Chronique. «La parole est à Viou». 8-mars :  le Malentendu 

Destimed a ouvert une nouvelle fenêtre sur le débat avec « La parole est à Viou », une chronique portée par la plume libre et engagée de Viou. Ce rendez-vous assume un ton personnel, curieux, parfois piquant mais toujours ouvert. Ici, la réflexion se fait sans détour, avec le goût des idées, des points de vue qui se confrontent, et des questions qui ouvrent la discussion. Cette chronique donne voix à une lecture singulière de l’actualité, aux angles parfois à contre-courant. La parole est à Viou à contredire, à débattre.

C’est le 8 mars. C’est la Journée internationale des droits des femmes. Notez bien le pluriel : « droits ». On ne célèbre pas une biologie. On mesure un retard. Et l’ONU vient de poser un chiffre sur la table. Un chiffre froid. Qui claque comme une porte qu’on ferme. Au rythme actuel, pour supprimer les lois discriminatoires et atteindre l’égalité juridique à l’échelle mondiale, il faudra 286 ans. Trois siècles.

Pourquoi une telle lenteur ? Parce que nous vivons sur une fable. On nous vend l’émancipation comme une ligne droite. Une marche inéluctable vers le progrès. C’est faux. L’histoire des femmes n’est pas une ascension. C’est une suite de ruptures. De confiscations. Et de luttes pour ne pas reculer.

Quand le rang écrasait le genre

Pour comprendre, il faut oser regarder avant la modernité. Au Moyen Âge, la société ne se divisait pas entre hommes et femmes. Elle se divisait entre puissants et dépendants. Dans les champs, la nécessité effaçait le genre. La paysanne tenait les comptes, travaillait la terre. Elle n’était pas l’égale théorique de l’homme  le concept n’existait pas. Elle était son équivalent fonctionnel.

Chez les élites ? Le pouvoir appartenait à la terre et au sang. Aliénor d’Aquitaine ou Blanche de Castille n’étaient pas des « exceptions ». Elles étaient des patrons. Le critère n’était pas le sexe. C’était le rang.

Le paradoxe de 1804

La vraie régression est venue d’où on ne l’attendait pas : du progrès. 1804.Le Code Civil. Napoléon a le génie de structurer l’État. Il pacifie. Il unifie. Mais il verrouille. Pour bâtir cet ordre solide, il désigne un chef unique. Ce sera l’homme. La femme mariée devient une mineure à vie. Napoléon ne fait pas dans la dentelle : « La femme est donnée à l’homme pour qu’elle lui fasse des enfants… Elle est sa propriété. » C’est là, le paradoxe. Une avancée pour la société. Une prison pour les femmes. Le patriarcat devient la Loi.

La Femme Inconnue

Cette mise sous tutelle s’est accompagnée d’un effacement terrible. Après les guerres, nous avons érigé des monuments. Nous saluons le Soldat Inconnu sous l’Arc de Triomphe. C’est juste. C’est nécessaire. Le sang versé mérite le bronze. Mais dites-moi : elle est où, la statue de la Femme Inconnue ? Celle qui a fait tourner les usines d’armement ? Celle qui a tenu les fermes à bout de bras ? Celle qui a maintenu la société debout pendant que le monde s’effondrait ? Elle n’a pas de statue.
Elle a l’oubli. L’Histoire grave des héros. Elle gomme les contributrices.

2026 : Le grignotage

Aujourd’hui, le texte a changé. Heureusement. Mais ne nous y trompons pas. La femme de 2026 n’a pas « récupéré » ses droits. Elle les grignote. Elle arrache, centimètre par centimètre, une légitimité qui lui est encore disputée. Et elle le fait en payant le prix fort. Elle a pris l’espace public sans avoir le droit de lâcher le privé. La fameuse « charge mentale », ce n’est pas un concept de psy, c’est l’infrastructure invisible de notre économie. La femme est fatiguée d’être obligée d’être forte.

Et en face ? L’homme vacille. Construit pendant deux siècles comme le « chef » par décret, il se découvre soudain optionnel.
Il n’est plus indispensable à la survie matérielle. C’est le malaise discret de notre époque : des femmes épuisées, et des hommes perdus.

L’égalité n’est pas l’identité

Nous sommes arrivés au bout d’une logique. Le piège moderne, c’est d’avoir cru que pour être égaux en droits (le citoyen), il fallait être identiques en nature (l’humain). Vouloir gommer la différence au nom de la justice est une erreur de méthode. Il existe une différence biologique, hormonale, constitutionnelle. Ce n’est pas une hiérarchie. C’est une réalité. Nier cette différence ne libère personne. Cela crée une société hors-sol, en guerre permanente contre le réel.

La vraie modernité, en ce 8 mars, ne consiste pas à faire semblant d’être pareils pour mériter le respect. Elle consiste à accepter d’être parfaitement égaux en droits, tout en restant irrémédiablement différents. Si nous comprenons cela que la différence n’est pas l’ennemie de l’égalité  alors peut-être… Peut-être que nous gagnerons un peu de temps sur les 286 ans

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