le 14 février 2025 par le vice-président JD Vance à la conférence de Munich sur la sécurité. S’en était suivi depuis une triste litanie de menaces, chantage, pressions de tous ordres et au fil desquels les États-Unis se sont employés à tenir les Européens à l’écart de la recherche de la paix en Ukraine ou à Gaza, à les plier à leur bon vouloir en matière de tarifs douaniers et de commerce, à combattre l’arsenal juridique européen de régulation du numérique, ou à soumettre les Européens à un chantage à la sécurité dans le cadre de l’OTAN.
Les dernières initiatives en date de l’Administration américaine confirment ce constat amer sur l’érosion préoccupante du pilier transatlantique érigé par les États-Unis et l’Europe depuis 1945 :
• Publiée le 5 décembre 2025, la stratégie américaine de sécurité nationale relègue l’Europe en 3e priorité géographique des États-Unis et fait littéralement passer les Européens du rang d’alliés à celui de vassaux.
• Le 26 décembre 2025, L’Administration Trump décidait de sanctionner 5 personnalités européennes, dont le Français Thierry Breton ancien commissaire européen, pour les punir de leur implication dans la politique européenne de régulation du numérique, en particulier le Digital Service Act, DSA, qui vise à encadrer toutes les plateformes numériques dans l’UE.
• Last but, sûrement, not least, la crise du Groenland, que les Européens n’avaient pas anticipée alors qu’il s’agit là d’une très ancienne obsession de l’actuel locataire de la Maison blanche lequel, au-delà de fumeuses raisons de sécurité ou d’accès aux ressources naturelles de ce territoire, ne dissimule guère sa volonté de rester dans l’histoire comme le Président qui aura ajouté 2 millions de km² (4 fois la France) au territoire américain. Véritable tournant stratégique, cette crise met à l’épreuve la relation transatlantique sur deux des principes fondamentaux de la construction européenne que sont l’autodétermination des peuples et la souveraineté territoriales des États membres de l’UE.
Des Européens sous pression : le recul du pilier transatlantique
Face à cette menace directe sur le lien transatlantique qui, depuis 80 ans, avait permis aux deux rives de l’Atlantique de mêler leurs destins, les Européens mesurent aujourd’hui avec effarement l’étendue de leurs faiblesses devant la destruction du droit international et le retour des empires.
Incapables jusqu’ici de monter au rapport de force face à Washington, les Européens subissent :
-Sur les droits de douane imposés par Donald Trump, -Sur l’Ukraine ou ils sont bien à la peine pour dissuader le Président américain de faire le jeu de Poutine, -Sur les valeurs européennes alors qu’ils assistent, impuissants, au soutien affiché des Américains aux forces politiques les plus sombres qui, aux quatre coins de l’UE, font leur miel du populisme et du nationalisme, -Sur les sanctions américaines contre des personnalités européennes : qu’avons-nous fait en réponse à la sanction américaine contre Thierry Breton ? Nada. -Sur la crise groenlandaise alors qu’il faut souhaiter que les Européens se montrent unis et fermes face aux menaces, une nouvelle fois douanières, du Président américain contre les États membres de l’UE qui s’opposent à une annexion de ce territoire européen par les États-Unis.
Empêtrés dans leurs faiblesses et leurs divisions, les Européens se débattent aujourd’hui pour retrouver leurs souverainetés politique, économique et militaire afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des Américains, dans les domaines du numérique et de la défense en particulier, alors qu’ils doivent faire simultanément face aux menaces sécuritaires de la Russie et à l’agressivité commerciale de la Chine. Cette recherche d’unité et de fermeté, notamment sous l’aiguillon de la diplomatie française, est bienvenue mais elle doit se concrétiser très vite alors que les Européens sont frontalement attaqués de par Washington sur le dossier du Groenland.
Sortir de la réaction : assumer le rapport de force
Au-delà de l’impérieuse nécessité de réagir, les Européens devront avoir le courage de ne plus se contenter de subir et/ou de chercher de médiocres accommodements avec Washington comme ils le font depuis un an. Compte tenu des enjeux, il leur faut désormais se résoudre au rapport de force et à passer à l’offensive. Si la diplomatie est devenue dans le monde actuel un sport de combat, l’une des premières choses à faire est d’identifier les points de vulnérabilité de l’adversaire.
Il s’avère que le point faible de Donald Trump est le rendez-vous électoral qui attend son camp en novembre prochain à l’occasion des « Midterm elections ». Le Président américain et son électorat MAGA joueront gros sur ce scrutin. Celui-ci risque en effet de leur faire perdre la majorité à la Chambre des Représentants du Congrès, une hypothèse qui reviendrait à réduire sensiblement les marges d’initiatives et d’action de l’actuelle Administration au cours de la seconde moitié du mandat du Président.
Les midterms : un levier pour une campagne d’influence européenne
Dans cette perspective, et compte tenu de l’urgence dans laquelle les place l’hostilité de Washington, les Européens seraient bien avisés de prendre l’initiative et de lancer une robuste campagne de communication aux Etats-Unis même afin de prendre à témoin l’opinion publique américaine, le terrain de jeu quotidien et favori de Donald Trump. Il s’agirait de faire entendre la voix des Européens et de contrebattre le discours dominant de la Maison blanche et les menaces contre l’Europe auprès des deux Chambres du Congrès, des médias, des think tanks, des fondations, des universités, des milieux économiques, (de Wall Street à la tech de Californie). Une telle campagne, si elle était menée avec vigueur, détermination et à une large échelle, aurait une autre résonnance que les couinements, inaudibles outre-Atlantique, que les dirigeants européens publient en ordre dispersé sur X à chaque mouvement d’humeur ou coup de force du Président américain. C’est l’opinion publique américaine dans sa grande diversité auprès de laquelle les Européens doivent aujourd’hui intervenir afin de convaincre des dangers de l’impérialisme transactionnel de l’actuelle administration et des risques, hélas bien réels, de voir les deux rives de l’Atlantique aller dans le mur.
Ancien diplomate, Bernard Valero a servi 45 ans durant au Ministère des Affaires étrangères. Il a notamment été Consul général de France à Barcelone, Ambassadeur à Skopje et Bruxelles, directeur de la Communication et porte-parole du Quai d’Orsay… Bernard Valero est aujourd’hui membre du Conseil de surveillance de l’UpM.
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