Après une tournée des vœux ayant rassemblé quelque 3 800 participants sur l’ensemble du territoire, le collectif « Tous Acteurs » -qui fédère 180 acteurs économiques locaux- vient de présenter, au Palais de la Bourse de Marseille, 42 propositions « concrètes » destinées aux candidats et aux futurs élus afin de « favoriser et accélérer » les conditions de développement économique d’Aix-Marseille-Provence.

Une démarche « apolitique » pour peser sur l’agenda local
Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille-Provence (CCIAMP), a revendiqué une démarche « mobilisée » et « en scène », structurée autour d’un principe : quand le monde économique parle d’une seule voix, il porte davantage. Le collectif dit vouloir « inspirer » les décideurs, mais aussi accompagner la mise en œuvre : tester, expérimenter, ajuster, déployer.
Pour construire ces propositions, « Tous Acteurs » a constitué cinq groupes de travail thématiques, animés par des entrepreneurs et des responsables engagés. Au total, environ 60 participants ont contribué à l’élaboration des mesures, conçues comme un mix « d’idées audacieuses » et de « petits pas » activables rapidement.
Foncier économique et logement : densifier intelligemment, éviter le gaspillage
Piloté par Laurence Pont, présidente de la Fnaim Aix-Marseille Provence, le volet « foncier et logement » met l’accent sur la lutte contre la sous-densité et l’étalement urbain. Une proposition phare : instaurer une surface de plancher minimale dans les documents d’urbanisme (via les OAP, Orientations d’aménagement et de programmation), afin d’optimiser les réseaux existants, limiter le gaspillage de foncier et encadrer l’utilisation de terrains en zone urbaine. Le groupe plaide pour des règles « modernes », plus qualitatives, modulées selon les secteurs et les besoins (logements, commerces, équipements, tertiaire…), avec des points de vigilance juridiques pour éviter les contorsions et sécuriser les PLU. Côté « idée audacieuse », une piste est évoquée : expérimenter un modèle financier sur les terrains publics avec une charge foncière « décalée et maîtrisée ». L’idée est de permettre au porteur de projet de construire et de payer le foncier en fin d’opération, une fois le bilan consolidé, pour mieux absorber le poids du terrain dans l’économie des projets.
Mobilité : rattraper le retard vélo et créer des voies réservées
Sur la mobilité, Jean-Michel Lacaux, vice-président du Pôle Alpha, a insisté sur le caractère multipolaire de la métropole, encore reliée massivement par la route. Le collectif propose de tenir et dépasser les objectifs d’infrastructures cyclables en visant, d’ici 2030, 1 200 km de réseaux vélo structurés, continus et sécurisés à l’échelle métropolitaine. L’objectif avancé est d’en finir avec les « pistes qui s’arrêtent au bout de 500 mètres » et de garantir la continuité, y compris sur les liaisons intercommunales. Parmi les mesures plus opérationnelles : déployer des voies de covoiturage et de transports en commun, aujourd’hui jugées trop rares, en s’appuyant sur des dispositifs de contrôle pour réserver réellement ces voies aux usagers autorisés. Et, dans un registre plus disruptif, une proposition retient l’attention : transformer le terre-plein central de l’A51 entre Plan-de-Campagne et La Pioline en voies réservées sur rail connectées au réseau ferroviaire, pour renforcer l’axe Aix-Marseille, décrit comme l’un des corridors de transport les plus chargés.
Centres-villes : accessibilité, stationnement, gouvernance partagée
Le groupe « centres-villes », porté notamment par Guillaume Sicard, président de la Fédération des commerçants Marseille-Centre, et Vincent Guaymard, vice-président de l’UMIH 13, repart d’un constat : l’accès aux cœurs de ville reste un frein, pour les habitants comme pour les touristes, et la stratégie de stationnement est jugée insuffisante. Parmi les propositions : des parkings plus sécurisés, plus accessibles et moins coûteux, une meilleure gestion des stationnements de courte durée (20 à 30 minutes) et, en parallèle, des solutions de stationnement vélo sécurisées pour réduire le risque de vol, souvent dissuasif.
Côté méthode, le collectif propose de créer dans chaque commune un comité de coordination et de suivi « centre-ville », pour sortir du « ce n’est pas notre compétence » et travailler dans la durée entre municipalités, institutions et représentants économiques. Une mesure de base revendiquée consiste à recenser les locaux commerciaux (vacance, typologie, localisation) afin d’orienter les implantations et de piloter le commerce avec des données actualisées. Enfin, au chapitre des idées plus ambitieuses : instaurer des zones avec incitations fiscales pour soutenir les cœurs marchands (implantation et maintien des commerces), quitte à porter le sujet au niveau national si nécessaire.
