Publié le 23 octobre 2026 à 20h47 - Dernière mise à jour le 23 octobre 2026 à 20h47
Le cancer. Le mot continue de susciter anxiété et angoisse. Pour apaiser les tourments, permettre de lâcher prise et retrouver un peu de sérénité, l’association « Histoire de filles » propose bénévolement des soins de socio-esthétique aux patients. Pendant 45 minutes, la maladie passe au second plan. Une parenthèse de douceur dans un quotidien éprouvant.

Une association née d’une rencontre
L’association est née presque par hasard. Nathalie Riguel, sa fondatrice, intervenait comme esthéticienne dans une clinique de la ville. Elle s’occupait alors des jeunes mamans de la maternité. C’est en poussant la porte du service d’oncologie qu’est née l’idée de « Histoire de filles ». « Je me suis retrouvée face à des visages blêmes, des regards hagards, quelque chose de terrifiant », confie Nathalie. « Alors je me suis dit que la socio-esthétique c’était bien pour accompagner des mamans en difficulté mais qu’il y avait un travail plus important à faire avec ces personnes. » Histoire de filles est partie de là. L’association accompagne aujourd’hui les malades depuis plus de deux décennies.
Lâcher prise, le temps d’un soin
L’annonce d’un cancer demeure un coup de massue pour le malade et ses proches. La maladie transforme le corps, bouleverse le quotidien et pèse sur le moral. C’est dans ces moments que l’association « Histoire de filles » intervient pour offrir gratuitement des soins esthétiques et une bulle de réconfort. Grâce à une convention avec l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), elle dispose d’une salle à proximité du service de radiothérapie. Après leur traitement, les patients peuvent bénéficier de ces soins de support, complémentaires aux traitements médicaux, mais essentiels à leur bien-être. Et l’association Histoire de Filles tient à remercier le Professeur Laetitia Padovani, cheffe du service de radiothérapie de l’Hôpital Nord, qui a lui offert l’opportunité de réhabiliter une salle de soins de support au cœur de son service. Un lieu de douceur et de réconfort, où les patients peuvent s’accorder une parenthèse de bien-être au milieu des traitements. « Merci, Professeur, pour votre confiance, votre humanité et votre grand cœur », témoigne l’association Histoire de Filles.
Quand les gestes apaisent les maux

L’ambiance est tamisée, la voix chaleureuse. « Est-ce que vous avez froid, voulez-vous une couverture ? », interroge Marlène Alessandri, socio-esthéticienne également engagée auprès de l’association. Philippe est son premier patient. « On essaie d’apporter de la détente, qu’ils pensent à prendre soin d’eux et, même si ce n’est pas le combat du moment, de se détendre, c’est très important. » La radiothérapie et les tensions liées à la maladie ont entraîné des raideurs dans le dos de Philippe , manager dans le secteur bancaire, qui ne se reconnaît plus tout à fait depuis l’annonce de son cancer. Massage, application d’un masque… Pendant 45 minutes, le patient s’abandonne à cette parenthèse, loin des préoccupations qui l’accompagnent depuis le diagnostic. « Quand on parle cancer c’est très anxiogène. Quand on se dit on veut se détendre ce n’est pas toujours évident. Les proches, la famille sont là mais on a tous cela à l’esprit alors que là, c’est du lâcher prise. » Il marque une pause, retient ses larmes. « J’ai envie de pleurer », confie-t-il, avant d’évoquer le soulagement de pouvoir enfin lâcher prise.
Chaleur humaine
Farida découvre, elle aussi, pour la première fois l’association « Histoire de filles ». Elle sort d’une séance de radiothérapie. Pour elle, ce sera un soin du visage. Confortablement installée, elle se détend au fur et à mesure des gestes de Marlène. Massage, masque… Farida semble ailleurs. Elle a quitté, pour quelques instants, l’univers froid et médicalisé des traitements. « Les mains sont chaudes par rapport à la radiothérapie où il fait très, très froid. On est fatigués par la maladie, par le traitement. Les malades ont besoin de cela, vraiment. » Marlène est émue en entendant Farida. Ses interventions à l’hôpital n’ont rien à voir avec les soins qu’elle prodigue habituellement aux clientes de son salon d’esthétique. Ici, chaque geste s’accompagne d’une écoute, d’une attention particulière. « C’est souvent des moments comme cela, des moments de partage, d’échanges… Et ce sont de beaux moments, malgré tout, malgré la maladie. » L’émotion gagne Marlène, qui ne peut retenir ses larmes. Farida lui demande alors de faire une photo de toutes les deux. Un souvenir de cette rencontre, de ces quelques minutes où la maladie a cessé d’occuper toute la place.
Des soins gratuits, des financements à trouver
Depuis plus de vingt ans, Nathalie Riguel se bat pour récolter des fonds et obtenir les produits nécessaires aux soins des patients. Pour maintenir la gratuité des prestations et permettre au plus grand nombre d’en bénéficier, elle organise des événements et fait appel à la générosité des donateurs. Une cagnotte en ligne permet également de soutenir l’association. À côté des traitements lourds, ces moments de détente participent au mieux-être des malades. Ils ne guérissent pas le cancer, mais offrent quelque chose de précieux : un peu de répit, de douceur et le sentiment de redevenir, pendant 45 minutes, autre chose qu’un patient.
Reportage Joël BARCY
Pour soutenir l’association « Histoire de filles » : lacagnottedesproches.fr/histoire-de-filles/



