Publié le 24 octobre 2026 à 21h38 - Dernière mise à jour le 24 octobre 2026 à 21h38
17 000 manifestants selon la préfecture, 50 000 selon les syndicats. Une semaine après les violences et les pillages qui ont profondément marqué Marseille, des milliers de personnes ont de nouveau battu le pavé ce samedi 24 octobre. Sous haute surveillance policière, le cortège a traversé la ville dans le calme avant que des heurts n’éclatent au moment de sa dispersion. Le maire Benoît Payan et le préfet Jacques Witkowski ont salué le travail des forces de l’ordre. À 21 heures, le bilan provisoire faisait état de trois commerces pillés ou dégradés et de 51 interpellations dans les Bouches-du-Rhône.

Des milliers de Marseillais dans la rue malgré les tensions
Une semaine après les scènes de pillages qui ont bouleversé le centre-ville, Marseille retrouvait ce samedi les cortèges de manifestants. Mais dans un contexte bien différent. Dès la matinée, les forces de l’ordre avaient pris position aux abords des principales artères commerçantes, de la Canebière et du Vieux-Port. Un dispositif de sécurité renforcé avait été déployé pour prévenir de nouvelles violences. La manifestation, autorisée à titre dérogatoire par la préfecture, s’est élancée des Réformés peu après 14 heures, après une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat de Trappes.
Le cortège a emprunté la place Gambetta, le boulevard d’Athènes, les abords de la gare Saint-Charles et la place des Marseillaises, puis le boulevard Leclerc, la place Marceau et l’avenue Camille-Pelletan, avant de rejoindre la Porte d’Aix. Ce parcours avait été défini pour éviter les principales rues commerçantes touchées par les pillages du 17 octobre.
Selon la préfecture, 17 000 personnes ont participé à la manifestation. Les organisations syndicales avancent, pour leur part, le chiffre de 50 000 manifestants. Au-delà de cet écart, la mobilisation a été importante. Une heure et demie après le départ du cortège, les derniers participants se trouvaient encore aux Réformés. La journée s’inscrivait dans un mouvement national de contestation portant notamment sur le pouvoir d’achat, la défense des services publics et les conditions d’enseignement.
Benoît Payan salue le travail des forces de l’ordre
Lors d’un point presse, le maire de Marseille, Benoît Payan, a d’abord insisté sur le déroulement de la manifestation. « C’est une manifestation qui s’est passée dans le calme, avec des revendications très fortes. Et on le voit, malgré la situation extrêmement difficile de la semaine dernière, les Marseillais sont sortis en nombre. » Alors que des incidents étaient signalés au moment de la dispersion, le maire évoquait « quelques groupes sporadiques », contre lesquels les forces de l’ordre intervenaient. Il ajoutait cependant : « Je ne crie pas victoire. » Une prudence qui n’empêchait pas Benoît Payan de souligner la différence avec les événements du samedi précédent. Il estimait que le centre-ville et sa périphérie ont été « plutôt sanctuarisés ». Surtout, après les désaccords de la semaine dernière sur les conditions du maintien de l’ordre, le maire tenait à saluer l’action des services mobilisés. « Les forces de l’ordre ont bien travaillé, les pompiers travaillent bien, et les Marseillais ont pu être dans le calme, dans leur droit constitutionnel, de pouvoir affirmer un certain nombre de choses dans ce pays. » Cette déclaration marque une évolution dans le ton du maire, qui avait vivement critiqué la gestion des violences du 17 octobre. Cette fois, il met en avant le travail des policiers et des secours, tout en rappelant son attachement au droit de manifester.
Des incidents en fin de journée, un premier bilan officiel
La situation s’est tendue en fin d’après-midi à la Porte d’Aix, point d’arrivée de la manifestation. Alors que plusieurs milliers de personnes continuaient d’affluer, quelques dizaines d’individus ont tenté de franchir un cordon de CRS interdisant l’accès au boulevard des Dames. Les forces de l’ordre ont procédé à une charge et fait usage de gaz lacrymogènes. Des barrières de chantier ont été utilisées comme boucliers et un feu de poubelles, dans une rue adjacente, a nécessité l’intervention des marins-pompiers. D’autres incidents ont éclaté dans plusieurs secteurs de Marseille, où des commerces ont été pris pour cible.
Dans un communiqué publié samedi soir, le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, a salué la mobilisation des forces de l’ordre et condamné les violences, soulignant que « ces actes sont inacceptables et ne sauraient occulter le déroulement du cortège autorisé ». Selon le bilan provisoire établi à 21 heures, trois commerces ont été pillés ou dégradés dans le département. Cinquante et une personnes ont été interpellées, dont 20 majeures, et 20 ont été placées en garde à vue.
Sur X, Benoît Payan a également alerté sur les tentatives de pillage dans différents quartiers de la ville. « À la fin de la journée, plusieurs groupes d’individus tentent de se livrer à des pillages dans différents secteurs de la ville. La Police Municipale et le Bataillon de Marins-Pompiers interviennent aux côtés de la Police Nationale. » Le maire appelle les habitants à la prudence et demande de faciliter le travail des forces de l’ordre et des secours. « La priorité est de préserver la sécurité des habitants, des commerces et de ramener le calme dans la ville », écrit-il.
Laurent Nuñez distingue les cortèges des groupes violents
À l’échelle nationale, la mobilisation a rassemblé près de 410 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur et plus de 800 000 selon la CGT. Lors de son intervention en début de soirée, Laurent Nuñez a lui aussi distingué le déroulement des manifestations des violences commises en marge des cortèges. Le ministre de l’Intérieur a souligné que les cortèges s’étaient globalement bien déroulés, tout en évoquant des groupes qui s’en étaient détachés pour commettre des exactions et s’en prendre aux forces de sécurité. Il a notamment fait état de jets de projectiles et de tirs de mortiers d’artifice dans plusieurs villes. Vers 19h30, le ministre annonçait près de 1 000 interpellations sur l’ensemble du territoire national.
Une journée qui ne ressemble pas à celle du 17 octobre
À Marseille, le contraste avec le samedi précédent est manifeste. La mobilisation a été importante, le cortège a pu suivre son parcours et les principaux secteurs commerçants ont fait l’objet d’une protection renforcée. Le préfet Jacques Witkowski le souligne dans son communiqué : « Son organisation et le respect du parcours prévu ont permis au cortège de se dérouler dans de bonnes conditions. » Les incidents de fin de journée rappellent néanmoins que le risque de débordements n’avait pas disparu. La journée du 24 octobre laisse ainsi deux images distinctes : celle de milliers de Marseillais exerçant leur droit de manifester et celle de groupes qui, à la dispersion, ont provoqué de nouveaux troubles.
Patricia CAIRE



