Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône. La gauche tient, le RN avance, les divisions font les comptes

Publié le 27 septembre 2026 à 22h42 - Dernière mise à jour le 27 septembre 2026 à 22h42

La gauche reste la première force parmi les grands électeurs avec 27,78 % des suffrages et trois sièges. Le Rassemblement national atteint 18,88 % et double sa représentation. La liste conduite par Brigitte Devésa, avec Renaud Muselier en deuxième position, obtient 16,01 % et deux sièges tandis que Valérie Boyer conserve le sien avec 395 voix, soit près de 11 %. Derrière ces résultats, le scrutin raconte surtout trois réalités politiques : une gauche qui conserve son socle, un RN qui transforme son implantation territoriale en représentation sénatoriale et une droite qui maintient trois élus malgré une profonde division.

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Les huit sénateurs élus ce dimanche 27 septembre dans les Bouches-du-Rhône. (Photos Joël Barcy et DR)

Rarement une élection aura autant donné raison, au moins dans leurs discours, à ceux qui dénoncent les divisions de leur propre camp. À gauche, Benoît Payan regrette le quatrième siège qui lui échappe. À droite et au centre, Renaud Muselier fait exactement le même calcul. Entre les deux, le Rassemblement national repart avec deux sénateurs. Mais avant de tirer des enseignements nationaux d’un scrutin qui se déroule à sept mois de l’élection présidentielle, encore faut-il rappeler qui votait ce dimanche. Sur 3 695 grands électeurs, 3 659 ont participé au scrutin, soit 99,5 %. Ce corps électoral est composé très majoritairement d’élus et de délégués municipaux. Ces sénatoriales ne constituent donc pas un sondage des habitants des Bouches-du-Rhône. Elles mesurent d’abord des implantations territoriales, des réseaux d’élus et la capacité des formations politiques à les rassembler.

La gauche première, mais toujours trois sièges

Avec 1 008 voix et 27,78 %, la liste d’union conduite par Jérémy Bacchi arrive nettement en tête. Marie-Arlette Carlotti et Guy Benarroche l’accompagnent au Sénat. Le résultat confirme davantage qu’il ne bouleverse. En 2020, la même union avait obtenu 987 voix, 28,68 % des suffrages exprimés et trois sièges. Six ans plus tard, elle recueille 21 voix supplémentaires mais, avec un corps électoral plus important, son pourcentage recule légèrement. Sa représentation reste identique. La gauche peut donc revendiquer sa première place, pas une progression en sièges.

Benoît Payan a immédiatement pointé les candidatures concurrentes, estimant qu’elles avaient empêché l’obtention d’un quatrième élu. « Ce soir, nous aurions une sénatrice de plus si certains n’avaient pas joué aux apprentis sorciers », a lancé le maire de Marseille. Le propos appartient à la bataille politique. Additionner après coup les voix de listes différentes ne permet jamais de savoir avec certitude comment auraient voté leurs grands électeurs dans une configuration d’union. Mais le quatrième siège manqué nourrit déjà les règlements de comptes à gauche.

Le RN franchit un seuil

Le mouvement le plus net du scrutin vient du Rassemblement national. La liste conduite par Marie-Pierre Callet recueille 685 voix, soit 18,88 %, et obtient deux sièges. Fabien Bravi sera le second élu. En 2020, Stéphane Ravier avait recueilli 345 voix, 10,03 % et un siège. La comparaison des pourcentages doit être maniée avec prudence : le collège des grands électeurs a changé, notamment à la suite des municipales de mars. Mais la représentation sénatoriale, elle, passe bien d’un à deux élus pour le RN. C’est important parce que le scrutin sénatorial a longtemps constitué un point faible de l’extrême droite. Pour gagner des sièges au Palais du Luxembourg, les voix nationales ne suffisent pas : il faut des élus municipaux, départementaux et régionaux. Le résultat des Bouches-du-Rhône montre que le RN dispose désormais d’un maillage territorial plus important. Franck Allisio inscrit déjà cette progression dans une perspective nationale et parle d’une « première étape vers la présidentielle ». C’est la lecture du député RN. Elle ne transforme pas pour autant les 18,88 % des grands électeurs en 18,88 % des électeurs du département.

Le RN gagne aussi la bataille Ravier

L’autre enseignement se joue à l’intérieur même de l’extrême droite. Stéphane Ravier, sénateur depuis 2014, perd son siège. Ancienne figure du Front national puis du RN à Marseille, passé ensuite chez Reconquête, il se présentait cette fois sans le soutien de son ancien parti. Le résultat tranche au moins la question de la représentation au Sénat : le RN obtient deux élus et Ravier disparaît du Palais du Luxembourg. Pendant douze ans, il avait incarné pratiquement à lui seul l’extrême droite sénatoriale dans les Bouches-du-Rhône. Ce rôle revient désormais au RN, qui l’occupe avec deux élus.

