Côte d’Ivoire. Carnet voyage d’Antoine Viallet« Sous le charme intemporel de Grand Bassam »

Publié le 28 juin 2026 à 7h30 - Dernière mise à jour le 27 juin 2026 à 21h10

Depuis mon premier voyage en Côte d’Ivoire en 2016, je suis aimanté par Grand Bassam. J’y reviens  régulièrement pour me baigner dans une atmosphère très singulière, un mélange d’histoire, de nature, de tradition et de modernité. Je suis sous le charme de cette ville, j’ai ressenti son âme et ses vibrations.

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Tout est réuni : l’histoire, la mer, la nature © Sandro Fernfahren

 

1ère capitale coloniale de 1893 à 1930

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Le charme intemporel des maisons coloniale © A. Viallet

Pour mieux comprendre l’histoire et l’organisation spatiale de cette ville, j’ai pris rendez-vous avec Akueson Nandouhard, guide local et professeur d’histoire et de géographie dans le civil. En échangeant ensemble, nous sillonnons le quartier France. Devenue capitale en 1893, cette ville historique de Grand-Bassam comptait plusieurs centaines d’édifices datant de l’époque coloniale (entre 1843 et 1930). Parmi cet ensemble, on dénombre plus de soixante constructions remarquables officiellement répertoriées pour leur valeur architecturale et historique. J’ai l’impression de me retrouver à la Havane à Cuba ou à Carthagène en Colombie.

L’organisation urbaine de Grand-Bassam durant la période coloniale (fin XIXe-début XXe) se caractérisait par une ségrégation fonctionnelle et raciale stricte, structurée et subdivisée en quatre secteurs distincts. Le secteur résidentiel (du cimetière au boulevard Angoulvant), le secteur administratif (jusqu’à la rue du général Mangin), la cité commerciale (qui prend fin avec la maison Ganamet) et enfin le village Nzema (encore appelé Blockhaus).

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Illustration © Renaud Tarrazi, mon ami et associé au sein les MIA’s

 Aunty Rosa, la tata américaine

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Un lieu d’histoire chez un personnage de roman © A. Viallet

J’ai découvert la maison Rose lors de l’Africa Photo Fair en novembre dernier. Dans le jardin luxuriant de cette maison coloniale, 70 photographes exposaient leur travail en plein air. Je m’enquiers de l’identité de la propriétaire des lieux, on me parle d’une afro-américaine surnommée Aunty Rosa.

Un dimanche de mars dernier, je fais visiter la ville à des amis marseillais et nous passons devant la maison rose. Un volet au rez-de-chaussée s’entrouvre et je vois apparaître une tête avec un grand sourire, celle de la propriétaire. Nous échangeons, elle nous fait visiter sa maison. Je lui demande si elle loue des chambres, elle me dit : « oui ». Je lui réponds : « Je viendrais dormir le weekend prochain. »
Le vendredi suivant, me voilà à poser mon sac chez elle dans ce lieu marqueur de l’histoire de la ville. Nous prenons le temps d’échanger. Elle me raconte son arrivée en Côte d’Ivoire et ensuite à Grand Bassam. Une histoire d’amour et de retour en Afrique pour cette New-Yorkaise. Dans les années 80, elle tombe amoureuse d’un journaliste ivoirien. Et la voilà faire le grand saut vers le continent de ses ancêtres. Après avoir habité à Tiassalé, et Abobo, elle tombe en amour pour Grand Bassam et achète cette maison, qu’elle rénove complètement, l’œuvre d’une vie.

Me voilà, installé à l’étage dans une maison chargée d’histoire, dans une grande chambre sans climatisation. Une coupure d’eau m’oblige à me laver avec une cruche avec laquelle je puise l’eau dans une bassine, à l’ancienne. Cette nuit-là, j’ai rêvé que j’étais un jeune français dans les années 1870 attiré par une vie nouvelle et que j’avais embarqué dans un port français et débarqué à Grand Bassam.

Une ville culturelle

La ville héberge différentes structures culturelles. Des artistes ont décidé de vivre et de travailler inspirés par l’ambiance si singulière de cette ville.

 La Maison de l’Art

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La Maison de l’Art ou comment réussir une rénovation © A. Viallet

 J’ai découvert le nouveau musée d’art contemporain qui est un véritable bijou de rénovation. Il a ouvert ses portes le 25 septembre dernier dans l’ancien « Hôtel des postes et douanes », vestige de l’époque coloniale.  Il s’appelle désormais La Maison de l’Art, un musée fruit d’un partenariat entre le ministère ivoirien de la Culture et la Fondation Société Générale Côte d’Ivoire.

L’exposition inaugurale, intitulée « Souffle », a vu la participation de 28 artistes issus de neuf pays africains aux arts différents : peinture, sculpture, photographie et design. La Maison de l’Art est composée de deux salles d’exposition permanente, une salle d’exposition temporaire, une résidence d’artistes avec atelier, un espace café-restaurant et des salles de réunion. Briques en terre rouge, grandes fenêtres en bois, hauts plafonds : l’ancien bâtiment à la façade décrépie a été rénové en respectant l’architecture coloniale. Les travaux ont été conduits par l’agence d’architecture Koffi & Diabaté Group. Ce travail exemplaire est l’illustration qu’il est possible de réhabiliter des bâtiments historiques et de leur donner leur cachet d’origine. Cela passera aussi par une politique volontariste de l’État ivoirien.

