Publié le 13 mai 2026 à 21h19 - Dernière mise à jour le 13 mai 2026 à 21h19
C’est un univers artistique surprenant dans une galerie immaculée. Chloé Kelly Miller déconstruit, reconstruit ses créations. Dans cette carte blanche à la Galerie David Pluskwa à Marseille, elle convoque les symboles de ses racines normandes et ses souvenirs d’enfance dans la cité phocéenne et dans le Luberon.

Autodidacte
Chloé Kelly Miller n’a pas suivi de parcours académiques. Elle a une formation de psychologue clinicienne. C’est une autodidacte. Ses créations sont spontanées, elles traduisent des images liées à l’expérience de soi ou de l’altérité empruntées à la psychologie. « Je mesure chaque jour la chance que j’ai. J’ai conscience aussi que cela a été un vrai travail, confie Chloé Kelly Miller. J’ai emprunté des chemins différents avec des forces et des faiblesses qui ont participé à mon processus créatif. Ma formation en psychologie m’a en quelque sorte donné une paire de lunettes pour lire le monde. Elle m’a donné un mode à être, un mode à penser le monde. Elle a été un vrai plus dans ma création.
Déconstruction, reconstruction
L’originalité des œuvres de l’artiste tient dans cette construction en strates, où plusieurs tableaux semblent se fondre en une seule toile. Chaque composition rassemble fragments de mémoire, scènes du quotidien, souvenirs d’enfance à Marseille ou encore évocations de Lioux, dans le Luberon. «Là, j’ai utilisé la toile Vichy avec ses carreaux rouges et blancs. C’est un clin d’œil à mes étés passés à Lioux, où l’on se retrouvait pour la fête du village», explique-t-elle.
Un peu plus loin, une autre création attire le regard : « Le doucheur ». « On voit ce corps en mouvement, une savonnette en haut à droite et, en bas à gauche, une serviette qui appartenait à mes grands-parents maternels. Je l’ai récupérée au moment de leur décès. » L’artiste décrit ses œuvres comme des assemblages de plans et de détails, « un peu comme un Photoshop avec plusieurs calques ». Les éléments de cette mosaïque visuelle mêlent tissus Vichy ou toile de Jouy, associés à des pièces de bois qui prolongent la composition hors du cadre traditionnel. « Dans ce tableau consacré à mes racines normandes, je n’ai pas voulu peindre une fenêtre sur la toile mais la dissocier avec un encadrement placé à l’extérieur du tableau. Pourtant, elle existe dans ce volume et fait pleinement partie de la scène représentée. »
A 100 à l’heure
Chloé Kelly Miller brûle les étapes. Si certains artistes goûtent à la sculpture ou la céramique après un long travail aux pinceaux ou au couteau, la trentenaire a déjà pris le maillet et la gradine pour sculpter la pierre de Caen. « Pour moi il y a une complémentarité entre le travail en deux dimensions et en 3D. Très rapidement j’ai su que je tendrais vers la sculpture. Le travail de la pierre a été comme une évidence. C’est un support qui me plait beaucoup. Il est exigent, c’est un support naturel et il faut aussi faire avec. Je fais corps avec un volume, c’est une écriture qui fait le tour de l’œuvre. Au-delà du taillage, il y a le regard qui se déplace et accompagne le geste. Je peux représenter une émotion, un affect. »
Un parcours international
Les créations de la jeune artiste sont aujourd’hui internationalement reconnues. De Paris à Bangkok en passant par Mexico, Tokyo ou Marseille elle offre ses réflexions sur elle-même et sur l’Autre. Ses toiles et sculptures vous touchent au plus profond. En 2025, Chloé Kelly Miller a réalisé une sculpture monumentale en pierre de 3 mètres pour le centre-ville de Rouen. Rien ne l’arrête.
Reportage Joël BARCY
Carte blanche à Chloé Kelly Miller. « Du symbole au symbolique », à la Galerie David Pluskwa 53 rue Grignan à Marseille (6e) jusqu’au 23 mai.