Trois sièges à droite et au centre, mais deux lignes

À droite et au centre, les chiffres donnent une impression de stabilité : trois sièges au total. La réalité politique est beaucoup moins paisible. Brigitte Devésa recueille 581 voix, soit 16,01 %, et obtient deux sièges avec Renaud Muselier. Valérie Boyer obtient 395 voix, soit près de 11 %, et conserve le sien. Additionner ces trois élus permet de compter les sièges. Cela ne suffit plus à définir une famille politique homogène. La campagne a donné lieu à une situation pour le moins singulière. La liste Devésa-Muselier bénéficiait de l’investiture de LR et du soutien de Gérard Larcher. Dans le même temps, Bruno Retailleau, président des Républicains, soutenait personnellement Valérie Boyer, partie avec sa propre liste. Le parti investissait donc une liste tandis que son président en soutenait une autre. Les grands électeurs n’ont finalement éliminé aucun des deux camps. Devésa et Muselier obtiennent deux sièges ; Boyer obtient le sien. Le scrutin distribue les mandats. Il ne règle rien de la bataille politique.

Renaud Muselier fait payer la division à son propre camp

Renaud Muselier a choisi précisément cet angle dans sa première réaction. « Nous avions trois sièges. Nous en conservons trois, malgré la division », souligne-t-il avant d’établir son propre calcul : « Le total de nos voix est clair : unis, nous remportions ce quatrième siège. » Puis vient la formule politique : « La division a toujours un prix. Aujourd’hui, ce prix a un nom : un sénateur RN de plus pour les Bouches-du-Rhône. » Renaud Muselier conclut que « la droite et le centre gagnent quand ils sont rassemblés ». Le message est limpide sans que Valérie Boyer soit nommée. Il mérite toutefois la même précaution que celui de Benoît Payan : les voix de listes concurrentes ne s’additionnent pas automatiquement. Rien ne permet d’affirmer que chacun des grands électeurs de Boyer aurait choisi une liste commune Devésa-Muselier. Mais un constat demeure. À gauche comme à droite, les principaux responsables regardent leurs divisions tandis que le RN regarde ses deux sièges.

Valérie Boyer démontre qu’elle pouvait partir seule

Le résultat de Valérie Boyer complique encore le règlement de comptes à droite. En refusant la troisième place qui lui était proposée sur la liste Devésa-Muselier pour conduire la sienne, elle prenait le risque de perdre son siège. Avec 395 voix, elle franchit l’obstacle. Son choix ne lui permet pas d’entraîner un deuxième élu, mais il lui donne un argument politique difficile à balayer : sa candidature autonome disposait bien d’un espace parmi les grands électeurs. Chacun des deux camps peut donc sortir du scrutin avec sa démonstration. Muselier peut affirmer que l’union aurait rapporté davantage. Boyer peut répondre que sa ligne politique lui permet d’être élue sans lui. La guerre des droites n’a pas trouvé son épilogue ce dimanche soir.

La disparition progressive du système Guérini

Un autre résultat mérite d’être regardé, même s’il fera moins de bruit. En 2020, Jean-Noël Guérini avait encore rassemblé 538 grands électeurs, soit 15,63 %, et obtenu un siège. Ce résultat disait la persistance d’un système politique construit pendant des décennies autour de réseaux d’élus locaux capables d’exister largement en dehors des grandes formations nationales. Six ans plus tard, cet espace s’est considérablement réduit et Mireille Jouve perd son siège. Ce recul raconte peut-être davantage l’évolution de la politique départementale que certaines déclarations triomphales de dimanche soir. Un vieux système de fidélités municipales et départementales s’efface progressivement tandis que les grands blocs nationaux reprennent davantage de place.

Payan et Muselier regardent leurs divisions, le RN ses deux sièges

Au terme de la soirée, une curieuse symétrie s’impose. La gauche arrive première mais regrette de ne pas avoir quatre sénateurs. La droite et le centre conservent trois sièges mais regrettent également de ne pas en avoir quatre. Payan et Muselier désignent tous deux la dispersion de leur propre camp. Le RN, lui, n’a pas besoin de refaire les additions : il passe à deux élus.

Il serait pourtant imprudent d’en faire une répétition générale de 2027. Les sénatoriales ne mesurent pas directement l’opinion publique. Elles disent autre chose : la capacité d’un parti à transformer son implantation locale en pouvoir institutionnel. À ce jeu-là, la gauche conserve une solide première place. Le RN franchit un palier. La droite et le centre restent puissants mais divisés. Et certains réseaux qui structuraient autrefois le département continuent de s’effacer. Les huit sièges sont distribués. Les comptes politiques, eux, ne font que commencer.

Patricia CAIRE

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