Publié le 17 juillet 2026 à 13h31 - Dernière mise à jour le 17 juillet 2026 à 13h31
Ce jeudi, le Festival s’ouvrait dans des conditions délicates, la pianiste initialement prévue ayant annulé pour des raisons de « chaleur insupportable ». Le défi était immense, et les organisateurs ont décidé de jouer le tout pour le tout en invitant une très jeune pianiste de treize ans, Martina Meola, à assurer le premier grand concert de sa carrière, devant des gradins pleins à craquer, en soirée d’ouverture.

Les personnes présentes se souviendront longtemps de ce rendez-vous exceptionnel, révélant au monde musical une interprète qui à son âge possède déjà toutes les caractéristiques d’une grande pianiste internationale, avec un avenir promettant d’être des plus brillants. On a vu arriver crânement sur scène cette toute jeune fille vêtue de bleu, s’avançant devant une Roque d’Anthéron comble et abordant un programme dont la première partie était consacrée à Chopin. Dès la valse initiale, le décor était posé, avec un jeu pianistique magnifique, un style irréprochable qui se prolongeait dans les mazurkas qui suivirent.
Puis vint la Première Ballade, un incontournable du répertoire, qui délivra littéralement le public de sa sidération initiale. L’interprétation n’était plus celle d’une jeune fille, mais celle d’un grand maître, à un niveau que même de grands maîtres atteignent rarement.
La partie Chopin se poursuivait avec des œuvres majeures comme le Premier Nocturne, le Deuxième Scherzo ou l’Andante spianato et Grande Polonaise, moments du récital qui continuaient à accroître la stupéfaction du public devant cette toute jeune interprète. C’était une réalité : la qualité du jeu pianistique alliée à la maturité d’une vision musicale déjà très personnelle forçaient l’admiration.
Car chez Martina Meola le sens du phrasé, le temps de la respiration et la liberté du chant dépassent déjà de fort loin ce que certaines versions compassées ou simplement techniques nous habituent, hélas, à entendre aujourd’hui. Le tout servi par une projection sonore totalement maîtrisée, allant d’une puissance envahissant tout l’espace à un pianissimo demeurant audible jusqu’au dernier rang de l’assistance.
Après cette première partie consacrée à Chopin, la pianiste enchaînait avec une seconde partie Liszt, marquée par son italianité : le Sonnet 104 de Pétrarque, puis la Sonate Après une lecture de Dante. Dans cette dernière œuvre, on atteignit peut-être un sommet inimaginable pour une jeune fille de treize ans. Cette sonate est habituellement délicate à aborder, mais ici, rien de simpliste : le drame, la dramaturgie, les contrastes, les vertiges existentiels, tout était là.
À l’issue de cette Sonate, le public s’est levé d’un seul mouvement. Ovation interminable, bravos, acclamations. Deux bis ont suivi, offrant des pages rares d’Alkan, jouées, comme tout le reste du programme, avec une classe et une élégance exceptionnelles. Plus encore qu’une démonstration, c’est une musicienne habitée qui s’est révélée. Rien de fabriqué, rien de sinistre ou de superficiel : juste une évidence musicale qui s’incarne. On ne sait qui remercier tant la soirée a été belle : le Festival pour son audace, le Conservatoire de Milan, et tout particulièrement sa professeure, Silvia Limongelli.
Très certainement, on se souviendra longtemps de ce moment musical unique. Il n’aura pas seulement révélé une prodigieuse musicienne ; il aura aussi mis en lumière un contraste saisissant : d’un côté, un festival placé dans une situation délicate par une annulation de dernière minute ; de l’autre, une jeune pianiste de treize ans qui, par sa simplicité, sa fraîcheur et son engagement total au service de la musique, transforme cette même soirée en un véritable triomphe.
Il y a parfois, dans le monde artistique, des leçons qui valent tous les discours. Celle-ci en était une. Et Martina Meola impose désormais un niveau auquel chacun sera attendu.
Philippe GUEIT



