Pollution. Agir pour la qualité de l’air et le climat profite aussi à l’économie

Publié le 8 septembre 2026 à 16h08 - Dernière mise à jour le 8 septembre 2026 à 16h24

Lutter simultanément contre la pollution de l’air et le changement climatique pourrait sauver des millions de vies tout en générant d’importants bénéfices économiques. Selon une nouvelle évaluation soutenue par l’ONU, chaque dollar investi dans un ensemble de 25 mesures en faveur du climat et de la qualité de l’air pourrait produire environ 15 dollars de retombées. Une équation qui replace la transition environnementale au cœur des enjeux de santé publique et de développement économique.

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Illustration générée par IA

Longtemps, la lutte contre le changement climatique et celle contre la pollution atmosphérique ont été envisagées séparément. Pourtant, elles ont largement les mêmes origines : énergies fossiles, transports, industrie, agriculture ou encore modes de chauffage et de cuisson. C’est précisément sur cette convergence que s’appuie le rapport Des atouts cachés : les arguments économiques et sanitaires en faveur de l’action pour le climat et la qualité de l’air, publié à l’occasion de la Journée internationale de l’air pur pour un ciel bleu par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et la Coalition pour le climat et la qualité de l’air (CCAC).

Les experts ont évalué les conséquences de 25 mesures et réformes déjà éprouvées, allant du développement des énergies renouvelables et des véhicules électriques à l’amélioration de l’efficacité énergétique, en passant par des modes de cuisson plus propres ou la réduction des fuites de pétrole et de gaz.

Un retour estimé à 15 dollars pour un dollar investi

Le résultat est spectaculaire : en tenant compte des bénéfices économiques, sanitaires et sociaux, chaque dollar consacré à ces politiques pourrait générer environ 15 dollars de retombées. Même en retirant du calcul les gains de bien-être qui n’ont pas directement de valeur marchande, comme ceux associés à une vie plus longue et en meilleure santé, le rendement resterait proche de quatre dollars pour chaque dollar investi. À l’échelle mondiale, les bénéfices annuels liés à la mise en œuvre des 25 mesures représenteraient l’équivalent de 2,8 % du PIB mondial en 2035, 4,5 % en 2050 et 11,4 % en 2100. « Un rapport coûts-bénéfices de 15 pour 1 attirerait instantanément des capitaux dans presque n’importe quel autre secteur », souligne Elliott Harris, coprésident indépendant de l’évaluation. Selon lui, chaque année de retard ferait perdre au monde plus de 1 500 milliards de dollars de bénéfices qui ne pourront être récupérés.

La pollution de l’air, un lourd tribut humain

Derrière les données économiques se cache surtout un enjeu sanitaire considérable. Le rapport estime qu’en 2025, l’exposition à la pollution atmosphérique extérieure d’origine humaine, notamment aux particules fines PM2,5 et à l’ozone, était associée à 6,4 millions de décès prématurés dans le monde. À ceux-ci s’ajouteraient deux millions de décès prématurés associés à la pollution de l’air intérieur, dont environ 300 000 enfants.

Les conséquences ne se limitent pas à la mortalité. Pour la seule année 2025, la pollution atmosphérique extérieure aurait contribué à 5,5 millions de nouveaux cas d’asthme chez l’enfant et à deux millions de nouveaux cas de démence, auxquels s’ajoutent des millions de maladies cardiovasculaires, respiratoires, de diabètes, d’AVC et de cancers du poumon. Selon les projections de l’évaluation, la mise en œuvre complète des 25 mesures pourrait permettre d’éviter 144 millions de décès prématurés liés à la pollution atmosphérique d’ici 2050, ainsi que des centaines de millions de cas de maladies chroniques.

Agir sur six secteurs

Les mesures proposées concernent six grands secteurs : l’énergie et les systèmes dépendant des combustibles fossiles, l’industrie, les transports, l’agriculture et l’alimentation, la cuisine et le chauffage domestiques ainsi que la gestion des déchets. Elles passent notamment par le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, des normes plus strictes pour les véhicules, l’électrification des transports, des carburants maritimes moins polluants, une meilleure gestion des engrais et des effluents d’élevage ou encore la réduction des émissions provenant de l’exploitation du pétrole et du gaz. Une partie de ces actions permettrait également de réduire fortement les émissions de méthane, de carbone noir et d’hydrofluorocarbures, des polluants dont l’impact sur le réchauffement est particulièrement important à court terme.

Jusqu’à 1,4 °C de réchauffement évité en 2100

Les effets sur le climat seraient eux aussi majeurs. Si les 25 mesures étaient déployées rapidement, les émissions mondiales de dioxyde de carbone pourraient être réduites de moitié d’ici 2050 par rapport au scénario envisagé sans leur mise en œuvre. Les émissions de méthane reculeraient de 60 % et celles de plusieurs grands polluants atmosphériques d’environ 70 %. Le rapport estime qu’une telle action coordonnée permettrait d’éviter environ 0,34 °C de réchauffement d’ici 2050 et 1,4 °C à l’horizon 2100. « Pendant trop longtemps, nous avons considéré l’action climatique comme un coût à gérer et la pollution atmosphérique comme une conséquence inévitable du développement », observe Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE. Pour elle, le rapport démontre au contraire que « l’air pur est un moteur essentiel du développement, de la santé, de la sécurité alimentaire et énergétique, ainsi que de la stabilité climatique ». Le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, appelle pour sa part à accélérer la sortie des combustibles fossiles, estimant qu’elle constitue l’un des moyens les plus rapides d’améliorer la qualité de l’air tout en agissant contre le changement climatique.

Reste à passer des projections à l’action

Le principal obstacle n’est désormais plus l’identification des solutions, mais leur mise en œuvre. Le rapport pointe notamment la fragmentation des décisions publiques, les difficultés à faire appliquer les réglementations et le manque de coordination entre administrations. Ces obstacles pourraient retarder de près de huit ans le déploiement complet des mesures à l’échelle mondiale. L’étude plaide donc pour une approche associant davantage climat, qualité de l’air, santé et économie, mais aussi pour une meilleure coordination des financements publics et privés. Car derrière les milliards de dollars et les projections climatiques, l’équation proposée est finalement assez simple : investir dans un air plus respirable coûterait moins cher que continuer à respirer un air pollué.

Anna CHAIRMANN

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