Aix-en-Provence et Martigues – La danse comme la vie avec Angelin Preljocaj et Emanuel Gat

Publié le 12 octobre 2026 à 22h15 - Dernière mise à jour le 12 octobre 2026 à 22h16

Les deux sont des enfants de la Méditerranée. Preljocaj est fils d’émigrants albanais et Gat est israélien. Le premier vit à Aix-en-Provence, le second à Marseille. Et les deux viennent de marquer la semaine écoulée avec au Grand Théâtre de Provence la création mondiale de « Soulèvement » par le Ballet Preljocaj et, au théâtre des Salins à Martigues la représentation de  « Cinq jours au soleil » par la nouvelle troupe d’Emanuel Gat. La danse vit ici !

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Avec « Soulèvement », Angelin Preljocaj et sa compagnie créent un spectacle auquel l’esthétique n’affaiblit en rien la puissance du message véhiculé. © Didier Philispart

La révolution d’Angelin Preljocaj

« Cette énergie brute, ce mouvement des corps qui se dresse comme une digue et bouge comme un vol d’étourneaux qui se désagrège pour se reconfigurer plus loin, cette beauté sauvage nourrie par l’énergie du désespoir et qui rêve de déclencher l’étincelle du renouveau, je voudrais la faire circuler comme une joie dans les corps. De cette danse du soulèvement s’ouvrira peut-être un espace d’où peuvent jaillir les plus beaux élans de sororité, les plus forts sentiments de liberté, les liens les plus profonds de fraternité. » Deux phrases signées Angelin Preljocaj pour introduire une heure et vingt minutes d’un soulèvement, ou plutôt de plusieurs soulèvements, pour s’opposer aux injustices aux multiples facettes qui frappent les plus faibles, les plus démunis, les jeunes, les travailleurs, les femmes, les homosexuels et les autres que les chemins de la vie ont poussés vers la révolte. Douze danseuses et danseurs pour créer « Soulèvement », une pièce puissante, parfois dérangeante, toujours captivante, réglée à la perfection par Angelin Preljocaj.

On le sait, l’histoire de la vie du chorégraphe est peuplée de luttes et de prises de position fortes et emplies d’humanité, guidées par la justice et l’amour ; « Justice, equity… » inscrits sur scène comme des tags sur les murs. En décidant de créer cette œuvre en octobre 2026, Preljocaj et les siens ignoraient qu’ils entreraient sans le vouloir en résonance totale avec l’actualité et le mouvement des lycéens. Sur le plateau du Grand Théâtre de Provence, des images rappellent celles vues à la télévision. Frappée en pleine tête par un tir de la police, une danseuse s’écroule; un adolescent aussi dans la vraie vie, il perdra son œil. George Floyd étouffé par le genou d’un flic américain, les Femen en lutte, les cadences infernales et l’exploitation des ouvriers, l’homophobie, les violences faites aux femmes : tellement d’actualité.

 

Une fois encore, Angelin Preljocaj règle des chorégraphies captivantes, presque hypnotisantes, accompagnées par une bande son d’extrême qualité composée par Irène Drésel. Les corps s’unissent, se séparent, se heurtent et s’enlacent, créent des environnements mis en valeur par les lumières d’Eric Soyer et la scénographie d’Adrien Chalgard. Alors oui, il manque peut-être une once de désordre, un peu moins de rectitude, mais qu’importe… Le propos est respecté, le spectacle haletant, et le triomphe assuré. Quatre représentations du 7 au 10 octobre ont été données à guichets fermés au Grand Théâtre de Provence, soit près de 5 000 spectateurs debout pour acclamer les douze danseuses et danseurs et le maître d’œuvre qui vont désormais partir en tournée européenne.

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« Cinq jours au soleil » comme un mouvement de vie perpétuel empli des sentiments humains, chorégraphié par Emanuel Gat sur la musique de Mahler. © Julia Gat

 

L’humanité d’Emmanuel Gat

Vendredi dernier en soirée, Emanuel Gat était au Théâtre des Salins à Martigues où il accompagnait son ballet qui donnait « Cinq jours au soleil », sa dernière création en date. Une chorégraphie qui a ouvert il y a quelques mois le festival « Montpellier danse », dont le chorégraphe israélien est artiste associé, avant d’être proposée, entre autres, à la biennale de la danse de Venise. Le travail d’Emanuel Gat s’articule autour de trois éléments : musique, lumières, mouvement ; ses interprètes évoluent dans un cadre pré-fixé pour développer le mouvement sans temps morts.

« Cinq jours au soleil » est un voyage qui va de l’ombre à la lumière, de la détresse à la joie. Cinq tableaux pour douze danseuses et danseurs et la musique de la Symphonie n°5 de Gustav Mahler aux cuivres de fin du monde, aux bruits du quotidien rajoutés intelligemment par Gat,  jusqu’à cette déclaration d’amour à sa femme Alma, toute de paix et de poésie, qu’est l’adagietto. Un ultime moment extatique qui ponctue quatre tableaux au long desquels les sentiments ont pris forme sous l’impulsion du collectif, mais aussi des solos, duos et autres chorégraphies mises en valeur par les costumes de Ines Vicher et les lumières réglées par le chorégraphe lui-même. L’engagement des danseuses et danseurs est puissant et sans faille, mais aussi empli de sentiments lorsqu’ils viennent, un à un, au bord de scène pour approfondir la relation avec le public, les regards devenant alors un mode d’expression spectaculaire.

Cette création marque un nouveau chapitre pour la compagnie d’Emanuel Gat. Elle est en effet donnée par des artistes qui évoluent ensemble pour la première fois sous la direction du chorégraphe. Un nouveau groupe de danseuses et de danseurs de différentes nationalités auquel, outre leurs qualités artistiques, Emanuel Gat a demandé de vivre et travailler à Marseille…

Michel EGEA

En tournée dans la région

Les deux compagnies poursuivent le programme de leurs tournées aux quatre coins de l’Europe. Des dates « régionales » sont déjà connues :

« Soulèvement »

  • 21 novembre 2026 à La Chaudronnerie, La Ciotat.
  • 23 mars 2027 aux Théâtres en Dracénie, Dans le cadre du Festival L’impruDanse, Draguignan.
  • 11 au 14 mai 2027 à La Criée, Théâtre national de Marseille.

« Cinq jours au soleil »

  • 5 décembre 2026 : Palais des Festivals (Théâtre Claude Debussy) – Cannes.
  • 20 février 2027 : Festival Les Hivernales / Opéra Grand Avignon – Avignon.

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