Entretien avec Jean-Michel Diaz, président du GMIF : « Carbon est une alerte dont il faudra tirer les leçons … »

Publié le 28 mai 2026 à 18h09 - Dernière mise à jour le 28 mai 2026 à 18h09

Ce devait être la plus grosse unité de panneaux photovoltaïques de France. Une gigafactory capable de produire 10 millions de panneaux par an. Mais « l’histoire s’arrête là » indique Carbon sur LinkedIn. Exit les 1,7 milliard d’investissements prévus et la création de 3 000 emplois. Pour  Jean-Michel Diaz, le président du groupement maritime et industriel de Fos (GMIF):  « L’arrêt du projet n’est pas une bonne nouvelle mais il ne remet pas en cause la dynamique Fos-Berre. » Entretien.

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Jean-Michel Diaz, le président du groupement maritime et industriel de Fos (GMIF) (Photo Joël Barcy)

La liquidation judiciaire de Carbon à la mi-mai est-elle un échec pour le territoire ?

Ce n’est pas une bonne nouvelle c’est certain mais je voudrais saluer les équipes qui ont porté cette ambition. Carbon croyait en son projet de gigafactory, c’était l’un des plus avancés. Cette non réalisation est un vrai signal d’alerte dont il faudra tenir compte.

L’abandon du projet Carbon révèle-t-il les fragilités de la stratégie industrielle européenne ?

 On ne peut pas parler de souveraineté industrielle européenne sans mettre en place les règles qui permettent aux entrepreneurs d’investir. Le projet Carbon illustre une contradiction européenne majeure. Depuis 2024, l’Europe affirme vouloir relocaliser les productions stratégiques mais on se retrouve en 2026 et les règles concrètes qui accompagnent ce qui a été annoncé voilà deux ans ne sont pas en place. Vous ne pouvez pas demander aux entrepreneurs de réindustrialiser maintenant alors que les mécanismes qui sont sensés les protéger ne sont pas en place et sont renvoyés à fin 2030. On ne peut pas parler de souveraineté sans des textes européens antidumping, comme pour l’acier. Carbon n’a pas trouvé les investisseurs prêts à mettre 1,7 milliard d’euros dans l’opération pour cette raison.

Avec Carbon, ce sont  donc 1,7 milliard d’euros d’investissements et 3 000 emplois qui disparaissent…

 Effectivement, mais cette non réalisation ne remet pas en cause la dynamique sur le territoire de Fos-Berre. Nous avons déjà 3 milliards d’euros de projets sécurisés et engagés sur des sites existants du territoire avec le sidérurgiste italien Marcegaglia (700 millions d’euros), Inéos à Lavera (300 millions d’euros) Arcelor Mittal (réactivation du second haut-fourneau pour plusieurs centaines de millions d’euros), Hynaero (Contructeur des « Canadair » de nouvelle génération à Istres), Airbus Helicopters (400 millions d’euros), Kemone… Nous avons une quantité exceptionnelle de filières sur le bassin : raffinage, chimie, pétrochimie, aéronautique, acier, énergies renouvelables, c’est unique en France. On ne sera pas impactés par le renoncement de Carbon.

Malgré tout, Carbon concourait au label de pôle de décarbonation européen

Oui, mais d’autres start-up sont aussi centrées sur la décarbonation comme GravitHy, qui doit produire de l’acier bas carbone, Néocarb des e-carburants. Nous sommes dans une nouvelle ère industrielle. Il faut remonter à 1968, avec la création de la zone industrielle de Fos, pour connaître une telle effervescence. Depuis cette date on n’a jamais enregistré une période où on a autant d’investissements massifs et de projets en portefeuille. Le mouvement est enclenché.

Mais comment être sûr que ces projets ne connaîtront pas le même sort que Carbon ?

 Carbon a été une alerte et il faut s’en servir comme d’un REX (Retour d’expérience). Les panneaux photovoltaïques sont dans un secteur hyperconcurrentiel où l’Asie a une longueur d’avance et produit à moindre coût. Sans l’aide règlementaire de l’Europe, impossible de faire face. En revanche pour les nouveaux projets, autour de l’hydrogène, des carburants de synthèse ou de l’acier décarboné, tout le monde est sur la même ligne de départ. Ce territoire a la capacité, le potentiel, d’être le pôle européen de la décarbonation. Mais attention il faudra malgré tout que les règles sociales et fiscales soient alignées sur les concurrents étrangers.

Certains profitent de l’abandon de Carbon pour remettre en cause la ligne à très haute tension, ce n’est pas un risque ?

 Nous avons besoin de cette ligne pour l’industrie de Fos mais aussi la mobilité, le tertiaire et le numérique, nous avons l’un des premiers hubs mondiaux à Marseille. Les besoins, il faut les envisager pour les 60 ans qui sont devant nous. On ne peut plus attendre, sinon les porteurs de projets risquent de partir ailleurs. Si on veut laisser le meilleur à nos enfants il faut être capable de concilier protection de l’environnement et souveraineté économique de la France.

Le mouvement autour de la décarbonation est-il vraiment enclenché ?

 Oui, la feuille de route est enclenché. L’État est mobilisé autour des infrastructures : contournement de Martigues-Port-de-Bouc, liaison Fos-Salon, investissements dans l’hôpital de Martigues (60 millions d’euros) pour faire face à l’arrivée de nombreux salariés avec leur famille. Tous les acteurs de l’industrie et de la formation sont aussi investis derrière l’opération « Talents 2030 » pour travailler métier par métier, filière par filière, sur les besoins du nouveau pôle industriel de Fos-Berre. L’industrie c’est plus de 50% de la richesse des Bouches-du-Rhône et 1/3 des emplois.

À quoi ressemblera le territoire de Fos-Berre à l’horizon 2030 ?

Nous devrions avoir près de 20 milliards d’euros d’investissements, posséder le plus grand pôle européen de la décarbonation et enregistrer un mouvement économique jamais connu depuis un demi-siècle sur le territoire. Ce pôle devrait voir la création d’environ 10 000 emplois directs et deux à trois fois plus d’indirects. Des familles vont s’installer et revitaliser toute cette zone. Je n’ai pas de doute, le meilleur est à venir, nous serons le cœur d’une industrie du futur, décarbonée.

Propos recueillis par Joël BARCY

 

 

 

 

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