Publié le 6 octobre 2026 à 22h45 - Dernière mise à jour le 6 octobre 2026 à 23h16
A Marseille, pas de débordement et une chaîne de solidarité dans la manifestation lycéenne. Enseignants, étudiants, parents d’élèves, travailleurs sociaux ou libraires sont venus soutenir un mouvement qui peine à faire entendre ses revendications.

Manif bon enfant


Ils sont « déter », comme déterminés : 5 000 manifestants défilent avec des pancartes conçues à la hâte sur des cartons. Elles dénoncent les nombreuses interpellations ou le manque de moyens dans les lycées, à l’origine de la mobilisation. Pour éviter tout débordement, des syndicats ont pris la tête du cortège qui devait rejoindre l’inspection académique. Depuis deux semaines, les revendications sont les mêmes. « »Comme je l’ai écrit sur ma pancarte, trop jeune pour être écoutée mais pas trop jeune pour être gazée, clame Emma, élève au lycée Montgrand. Au lieu de nous écouter ou de venir nous parler directement, ça passe par la répression ». Une élève de première au lycée d’Allauch dresse la liste de ce qui doit changer. « Je dénonce le manque de moyens, le manque de profs, Parcoursup; je dénonce beaucoup de choses et ce que j’espère, c’est une vraie réaction. »
Solidarité avec le mouvement


Aujourd’hui, les lycéens ne sont plus seuls à se révolter. Un élan de solidarité entoure le mouvement. Des citoyens, des étudiants ou encore des élèves de lycées privés sont venus en appui. « On se sent privilégiés, on pense à tous nos collègues, tous nos amis qui souffrent dans leurs lycées », résume Jeanne, du lycée privé Saint-Charles Camas. « Il faut réduire les inégalités socio-économiques entre les lycées », enchaîne sa copine Elfi. « On souhaite apporter notre soutien aux lycéens parce que nous, on est étudiantes mais on est là, force pour eux », revendique Léonie, étudiante en droit. Margot est libraire et elle a tenu à être là aussi. « Je viens pour soutenir leur mouvement, leurs revendications et leurs espoirs pour construire un avenir meilleur. »
Les profs dans la rue


Les profs sont massivement présents dans le cortège. Ils dénoncent la situation critique dans les lycées, avec des enseignants non remplacés, mais aussi des problèmes beaucoup plus quotidiens. « La situation est catastrophique, dénonce Célia, enseignante au lycée Jean-Perrin. Moi, je suis une nouvelle prof, je suis contractuelle. J’arrive dans mon lycée et il n’y a pas de papier toilette, c’est une réalité. Les cours de 8 heures à 18 heures, on le voit, les lycéens sont KO. » Nathan est prof de français et de cinéma au lycée Saint-Exupéry. Il voit les effectifs gonfler dans les classes, mais aussi l’état de délabrement de l’établissement. « Il y a très peu de toilettes fonctionnelles, alors à chaque cours, on a des élèves qui demandent à aller aux toilettes car ils n’ont pas pu y aller lors de la récréation. On a un bâtiment exposé plein sud, cela fait des années qu’on demande de changer les rideaux déchirés pour limiter l’exposition. »
Les parents en rempart

Parmi la foule, des parents sont venus faire rempart en cas de débordements. Ils dénoncent les violences policières et les nombreuses interpellations. Karine Bonjour, parent d’élève, fait partie de ces parents mobilisés pour éviter de nouvelles victimes. « J’ai manifesté en 86 contre la loi Devaquet. On a déploré une victime, Malik Oussekine. J’ai manifesté ici, au même endroit, contre le logement indigne, on a déploré ici même une victime à cette fenêtre, Zineb Redouane. Les victimes sont aussi en marge des mouvements parce que les forces de l’ordre sont suréquipées. »
Quelles suites ?
Quelles suites désormais pour ce mouvement ? Il a rassemblé plus de 250 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur. Une mobilisation d’une ampleur jamais enregistrée depuis au moins une trentaine d’années. Le gouvernement pourra difficilement évoquer les violences pour minimiser les revendications.
Joël BARCY



