Publié le 12 mai 2026 à 21h35 - Dernière mise à jour le 12 mai 2026 à 21h35
La mission européenne ExoMars 2028 franchit une nouvelle étape décisive. Les modèles structuraux de la future mission martienne viennent d’être assemblés à Turin avant d’être transférés à Cannes, où débutera une première phase de tests destinée à valider leur résistance aux conditions extrêmes du voyage spatial.

Pilotée par l’Agence spatiale européenne (ESA) avec plusieurs partenaires internationaux, dont la NASA, la mission ExoMars 2028 doit être lancée en 2028 pour une arrivée sur Mars prévue en 2030. Son objectif : rechercher des traces de vie passée sous la surface martienne grâce au rover Rosalind Franklin. L’annonce marque une avancée importante pour ce programme d’exploration parmi les plus ambitieux jamais conduits par l’Europe. Cinquante-cinq ans après que David Bowie chantait « Life on Mars », la question de l’existence d’une vie passée sur la planète rouge continue de mobiliser scientifiques et ingénieurs.
Les modèles structuraux assemblés ces dernières semaines représentent fidèlement la configuration du futur modèle de vol destiné à transporter le rover jusqu’à la surface martienne. Ils regroupent plusieurs éléments essentiels de la mission : le module de transfert chargé du voyage entre la Terre et Mars, le module d’entrée, de descente et d’atterrissage, la plateforme d’atterrissage ainsi que le rover Rosalind Franklin.
Ce dernier constitue l’une des pièces maîtresses du programme. Capable de forer jusqu’à deux mètres sous la surface de Mars, il devra collecter et analyser des échantillons protégés des radiations afin de rechercher d’éventuelles traces de vie ancienne.

Les modèles structuraux jouent un rôle central dans la préparation de la mission. Ils permettent aux ingénieurs de tester le comportement du vaisseau spatial dans des conditions extrêmes reproduisant les contraintes du lancement, du voyage spatial, de la rentrée atmosphérique martienne et de l’atterrissage.
À Cannes, les équipes vont désormais mener une vaste campagne d’essais vibratoires et acoustiques afin de simuler l’environnement extrêmement violent du décollage. Les tests se poursuivront ensuite à Turin avec des essais de chocs, de séparation et des vérifications structurelles statiques.
Une fois cette étape franchie, le modèle de vol entièrement intégré – le « Proto-Flight Model »- sera soumis à Cannes à une nouvelle série de tests encore plus poussés : essais sous vide thermique, vibrations, acoustique, compatibilité électromagnétique et équilibrage dynamique. Ces différentes campagnes sont essentielles pour réduire les risques techniques et garantir le niveau de fiabilité exigé pour une mission aussi complexe.
Derrière ExoMars 2028 se déploie également une vaste coopération industrielle européenne. Thales Alenia Space joue un rôle central dans le pilotage du consortium industriel et l’intégration des différents systèmes de la mission. Le groupe est notamment chargé du développement du système d’entrée, de descente et d’atterrissage ainsi que de plusieurs sous-systèmes clés.
La mission associe également plusieurs grands acteurs européens du spatial. Airbus Defence and Space est responsable du rover Rosalind Franklin et de la plateforme d’atterrissage. Leonardo fournit notamment la foreuse scientifique embarquée sur le rover, tandis que ArianeGroup développe une partie du système de protection thermique du module.
Les équipes françaises de Thales Alenia Space participent notamment au développement du bouclier arrière et du parachute de la mission, tandis que les filiales suisse et espagnole du groupe fournissent plusieurs équipements technologiques de pointe.
La participation du site cannois souligne une nouvelle fois le rôle stratégique de la Côte d’Azur dans l’industrie spatiale européenne. Depuis plusieurs décennies, Cannes s’est imposée comme l’un des centres majeurs de conception et d’intégration de satellites et de systèmes spatiaux en Europe.
Mais au-delà de la prouesse technologique, ExoMars porte surtout une interrogation scientifique majeure : Mars a-t-elle déjà abrité une forme de vie ?

Les précédentes missions spatiales ont confirmé que la planète rouge possédait autrefois de l’eau liquide et des conditions potentiellement favorables à la vie microbienne. En explorant le sous-sol martien, les scientifiques espèrent désormais découvrir des traces biologiques préservées des radiations qui bombardent la surface de la planète depuis des milliards d’années.
Avec ExoMars 2028, l’Europe cherche aussi à affirmer sa place dans une nouvelle phase de l’exploration spatiale mondiale, dans un contexte marqué par la domination américaine et la montée en puissance rapide de la Chine dans la conquête spatiale.
L’expédition des modèles structuraux vers Cannes marque ainsi bien davantage qu’une simple étape technique : elle ouvre une nouvelle phase décisive d’une mission qui pourrait contribuer à répondre à l’une des plus anciennes questions de l’humanité : sommes-nous seuls dans l’univers ?
La rédaction



