Destimed a ouvert une nouvelle fenêtre sur le débat avec « La parole est à Viou », une chronique portée par la plume libre et engagée de Viou. Ce rendez-vous assume un ton personnel, curieux, parfois piquant mais toujours ouvert. Ici, la réflexion se fait sans détour, avec le goût des idées, des points de vue qui se confrontent, et des questions qui ouvrent la discussion. Cette chronique donne voix à une lecture singulière de l’actualité, aux angles parfois à contre-courant. La parole est à Viou à contredire, à débattre.
C’est la saison. Les tambours résonnent, les chars s’avancent, et la foule regarde passer le cortège. Mais en politique, le carnaval n’est pas une fête. C’est une méthode. Nous assistons à l’avènement du masque à géométrie variable.
L’objectif n’est plus de défendre une idée. L’objectif est d’obtenir un siège. D’être sur la photo. D’exister dans la parade. Pour y parvenir, tout est permis. Les valeurs ? Encombrantes. Les convictions ? Négociables. La cohérence ? Un vieux souvenir.
Regardez bien le défilé. Vous les reconnaîtrez sans peine.
Il y a ce scénario désormais classique : on fait élire un visage pour rassurer, et quelques mois plus tard, c’est un autre qui s’installe dans le fauteuil. Le peuple vote pour une image, il valide une mécanique.
Il y a ces contorsions idéologiques qui donnent le vertige. Celui qui, hier, se retirait gravement au nom du « front républicain », et qui demain, s’affichera sans trembler avec les extrêmes qu’il combattait. Le masque change selon l’heure et l’opportunité.
Il y a cette jeunesse qui apprend trop vite le cynisme. Ce poids lourd prometteur, issu d’une famille ancrée à gauche, qui devient une figure de droite, avant de trahir son patron pour rejoindre celle qui appelait à le battre. Plan de carrière ? Non. Instinct de survie au milieu des chars.
Il y a ces inimitiés mortelles qui s’évaporent par magie. Deux listes concurrentes, irréconciliables la veille, qui fusionnent le lendemain. L’unité affichée en façade, grand sourire aux lèvres, pendant qu’en coulisses, on épure les fidèles et on renie ses soutiens historiques.
Ils sont prêts à porter n’importe quel masque pour être élus. À tout oublier pour une écharpe. À tout promettre pour ne pas descendre du char. Mais regardez mieux. Regardez sur les côtés.
En dehors de ce défilé bruyant, il y a du monde sur les trottoirs
Il y a des élus qui se sont tus par dignité. Des militants associatifs qui continuent de travailler sans chercher la lumière. Des citoyens aux valeurs honorables qui refusent d’entrer dans la danse. On dit d’eux qu’ils sont isolés. Non. Ils sont intègres. Ils préfèrent être spectateurs de la parade plutôt qu’acteurs de la mascarade. Ils ont choisi de garder leur visage, même si cela signifie perdre une place. Et c’est là que réside l’espoir. Car le carnaval passera. Les confettis s’envoleront. Les opportunistes finiront par s’essouffler à force de changer de costume.
Mais demain, quand il faudra vraiment reconstruire notre monde politique, quand il faudra redonner du sens à la démocratie, ce ne sera pas avec les danseurs masqués. Ce sera avec ceux qui sont restés sur le bord de la route. Avec ceux qui ont eu le courage d’être eux-mêmes.
Laissons les opportunistes à leur carnaval. L’avenir appartient aux visages nus, aux vrais visages.



