Arrêt du projet Carbon : Fos-Berre confronté aux fragilités de la souveraineté industrielle européenne…

Publié le 20 mai 2026 à 19h36 - Dernière mise à jour le 20 mai 2026 à 19h49

l’Union pour les Entreprises des Bouches-du-Rhône (UPE 13) et le Groupement Maritime et Industriel de Fos (GMIF) ont réagi avec regret à l’annonce de l’arrêt du projet Carbon, qui devait permettre l’implantation à Fos-sur-Mer d’une gigafactory consacrée à la production de panneaux et cellules photovoltaïques.

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Le site retenu à Fos-sur-Mer était d’une surface d’environ 60 hectares.

Cette première giga-usine aurait eu une capacité de production annuelle de 5 GW de cellules photovoltaïques et 3,5 GW de modules. Sa mise en service était prévue fin 2025 avec une montée en puissance graduelle en 2026. Le budget d’investissement s’élèvait à 1,5 milliard d’euros. Au-delà de la phase de chantier, le projet aurait créé plus de 3 000 emplois directs et durables sur le territoire. D’une surface d’environ 60 hectares, le site retenu à Fos-sur-Mer «est idéalement situé sur la côte méditerranéenne au sein du Grand Port Maritime de Marseille. Il réunit toutes les conditions nécessaires à l’implantation de notre première giga-usine, en particulier car il bénéficie de connexions routière, ferroviaire, fluviale et maritime directes et qu’il se situe au cœur d’un bassin d’emploi attractif»,  indiquait Carbon

Pour les représentants économiques du territoire, cette décision dépasse largement l’abandon d’un seul projet industriel. Elle constitue surtout un signal d’alerte sur les difficultés persistantes de l’Europe à transformer ses ambitions de souveraineté industrielle en mécanismes suffisamment rapides et protecteurs. Les responsables patronaux saluent d’abord le travail mené par les équipes de Carbon ainsi que « le courage et la conviction » des entrepreneurs ayant porté cette ambition industrielle présentée comme stratégique pour la France et l’Europe.

Le décalage entre ambitions européennes et réalité industrielle

Selon les acteurs économiques, l’Europe affiche depuis plusieurs années sa volonté de relocaliser certaines productions stratégiques, notamment dans les technologies bas carbone. Mais dans les faits, les dispositifs destinés à sécuriser un véritable marché industriel européen restent jugés trop lents, trop incertains ou insuffisamment protecteurs face à la concurrence internationale.

Le temps réglementaire n’est plus celui des entreprises, alertent-ils. À leurs yeux, l’absence de décisions rapides et lisibles fragilise les projets industriels, ralentit les investissements et menace directement la compétitivité européenne face à des concurrents bénéficiant de cadres économiques beaucoup plus offensifs, notamment aux États-Unis et en Asie. Cette situation relance également le débat autour d’une « préférence industrielle européenne », que les responsables économiques locaux appellent désormais de leurs vœux afin de protéger les filières stratégiques, les emplois et les entreprises européennes.

Un courrier cosigné par Jean-Christophe Amarantinis, président de l’UPE 13, et Jean-Michel Diaz, président du GMIF, a d’ailleurs été adressé au président de la République afin d’alerter sur ces enjeux.

Fos-Berre poursuit sa dynamique industrielle

Pour autant, les représentants du monde économique refusent de voir dans l’arrêt du projet Carbon un coup d’arrêt à la réindustrialisation engagée sur le territoire de Fos-Berre. Plusieurs projets industriels restent actuellement en développement dans la zone industrialo-portuaire tandis que les industriels déjà implantés poursuivent des investissements importants pour moderniser leurs installations, décarboner leurs activités et renforcer leur compétitivité. Les responsables économiques estiment toutefois que cette séquence doit conduire à accélérer plusieurs chantiers essentiels : infrastructures, énergie, foncier industriel, compétences, simplification réglementaire ou encore acceptabilité des projets industriels.

En toile de fond

L’arrêt du projet Carbon intervient à un moment particulièrement sensible pour la politique industrielle européenne. Alors que l’Union européenne affiche des ambitions fortes en matière de souveraineté énergétique et de relocalisation industrielle, de nombreux acteurs économiques dénoncent un décalage persistant entre les objectifs annoncés et les outils réellement mis en place pour protéger les filières stratégiques. À Fos-Berre, cette séquence nourrit aussi une inquiétude plus large : celle de voir certains grands projets industriels se heurter aux lenteurs administratives, aux incertitudes réglementaires et à une concurrence internationale de plus en plus agressive. Le territoire conserve pourtant des atouts majeurs avec ses infrastructures portuaires, son tissu industriel et les investissements engagés autour de la décarbonation. Reste désormais à savoir si l’Europe et l’État seront capables d’accompagner suffisamment rapidement ces transformations pour éviter que les futurs investissements stratégiques ne se développent ailleurs.

Patricia CAIRE

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