Publié le 6 novembre 2026 à 9h11 - Dernière mise à jour le 6 novembre 2026 à 9h11
3 000 bénévoles de la Banque alimentaire vous solliciteront dès ce vendredi dans quelque 200 super et hypermarchés. Changement de calendrier cette année, la grande collecte se déroule avec 3 semaines d’avance. Une volonté d’éviter des télescopages avec d’autres événements. La Banque alimentaire est le premier opérateur dans l’aide alimentaire du département. Entretien avec son président, Joseph Arakel.

Destimed: Pour quelles raisons avez-vous anticiper de 20 jours la collecte cette année ?
Joseph Arakel : C’est un test. Le dernier week-end de novembre correspondait au Black Friday, une période davantage tournée vers les achats électroniques, les biens d’équipement et autres. Les gens ne sont pas tournés vers l’alimentaire. On a voulu éviter ce télescopage. On arrivait aussi en fin de mois, période où il est parfois difficile de joindre les deux bouts pour certains donateurs. En organisant la grande collecte plus tôt, cela laisse davantage de possibilités.
200 magasins mobilisés
L’an passé, pour la collecte, vous aviez augmenté le nombre de magasins participants, passant ainsi de 180 à 240. Pourquoi ne reconduisez-vous pas ce dispositif cette année ?
On va se limiter à 200 magasins. On s’était trop dilués. Résultat avec 60 magasins de plus on est tout juste parvenus à effectuer la même récolte que l’année précédente. (340 tonnes). Là, on préfère concentrer nos forces pour être plus efficaces dans chaque unité.
A la Banque alimentaire, il faut aussi un bon management ?
C’est une entreprise. On doit se professionnaliser, avoir un management efficace pour mettre en place une bonne signalétique, sensibiliser les clients sur l’opération, passer les bons messages, faire part de nos besoins. C’est essentiel.
Les besoins ont progressé de 50% en 3 ans
La précarité gagne du terrain. À quel point les demandes d’aide alimentaire ont-elles augmenté ?
Depuis 2023 les besoins ont progressé de 50%. On livre l’équivalent de 8 millions de repas chaque année dans le département. 110 000 personnes sont concernées. Le taux de pauvreté est supérieur à 20%. Une personne sur cinq est touchée.
Vous êtes le premier opérateur de l’aide alimentaire dans le département. Comment faites-vous face à l’augmentation des demandes et à l’arrivée de nouveaux publics ?
Ce qu’on constate déjà c’est que nous n’arrivons plus à satisfaire l’ensemble des associations. Nous en avons 177 en incluant les CCSA. Mais nous en avons 20 en attente. Nous n’avons pas assez de produits pour les livrer. Nous avons de nouveaux publics qui sont venus gonfler les chiffres. Des étudiants, des retraités mais aussi tout simplement des travailleurs pauvres qui ne peuvent plus se nourrir avec leur seul salaire. Certains ne font qu’un repas par jour.
Les supermarchés ont réduit leur aide
Quelles difficultés rencontrez-vous aujourd’hui pour vous approvisionner en denrées alimentaires ?
La part des supermarchés s’est réduite. Auparavant nous recevions les produits qui avaient une date de péremption proche. C’étaient des produits frais dont nous manquons cruellement. Aujourd’hui chaque enseigne a créé ses corners où elle écoule ces produits avec des réductions de 30 à 50%. Tout cela nous échappe. C’est un manque à gagner important. Il nous faut trouver 4 000 tonnes de denrées chaque année.
Comment parvenez-vous à compenser ce manque de denrées alimentaires ?
On est de plus en plus contraints d’acheter des produits alors on frappe aux portes du monde économique pour qu’il puisse nous donner des fonds et on sollicite l’État pour obtenir des fonds exceptionnels.

La grande collecte de ce week-end nécessite des bras. Avez-vous réussi à mobiliser suffisamment de bénévoles ?
On était inquiets, il nous manquait un millier de personnes, soit un tiers, mais finalement tout le monde est là. Les jeunes se sont mobilisés. On a aussi des personnes qui sont détachées de leur entreprise pour l’opération. 3 000 bénévoles seront sur le pont pour assurer cette grande collecte.
Une collecte vitale
Quel poids représente cette grande collecte dans l’approvisionnement annuel de la Banque alimentaire ?
Elle représente près de 10% de l’ensemble de nos besoins. C’est important. L’an passé on avait récolté 340 tonnes de produits. L’idéal serait d’arriver à 400 tonnes.
Dans un contexte marqué par l’inflation et la stagnation des salaires, craignez-vous que la générosité des donateurs soit mise à l’épreuve ?
C’est vrai mais la France est un pays généreux et solidaire. Il faut penser à ceux qui ont du mal à se nourrir ou vivent dans le froid et leur permettre d’avoir des repas chauds. On n’a pas le droit dans un pays comme la France de souffrir de la faim. Notre devise est la fraternité alors je compte sur les Provençaux pour leur générosité.
Propos recueillis par Joël BARCY