Le Centre Céramique 

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Le Centre Céramique © A. Viallet

 Ce bâtiment colonial a été construit en 1919 afin d’être le Cercle de l’Union où se retrouvaient les colons pour leurs loisirs. En 1982, des artisans formés aux métiers de la céramique se sont regroupés. Aujourd’hui, j’y retrouve une dizaine artisans qui conçoivent, produisent et vendent sur place leurs productions. J’y reviens régulièrement voir leur travail, j’assiste à la cuisson dans l’un des trois fours. Je croise aussi des personnes qui viennent se former pour un métier ou par passion.

 Jean Servais Somian, le Didier Drogba du Design

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Le showroom en plein centre de Bassam © A. Viallet

 J’avais souvent entendu parler de ce designer. Je le rencontre à l’occasion d’une conversation passionnante sur le design avec Issa Diabate à la Fondation Donwahi lors de l’Abidjan Art Week. Instantanément, je tombe sous le charme du personnage. Nous échangeons et la semaine d’après je débarque dans son atelier à Grand Bassam, loin du tumulte d’Abidjan.

C’est là, dans une ancienne demeure familiale rénovée que se trouve désormais l’un de ses ateliers de sculpture, sa salle d’exposition et sa maison d’habitation, le tout entouré de plantes et de fleurs.

Les pièces sont variées, surprenantes. Un canapé réalisé avec une ancienne pirogue, une enfilade colorée, des meubles en bambou revisité, de la marqueterie en os de bœuf, travaillée de sorte à donner l’impression de l’ivoire… Même si une bonne partie de ses créations sont en cocotier, Jean Servais Somian utilise différents matériaux et plusieurs essences de bois.

Il soulève la nécessité pour le secteur de se « structurer afin de pérenniser et de créer une économie réelle au-delà du show ».

Pour lui, cela doit aller de pair avec la transmission et la formation de la relève. En 2022, huit jeunes designers étaient exposés à la Fondation Donwahi, au terme d’une année d’encadrement « du croquis à la réalisation ». Cette année, il a récidivé en accompagnant sept designers. Ce sont aussi le partage des connaissances et la préparation de la relève qui résonnent en moi. Amateur de football et de l’OM, je l’ai surnommé le « Didier Drogba » du design.

Laurence Airline, une marque internationale

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Un cocon propice à la création © Laurence Airline

Laurence Chauvin-Buthaut, une styliste franco-camerounaise passée par le prestigieux studio Berçot et l’Institut Français de la Mode, à Paris, n’est pas une inconnue des Ivoiriens. Elle vit et travaille en Côte d’Ivoire depuis une quinzaine d’années, et a inauguré – il y a quatre ans son show-room dans le quartier France de la station balnéaire de Grand-Bassam, à deux pas de ses ateliers ouverts quelques années plus tôt. C’est ici que ses équipes confectionnent les collections conçues à l’origine pour les hommes. Elle a ouvert une boutique dans le Marais à Paris.

Éco-responsabilité et travail local sont deux valeurs qu’elle porte. Elle travaille et transforme sur place le coton ivoirien, que la créatrice récupère à l’état brut chez un fournisseur au marché d’Adjamé, à Abidjan, avant de le confier à la plus ancienne manufacture de textile du pays, située à Gonfreville, non loin de Bouaké.

Sa boutique est un écrin avec son patio, sa petite piscine. Je la trouve assise sous un toit. Nous échangeons et je lui dis que j’ai l’impression de me retrouver à l’Ile de Ré ou à Porquerolles avec ce côté insulaire et intemporel.
Nous parlons de Marseille, de musique (elle est amie avec Keziah Jones), d’art contemporain et des jeunes artistes ivoiriens. Un beau et simple moment d’échange et de partage.

Azuretti entre mer et lagune au sud

Dans le prolongement de Grand Bassam se trouve le village d’Azzureti. En roulant sur la piste, je constate les dégâts de l’érosion marine. Côté mer, des dizaines de restaurants, de maisons rongées par la mer, vestiges d’un site très populaire jusqu’au début du 21ième siècle. Côté lagune, j’ai craqué pour deux lieux.

La Maison de la Lagune

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Ici toute la nature vous parle © A.Viallet

 Imaginée par Catherine Fayal, une Française ancienne enseignante qui est tombée amoureuse de ce lieu, dans un cadre très apaisant, vous découvrirez la Maison de la Lagune. Face à la lagune sont implantés des bungalows espacés les uns des autres. La lumière est exceptionnelle à tout moment, du matin au soir. J’aime me poser et me régénérer dans ce lieu. « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté », cette célèbre citation convient au lieu. Côté mer, une piscine d’eau salée et une plage immense vous invitent au farniente.

