Festival de Pâques d’Aix-en-Provence : Bertrand Chamayou et Jakob Lehmann électrisent Liszt et Wagner

Publié le 10 avril 2026 à 18h59 - Dernière mise à jour le 10 avril 2026 à 18h59

Au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, le pianiste Bertrand Chamayou et le chef Jakob Lehmann ont fait dialoguer Liszt et Wagner dans un concert intense et spectaculaire. Entre puissance orchestrale et virtuosité pianistique, la soirée a été portée par une interprétation magistrale des concertos de Liszt.

Destimed Bertrand Chamayou et Les Siecles Photo Caroline Doutre
Les Siècles. Jakob Lehmann, direction. Bertrand Chamayou, piano. Grand Théâtre de Provence. Aix-en-Provence (Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques)

« Une fois pour toutes, considère-moi comme l’un de tes admirateurs les plus zélés et dévoués : que je sois proche ou loin, compte sur moi », écrivait Liszt à Wagner en février 1849. Ce dialogue entre les deux compositeurs a pris vie lors d’une soirée mémorable au Grand Théâtre de Provence, à Aix-en-Provence. À la tête de l’orchestre Les Siècles, le chef Jakob Lehmann, aux côtés du pianiste Bertrand Chamayou, a fait résonner leurs univers dans un programme d’une intensité rare, devant un public entièrement conquis.

Wagner ouvrait le concert avec des extraits de Tristan et Isolde, dont une « Mort d’Isolde » d’une beauté presque solaire, avant de laisser place, en fin de programme, à Parsifal. Le Prélude, la « Musique de transformation » et surtout « L’enchantement du Vendredi Saint » ont conclu la soirée avec éclat. Le terme n’est pas galvaudé : le concert fut spectaculaire, parfois même débordant, mais toujours animé d’une énergie saisissante.

Au cœur de cette soirée, la prestation de Bertrand Chamayou s’impose comme la véritable pierre angulaire. Accompagné de l’orchestre Les Siècles, le pianiste a livré une interprétation impressionnante des deux concertos pour piano de Liszt, mêlant précision, intensité et finesse de tous les instants.

Les deux concertos pour piano de Liszt

Fruit d’une longue gestation, les deux concertos pour piano de Liszt rompent avec la structure classique en trois ou quatre mouvements. Comme le souligne la musicologue Angèle Leroy, ils privilégient « des architectures plus souples, structurées par des rappels ou des variations d’un thème principal présenté dès les premières mesures ».

Avec fougue et maîtrise, Bertrand Chamayou s’est joué des pièges redoutables de ces partitions, faisant résonner son piano comme un orchestre à lui seul. D’une difficulté extrême, le Concerto n°1 a trouvé en lui un interprète à la fois virevoltant, précis et habité. Sans partition, il a enchaîné les deux œuvres dans une continuité presque organique, comme si elles ne formaient qu’un seul et même bloc.

Cette approche renforce la puissance de l’écriture lisztienne. Si l’orchestre se laisse parfois aller à quelques débordements sonores, l’ensemble reste cohérent, porté par une même volonté d’exalter la richesse et la modernité de ces concertos, longtemps incompris à leur création et aujourd’hui reconnus comme des œuvres majeures du répertoire.

En rappel, une « Berceuse » de Liszt est venue clore la soirée avec délicatesse, confirmant une fois encore que Bertrand Chamayou compte parmi les plus brillants pianistes de sa génération.

Jean-Rémi BARLAND

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