Publié le 6 août 2026 à 21h15 - Dernière mise à jour le 6 août 2026 à 21h15
Le pianiste français a électrisé le public du parc de Florans avec un récital d’une rare intensité, porté par une virtuosité éblouissante et une sensibilité de chaque instant.

Le murmure avant la tempête
« Mais comment fait-il pour jouer avec autant de force et d’audace ? » À la sortie du récital d’Alexandre Kantorow, cette question revenait dans les conversations des spectateurs du parc de Florans. Tous saluaient la virtuosité du pianiste français, capable d’allier une puissance exceptionnelle à une infinie délicatesse. Son jeu passe du murmure à la déflagration sans jamais brutaliser le clavier. À son propos, la formule de Chateaubriand évoquant les « orages désirés » dans René semble s’imposer tant son interprétation alterne tension, poésie et fulgurances. « On dirait qu’il a huit ou neuf mains ! », s’amuse un autre festivalier avant la séance de dédicaces. Une remarque qui résume bien l’impression laissée par le musicien, tant il semble faire naître avec une facilité déconcertante une infinité de couleurs, d’images et de climats sonores.
Dès l’ouverture, avec Bach revisité par Liszt, Alexandre Kantorow installe une ligne de tension continue. Cette exigence irrigue ensuite la Sonate pour piano en fa mineur opus 5 de Nikolaï Medtner (1880-1951), œuvre monumentale qu’il aborde avec une intensité presque tellurique. La musique devient dense, organique, mais sait aussi s’éclairer soudain de lignes mélodiques d’une grande limpidité.
Un programme d’une rare intensité
Après l’entracte, la magie continue d’opérer. Avec le Prélude en ut dièse mineur de Chopin, Alexandre Kantorow installe un climat tout en ruptures, une errance presque métaphysique où chaque silence semble annoncer la tempête. Cette tempête prend forme dans La Chanson de la folle au bord de la mer, opus 30 n° 8, de Charles-Valentin Alkan (1813-1888). Le pianiste y fait surgir un univers d’une étrange beauté où résonnent le ressac, les silences et les élans soudains. Rien n’échappe à son contrôle. Le feu, l’eau, les couleurs d’un paysage presque cosmique se croisent et se répondent dans une interprétation d’une remarquable intensité. Avec Vers la flamme de Scriabine (1872-1915), Alexandre Kantorow entraîne ensuite le public dans une lente montée vers l’embrasement final imaginé par le compositeur russe. Une vision hypnotique, servie par une maîtrise technique impressionnante. Puis vient la Sonate pour piano n° 32 de Beethoven, ultime sonate du compositeur. Sous les doigts du pianiste français, cette œuvre testamentaire prend une dimension profondément humaine. L’émotion ne naît jamais de l’effet, mais d’une lecture où se mêlent intériorité, puissance et lumière.
Une soirée d’exception
Comme si ce parcours ne suffisait pas, Alexandre Kantorow offre en bis La Mort d’Isolde (Isoldes Liebestod), de Richard Wagner, dans la transcription pour piano seul réalisée par Franz Liszt en 1867. Une page d’une intensité bouleversante qui prolonge l’enchantement et referme le récital dans un silence presque religieux.
Au terme de cette soirée, une évidence s’impose : Alexandre Kantorow figure aujourd’hui parmi les pianistes les plus inspirés de sa génération. Virtuose hors norme, il ne cherche jamais la démonstration. Il met une technique exceptionnelle au service d’une vision musicale d’une rare profondeur. Au parc de Florans, il a offert bien davantage qu’un concert : une véritable expérience musicale, de celles qui marquent durablement les mémoires.
Jean-Rémi BARLAND



