À un peu plus d’un mois des municipales à Marseille, la droite règle ses comptes à ciel ouvert. Dans un communiqué daté du 2 février 2026, le camp de Franck Allisio candidat RN ne se contente pas de critiquer Martine Vassal candidate de la droite et du centre : il lui intime de se retirer. Il s’agit ici de faire du premier tour un révélateur brutal, et imposer une règle unique – le « mieux placé » à droite serait le seul capable de battre Benoît Payan et la gauche.

Une injonction plus qu’un argument
Dans les derniers mètres d’une campagne, les mots ne cherchent plus à convaincre : ils cherchent à contraindre. Le communiqué signé par Olivier Rioult, porte-parole de Franck Allisio, est de cette trempe. Il ne dessine pas seulement une ligne politique, il tente d’écrire une consigne de vote avant l’heure : « Celui qui arrivera en tête au premier tour battra Payan et LFI. » Derrière la formule, une idée fixe : transformer le premier tour en test d’élimination, et faire du second un automatisme de ralliement derrière celui qui aura dominé la droite.
Le récit du « revirement »
La démonstration commence par un récit de « bascule ». Martine Vassal serait devenue illisible, « un coup à droite, un coup à gauche », accusée d’avoir « déboussolé » l’électorat de centre-droit en laissant planer des ambiguïtés, puis en « rentrant dans le rang de la macronie ». Le communiqué ne documente pas : il qualifie. Il cherche moins la preuve que l’étiquette. Et l’étiquette est lourde : celle d’une candidate opportuniste, sans « consistance », qui bougerait au gré des enquêtes d’opinion. Dans un scrutin municipal où la crédibilité d’exécution pèse autant que les slogans, c’est un procès en incapacité à tenir une trajectoire.
Fabriquer le « vote utile » avant l’heure
Mais l’attaque personnelle n’est qu’un prélude. Le cœur du texte est ailleurs : installer la logique du « vote utile » comme seul horizon rationnel. La manœuvre est fine dans sa brutalité : si la droite perd, ce ne sera pas parce que la gauche était forte, mais parce que certains auront refusé de s’effacer. Le communiqué va jusqu’à convoquer l’image de Valérie Pécresse en 2022, comme un avertissement : une candidature « à la dérive » ouvrirait une voie à l’adversaire. C’est une manière de préparer le procès d’après -celui de la responsabilité- tout en exerçant une pression immédiate sur l’adversaire du moment.
« Candidate Macron » : déplacer le duel sur le terrain national
C’est là que le texte franchit un seuil : «Son retrait est aujourd’hui une nécessité pour Marseille ». Cette phrase n’est pas un argument, c’est une injonction. Et elle est construite pour couper Martine Vassal d’une partie de sa coalition potentielle. En la qualifiant de « candidate d’Emmanuel Macron », le camp Allisio déplace le duel municipal vers une fracture nationale : pouvoir contre opposition, compromis contre rupture, macronie » contre « droite sincère ». On comprend la cible : l’électorat de droite qui refuse les alliances de sommet, et qui, dans une ville travaillée par la question de l’ordre, de la propreté, de l’autorité, cherche une ligne perçue comme plus tranchée.
Une stratégie à haut risque
Pour autant, l’offensive a son risque : à vouloir forcer la main, on peut provoquer l’effet inverse. Exiger un retrait, c’est offrir à l’autre camp un levier de victimisation : «On veut me faire taire » – et un motif de résistance : «Je ne cède pas aux pressions ». C’est aussi poser une condition implicite : prouver vite, très vite, qu’on est réellement le mieux placé. Car la règle du « premier rassemble, le second s’efface » ne tient que si le rapport de force devient incontestable. Dans le cas contraire, elle apparaît pour ce qu’elle est aussi : un coup de pression destiné à fabriquer la dynamique plutôt qu’à la constater.
Une guerre de leadership à droite
Au fond, ce communiqué révèle un fait plus large que la querelle du jour : la droite marseillaise ne se bat plus seulement contre le maire sortant, elle se bat pour savoir qui a le droit de la représenter. Martine Vassal serait la candidate « système » ; Franck Allisio se présente comme celui de la « ligne claire » : « autorité, sécurité, propreté, développement économique et respect de nos traditions ». Ce registre n’est pas seulement programmatique : il est identitaire. Il vise à verrouiller un électorat tenté par la radicalité, tout en imposant à l’adversaire une place défensive : se justifier, se démarquer, ou se retirer.
Le dernier mot aux électeurs
Reste une question que le communiqué ne tranche pas – et que l’élection tranchera : Marseille se gagne-t-elle par l’injonction au « vote utile », ou par la capacité à élargir, au-delà de son camp, une promesse crédible d’ordre et de gestion ? À un mois du scrutin, le camp Allisio tente d’imposer sa règle : « Le premier doit gagner, le second doit s’effacer ». Les électeurs, eux, ne sont pas tenus d’obéir à une règle écrite par les candidats.
Patricia CAIRE



