Climat. El Niño pourrait faire basculer 49 millions de personnes supplémentaires dans la faim

Publié le 10 août 2026 à 11h13 - Dernière mise à jour le 10 août 2026 à 11h13

Sécheresses, inondations, chaleurs extrêmes : un nouvel épisode El Niño pourrait considérablement aggraver l’insécurité alimentaire dans 45 pays déjà fragilisés. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), près de 49 millions de personnes supplémentaires pourraient connaître une situation de faim aiguë d’ici à la fin de 2027. L’Afrique, l’Amérique centrale, les Caraïbes et certaines régions d’Asie figurent parmi les territoires les plus exposés.

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El Niño menace les récoltes et la sécurité alimentaire de millions de personnes dans les régions les plus vulnérables du monde. © Illustration générée par IA – Destimed

Un phénomène climatique qui vient frapper des populations déjà vulnérables. Le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte sur les conséquences que pourrait provoquer El Niño sur la sécurité alimentaire mondiale au cours des prochains mois. Dans les 45 pays étudiés par l’agence des Nations unies, 225 millions de personnes sont déjà confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Elles pourraient être 274 millions d’ici à la fin de 2027, soit une progression de près de 22 %. Les projections du PAM s’appuient notamment sur les conséquences du précédent épisode majeur d’El Niño, en 2015-2016, qui avait affecté entre 60 et 100 millions de personnes. « El Niño représente une menace considérable pour la sécurité alimentaire de millions de personnes qui sont déjà vulnérables », alerte Carl Skau, directeur exécutif par intérim du PAM. Pour l’agence onusienne, agir avant les catastrophes climatiques permet non seulement de sauver des vies, mais également de préserver les moyens de subsistance des populations.

L’Afrique particulièrement vulnérable

Le continent africain concentre une part importante des inquiétudes. Près de 24 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées à une aggravation de l’insécurité alimentaire en Afrique de l’Est, australe, centrale et occidentale. L’Afrique de l’Est et l’Afrique australe sont particulièrement exposées. Plus de 18 millions de personnes pourraient y voir leur situation alimentaire se dégrader, soit une augmentation de 26 %. En Afrique australe, la dépendance d’une grande partie des populations à l’agriculture pluviale de subsistance accroît encore la vulnérabilité aux périodes de sécheresse et aux dérèglements des précipitations. Une mauvaise saison des pluies peut rapidement provoquer une chute des récoltes et fragiliser des millions de familles. En Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, le PAM prévoit une progression de 12 % de l’insécurité alimentaire aiguë, soit près de six millions de personnes supplémentaires.

Amérique centrale : une hausse potentielle de 83 %

Mais l’Afrique n’est pas la seule région menacée. Dans les Caraïbes et en Amérique du Sud, plus de 16 millions de personnes supplémentaires pourraient connaître une dégradation de leur sécurité alimentaire. La situation apparaît particulièrement préoccupante en Amérique centrale, où le PAM envisage une hausse de 83,1 %, la plus importante parmi toutes les régions étudiées. En Asie et dans le Pacifique, quelque 8,2 millions de personnes supplémentaires pourraient également basculer dans l’insécurité alimentaire aiguë. Derrière ces chiffres se dessine une même mécanique : succession de sécheresses, pluies excessives, inondations et épisodes de chaleur extrême entraînent de mauvaises récoltes, détruisent les moyens de subsistance et font augmenter les prix alimentaires dans des pays où des millions de familles disposent déjà de très faibles marges de résistance.

Anticiper plutôt que réparer

Face à cette menace, le PAM ne veut pas attendre que les catastrophes se produisent. Avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et d’autres partenaires, l’agence a préparé des plans d’action anticipée dans plus de 50 pays. Depuis mai, ces dispositifs ont déjà été déclenchés au Soudan du Sud, au Tchad, en Mauritanie, en Ouganda, au Guatemala et au Salvador. Plus de 14 millions de dollars ont été mobilisés afin de venir en aide à environ un demi-million de personnes avant que les conséquences des événements climatiques ne deviennent incontrôlables. Cette stratégie consiste notamment à aider les populations à protéger leurs récoltes et leur bétail, à sécuriser leurs moyens de subsistance et à permettre aux gouvernements d’organiser leur réponse avant l’arrivée des sécheresses, des inondations ou des tempêtes.

L’enjeu est également économique. Selon les enseignements tirés des précédents épisodes d’El Niño, chaque dollar investi dans l’anticipation permettrait d’économiser entre trois et sept dollars en pertes évitées et en dépenses d’intervention humanitaire. « Les inondations et les sécheresses graves peuvent rapidement faire basculer des communautés résilientes dans la crise », souligne Carl Skau. Pour le PAM, alors que des centaines de millions de personnes connaissent déjà une situation alimentaire fragile, attendre les premières récoltes détruites pour intervenir risquerait de transformer un choc climatique annoncé en nouvelle crise humanitaire majeure.

Anna CHAIRMANN – Destimed
Source : PAM / Nations unies

 

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