Le Chalet du Chef

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Une maison bioclimatique inspirante © A. Viallet

Cette maison en bois et éco-responsable a été à l’origine conçue par un Français. Ce dernier l’a vendu à son beau-frère Charlie Koffi, restaurateur à Abidjan et qui a transformé ce lieu en maison d’hôte : deux chambres à l’étage et un restaurant où chaque table est posée sur pilotis avec une vue unique sur la lagune. Cette maison bioclimatique est une vraie réussite. Elle devrait servir d’exemple pour adopter des méthodes de construction en circuit-court. Je ne comprends pas pourquoi dans un pays comme la Côte d’Ivoire dans un environnement tropical on continue à construire massivement avec du béton qui est souvent un non-sens écologique et économique.

Mondoukou au Nord

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30 km de piste entre mer et lagune © A. Viallet

Cet ancien village de pêcheurs est encore préservé du tourisme et des maisons secondaires. On est loin du « bling-bling » d’Assinie. Souvent, je roule à moto sur la piste de 30 km qui relie ce village à Assouindé par le bord de mer. J’aime son aspect préservé et authentique même si ce village n’échappera pas longtemps au tourisme. Cet enjeu pose la question de comment préserver l’identité locale et éviter de copier le modèle occidental. Le tourisme moderne recherche des lieux « vrais » et nature loin des standards du tourisme de masse qui a massacré les bords de mer du sud de l’Europe ou de l’Asie du Sud Est.

Conclusion

 La ville de Grand Bassam est inscrite au patrimoine de l’UNESCO est un joyau à préserver, à restaurer et à développer. Elle possède des atouts pour continuer à être une véritable destination balnéaire à 40 km d’Abidjan mais un vrai travail de requalification doit être engagé pour préserver ce joyau. Elle doit faire face à de nombreux défis : face à la montée des eaux, comment préserver les plages ? l’une des solutions serait, comme à Saly au Sénégal, la mise en place de brise-lames et d’épis. Comment permettre la rénovation du parc hôtelier qui date des années 90 ?  Une solution serait de s’inspirer du Maroc avec son plan de modernisation en vue de la Coupe du Monde de football en 2030, la restauration des maisons coloniales ? En France nous avons eu la chance de bénéficier de la loi Malraux de défiscalisation, mais il est difficile d’adopter cette disposition dans un pays où le prélèvement fiscal est faible. On pourrait imaginer une démarche pour attirer des grandes fondations internationales privées en proposant de prendre en charge la rénovation complète de ces bâtiments à l’instar de l’engagement de la Fondation Société Générale. Il faudra toutefois résoudre les litiges fonciers liés aux titres de propriété. Grand Bassam par son histoire, ses plages, sa lagune, son ambiance, sa population accueillante et sa proximité de l’aéroport possède tous les atouts pour devenir une véritable destination du tourisme international.

 

Antoine Viallet est né à Neuilly-sur-Seine, et élevé à Londres, se qualifie comme un citoyen du monde. Amoureux de l’Afrique, il a découvert l’Ile Maurice à 10 ans. Ce voyage a changé son regard sur le monde. Globetrotteur, il a vécu et travaillé dans 4 continents et il a visité une quinzaine de pays africains. Il vit depuis 30 ans dans le sud de la France où il est conseil en immobilier d’entreprise. Il habite à Marseille, cette ville monde. Il est convaincu que l’avenir de ce territoire se joue aussi en Afrique et qu’il faut radicalement changer de logiciel avec ce continent. Il est investi dans le milieu associatif, Africalink «la communauté des entrepreneurs Afrique Europe», le Club Immobilier Marseille Provence et le Club Immobilier Toulon Provence. Il est aussi président des Marseillais de l’Immobilier en Afrique (les MIA’s). Présent à Abidjan depuis octobre 2024, il a contribué comme « grand frère « à la création du Club de l’Immobilier Côte d’Ivoire ». Il porte avec ce club le projet de la « Caravane de l’Immobilier » qui partira à la rencontre des étudiants pour leur présenter « les 100 métiers de l’immobilier » et de les sensibiliser aux formidables opportunités de carrière qu’offrent ce secteur d’activité.

 

Les MIA’s

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Les MIA’s © A. Viallet

Les Marseillais de l’Immobilier en Afrique (les MIA’s) est une société de conseil et de service de l’immobilier (architecte, bureau d’étude, administrateurs de biens et syndic, asset managers, commercialisateurs et promoteurs) qui accompagne des projets immobiliers en Afrique francophone. Ils nouent des relations avec des entrepreneurs locaux sur la base de partenariats et de réciprocité.

Plusieurs projets sont en cours :

  • Au Bénin, conception et réalisation de la gare routière de Cotonou.
  • Au Cameroun pour la mise en place d’un règlement de copropriété de 500 logements.
  • En Côte d’Ivoire pour la conception d’un ensemble de résidence hôtelière, bureaux et commerce de 23 000 m2
  • Lauréat de la Fondation CMA CGM pour la mise en place de formation aux métiers de l’immobilier auprès de la jeunesse africaine.
  • Au Sénégal sur la Petite Côte dans le cadre d’une mission de valorisation d’un actif immobilier de 40 hectares en bord de mer.

 

 

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