Attractivité : « Made in Provence », salubrité, et un grand rendez-vous maritime décarboné
Sur l’attractivité et les grands projets, Sandra Chalinet, présidente du Club immobilier Marseille Provence, a défendu l’idée d’un « lieu totem » central «Made in Provence », décliné en relais locaux, pour valoriser les filières d’excellence, l’industrie et les savoir-faire, tout en renforçant les liens avec les écoles et la formation. Le collectif insiste aussi sur un angle parfois moins « glamour » mais jugé décisif : la salubrité. Il s’agit d’élaborer dans chaque territoire un plan de gestion de la salubrité (propreté, nuisibles, hygiène, prévention), perçue comme un frein direct à l’attractivité. Parmi les idées audacieuses figure l’organisation d’un grand rassemblement mêlant business et grand public autour du transport maritime et de la production décarbonée et innovante, avec des navires « emblématiques » visitables (voile, technologies propres…), pour faire à la fois vitrine industrielle, événement pédagogique et accélérateur de marché.
Jeunesse : former, retenir les talents et combler la fracture numérique
Sur la jeunesse, Olivier Cebe, vice-président de l’AMCF, a plaidé pour un renforcement de l’offre de formation afin d’attirer et de retenir des profils d’excellence : nouvelle école d’ingénieurs, école dédiée à l’IA, école hôtelière de haut niveau, et surtout une école des métiers de la mer (soudeurs, charpentiers, tuyauteurs, etc.), présentée comme stratégique au regard des chantiers liés à la transition énergétique et aux projets maritimes.
Pour sa part, Stéphanie Ragu, présidente de Medinsoft, a mis l’accent sur l’inclusion : lancer un plan massif d’inclusion numérique dans les quartiers, contre l’illectronisme et la fracture numérique. Parmi les leviers, elle cite notamment la création d’un fonds local d’innovation numérique, le soutien à des projets de proximité (accès aux droits, santé, emploi, seniors) et l’organisation de hackathons inclusifs directement avec les habitants, associations et acteurs économiques.
Une interpellation de tous les candidats et un suivi annoncé après le scrutin
En fin de conférence, Jean-Luc Chauvin a précisé la méthode : les 42 propositions seront envoyées dès le lendemain à l’ensemble des candidats déclarés sur le territoire. Le collectif leur demandera de se positionner, de dire ce qu’ils retiennent et ce qu’ils écartent, puis de s’engager sur la mise en œuvre. Les retours seront ensuite rendus publics via les canaux de communication du collectif et de ses partenaires, avec la possibilité d’un nouveau point presse pour présenter les réponses. « Tous Acteurs » insiste sur son caractère apolitique : les propositions seront adressées à tous, et chacun sera évalué à l’aune de sa volonté de travailler avec le monde économique. Jean-Luc Chauvin a aussi rappelé que certaines idées reviennent depuis plusieurs années, faute d’avoir été suffisamment entendues. Il a cité, parmi d’autres, une piste concrète pour les centres-villes : la création d’une navette dans le port, solution décarbonée et opérationnelle, « comme cela existe ailleurs », destinée à faciliter l’accès et les déplacements dans l’hypercentre.
Des engagements attendus et un «après» revendiqué
Interrogé sur l’existence d’un suivi, Jean-Luc Chauvin a répondu clairement : oui, avec une logique en deux temps. D’abord, un accompagnement des élus qui s’engageront sur des mesures communales, jugées souvent plus simples à activer. Ensuite, un travail de fond sur les leviers métropolitains, à condition que les élus deviennent moteurs pour enclencher les décisions à l’échelle d’Aix-Marseille-Provence.
À la question d’un retour d’expérience par rapport aux municipales précédentes, il a reconnu que toutes les propositions n’avaient pas été reprises, mais que certaines avaient abouti. Cette fois, le collectif veut aller plus loin en publiant les engagements pris pendant la campagne, pour éviter que les mesures ne restent au stade des intentions et pour pouvoir, ensuite, mesurer ce qui sera réellement mis en œuvre.
Après Jean-Luc Chauvin, trois intervenantes ont pris la parole pour conclure la séquence : Sandrine Motte, membre du conseil d’administration du Top 20, Élodie Garcia, représentante de la CPME 13, et Catherine Vales, présidente de l’U2P Bouches-du-Rhône.
Sandrine Motte a insisté sur la nécessité de sortir d’un pilotage en silos et de construire une stratégie économique à l’échelle des bassins de vie de la métropole, avec une méthode fondée sur la concertation et l’expérimentation : tester, ajuster, puis déployer.
Élodie Garcia a, de son côté, rappelé l’attente des PME : des mesures concrètes, applicables et issues du terrain. Les 42 propositions, a-t-elle souligné, ne sont « pas hors-sol » et doivent, selon elle, servir de feuille de route aux futurs décideurs, la CPME 13 disant vouloir rester vigilante sur leur mise en œuvre.
Enfin, Catherine Vales a appelé à ce que la démarche soit prise au sérieux pendant la campagne, mais surtout après le scrutin. Pour l’U2P 13, l’enjeu est que ces propositions ne restent pas « lettre morte » et qu’un travail durable s’installe avec les élus, au nom de l’intérêt général.
Reste désormais à voir ce que les candidats feront de cette feuille de route. En rendant publiques les réponses et en promettant un suivi après le scrutin, « Tous Acteurs » entend transformer la séquence électorale en test grandeur nature : celui de la capacité des futurs élus à travailler avec le monde économique et à passer des intentions aux réalisations.
Patricia CAIRE



