Publié le 5 août 2026 à 10h51 - Dernière mise à jour le 5 août 2026 à 10h51
Nikolaï Lugansky, Ludmila Berlinskaïa, Arthur Ancelle, Pavel Kolesnikov et Samson Tsoy ont offert deux concerts qui compteront parmi les grands moments de cette édition.
Deux soirées, cinq pianistes d’exception et un public conquis. Les 29 et 30 juillet, le Festival international de piano de La Roque d’Anthéron a vécu deux moments de grâce consacrés à l’école russe, réunissant quelques-unes des plus grandes personnalités du clavier.
Nikolaï Lugansky, souverain dans Chopin et Schumann

Habitué du Festival de La Roque d’Anthéron comme du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, Nikolaï Lugansky a une nouvelle fois confirmé qu’il appartient au cercle très fermé des plus grands pianistes de notre époque. Avec un programme consacré à Chopin et Schumann, le pianiste russe a impressionné par une virtuosité toujours mise au service de la musique. Les trois premiers Impromptus de Chopin, composés entre 1837 et 1842, ont révélé toute la richesse d’une écriture où se mêlent fluidité, contrastes et illusion. Lugansky y déploie un jeu d’une élégance rare, sans jamais céder à la démonstration.
Puis vint l’Humoresque en si bémol majeur op. 20 de Schumann, œuvre aussi fascinante que déroutante, construite comme une succession d’états d’âme. Le pianiste en révèle toute la profondeur avec une palette de nuances remarquable, confirmant les qualités déjà entendues dans son récent enregistrement chez Harmonia Mundi. La seconde partie du récital restera sans doute comme l’un des grands moments du festival. Enchaînant les vingt-quatre Préludes op. 28 de Chopin avec une concentration et une maîtrise impressionnantes, Nikolaï Lugansky construit un immense arc musical où se succèdent méditation, danse, drame et poésie, sans jamais rompre l’unité du discours.
Une plongée dans le répertoire russe

Le lendemain, le Festival proposait un voyage plus inattendu à travers des œuvres rarement jouées d’Anton Arensky, Victor Babin et Alexander Tsfasman, avant de retrouver Dmitri Chostakovitch. Sous les doigts de Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle, la Suite n°2 « Silhouettes » d’Arensky déploie tout son raffinement. Les deux pianistes, également directeurs artistiques du Rungis Piano-Piano Festival, confirment une complicité musicale exemplaire dans les Three Fantasies on Ancient Themes de Victor Babin comme dans le Concertino pour deux pianos op. 94 de Chostakovitch. Leur dialogue permanent, leur précision et leur sens des couleurs donnent une intensité croissante à cette soirée.
Un « Sacre du Printemps » d’anthologie

Le sommet de ces deux journées est sans doute venu du duo formé par Pavel Kolesnikov et Samson Tsoy. Après une suite pour deux pianos de Rachmaninov, les deux musiciens, installés à Londres, se retrouvent côte à côte sur un même clavier pour interpréter Le Sacre du Printemps de Stravinsky dans sa version originale pour piano à quatre mains de 1912. Le résultat est saisissant. Comme dans leur enregistrement de 2025, où cette partition côtoie Ma Mère l’Oye de Ravel, les deux pianistes donnent l’impression de faire surgir un orchestre entier sous leurs doigts. La précision rythmique, la puissance sonore et la parfaite coordination des quatre mains, qui se croisent et se superposent parfois sur le clavier, suscitent l’enthousiasme du public. « On n’entend jamais Le Sacre du Printemps joué de cette manière », s’émerveille une spectatrice à l’issue du concert.
Une réaction qui résume parfaitement ces deux soirées où le Festival de La Roque d’Anthéron a une nouvelle fois démontré sa capacité à conjuguer les grands noms du piano avec la découverte d’un répertoire plus confidentiel, au plus haut niveau d’excellence.
Jean-Rémi BARLAND



