Chronique littéraire de Jean-Rémi Barland. « L’adolescence du perroquet » d’Amélie Nothomb Alban : Jo et les morsures de l’amour

Publié le 31 août 2026 à 21h56 - Dernière mise à jour le 31 août 2026 à 21h56

Avec « L’adolescence du perroquet », Amélie Nothomb raconte les rapports passionnels et pour le moins compliqués d’un homme et de son perroquet. Un 35e roman, drôle et grinçant, que l’écrivaine viendra dédicacer à la librairie Goulard d’Aix-en-Provence le 28 octobre prochain.

Destimed amelie Nothomb 2
Amélie Nothomb (Photo Jean-Baptiste Mondino)

 

Que serait une rentrée littéraire de septembre sans un livre d’Amélie Nothomb ? « Le tenon sans la mortaise », aurait dit Michel Audiard. C’est en tout cas inconcevable, improbable, et d’ailleurs l’auteure elle-même n’y songe pas, qui publie chaque année, à cette date, chez Albin Michel, un nouveau roman promis à un immédiat succès de librairie.

L’opus 2026 s’appelle L’adolescence du perroquet. Trente-cinquième roman publié depuis Hygiène de l’assassin -il paraît qu’elle a des dizaines de manuscrits dans ses tiroirs-  c’est une histoire de passion… dévorante. Celle qu’éprouve un certain Alban pour un perroquet gris du Gabon prénommé Jo qui, après quelques péripéties, s’est installé chez lui.

Nous sommes très éloignés du « Un petit poisson, un petit oiseau s’aimaient d’amour tendre », composé pour Juliette Gréco par Bourgeois et Rivière, puisque, dans un souffle romanesque très anthropomorphique, Amélie Nothomb nous décrit un perroquet certes très amoureux de son logeur, mais aussi très jaloux, d’une susceptibilité infernale, possédant l’art d’élucider les noms, sachant différencier les genres humains, « aussi charmant avec une dame qu’infect avec le plombier », prêt à mordre celles et ceux qui ne lui conviennent pas.

Alban voudrait bien apprendre à Jo les bonnes manières, mais ce sera en pure perte. Sans grand ressentiment non plus puisque « on accepte plus facilement de vivre en tyrannie quand on se sent aimé ». Et de noter : « Je vivais une problématique post-moderne : la cohabitation avec un adolescent violent », qui lui en fera voir de toutes les couleurs de ses plumes.

D’un naturel calme et posé, Alban aimait, jeune, être un enfant à Paris. Il perdit ses parents à dix ans, se passionna très tôt pour le Louvre alors qu’il habitait tout près, rue du Faubourg-Saint-Honoré, et devint chroniqueur à la radio. Il découvrira à ses dépens que « l’amour n’est pas un dû » et qu’il peut être confronté à l’ingratitude. « Contrairement aux humains, il parle parce qu’il écoute », dit Alban à propos de Jo, à qui il passe tous ses caprices, reproduisant à hauteur d’animal une sorte d’éducation positive… Ce qui ne sera pas sans répercussion sur sa vie, chamboulée en diable.

« La musique, c’est la temporalité enchantée »

Parallèlement à son récit, où l’on assiste à une crise d’ado version perroquet, avec, pour reprendre un autre titre de la romancière, Stupeur et tremblements, et surtout cris incessants, coups de bec et griffures, Amélie Nothomb signe un plaidoyer assez subtil pour l’art. « La musique, c’est la temporalité enchantée », écrit-elle. « La grande littérature est celle dont l’accès est comparable à celui de la musique », souligne-t-elle aussi, non sans avoir dit toute son admiration, par narrateur interposé, pour Louis Moreau Gottschalk (1829-1869), compositeur et pianiste virtuose américain qui fit le tour du monde pour interpréter ses propres œuvres.

Fidèle à l’idée développée de livre en livre selon laquelle « la puissance est la beauté de l’âme » et que « sentir son âme est un exercice simple », Amélie Nothomb signe un conte philosophique grinçant, très visuel, très théâtral. Les scènes avec la gardienne de l’immeuble, la conquête féminine d’un jour ou la « nounou pour perroquet » venant garder Jo quand Alban est sorti sont hilarantes. Un conte qui peut aussi laisser totalement indifférent si l’on ne goûte pas aux rouages de cette histoire farfelue, que d’aucuns trouveront un rien fabriquée.

Jean-Rémi BARLAND

« L’adolescence du perroquet », Amélie Nothomb – Albin Michel – 155 pages – 18,90 €.

Amélie Nothomb sera en dédicace à la librairie Goulard, à Aix-en-Provence, mercredi 28 octobre, de 15h30 à 18h30. « Les horaires sont précis et ne pourront pas être dépassés », précise la librairie.

Destimed Ladolescence du perroquet couv

Articles similaires