Publié le 3 avril 2026 à 21h52 - Dernière mise à jour le 3 avril 2026 à 21h52
Le 24 octobre 1975, 90 % des Islandaises cessent toute activité. En quittant à la fois leur travail et leurs tâches domestiques, elles paralysent le pays. En une journée, une évidence éclate : aucune société ne fonctionne sans le travail des femmes, même, et surtout, lorsqu’il reste invisible. Ce jour-là n’est pas seulement un mouvement social. C’est une démonstration de force collective. Cinquante ans plus tard, à Bruxelles, la projection du documentaire The Day Iceland Stood Still, organisée par Ciné ONU à l’occasion du 8 mars, ne relève pas de la simple commémoration. Elle s’inscrit, selon Caroline Petit, directrice adjointe de l’ONU à Bruxelles (UNRIC), dans un véritable « acte de médiation politique ».

Rendre visible ce que les chiffres ne disent pas
Pour Caroline Petit, le film « montre la puissance de la mobilisation collective », en rappelant l’arrêt quasi total de la société islandaise. Mais il va plus loin : il permet au public de « se connecter aux réalités vécues par les femmes derrière les statistiques ». Là où les institutions produisent des indicateurs, le cinéma redonne chair aux expériences. Il restitue les émotions, les trajectoires, les vécus. L’égalité cesse alors d’être une abstraction pour devenir une transformation concrète des rapports sociaux. La responsable onusienne souligne également « la créativité et l’humour des réalisatrices ». Un humour « utilisé à bon escient », qui humanise le propos, désamorce la distance et rend le combat accessible, presque partageable.
La culture comme espace politique

Depuis une dizaine d’années, Ciné ONU s’est imposé comme un outil de sensibilisation aux grands enjeux internationaux : droits des femmes, liberté de la presse, environnement. À Bruxelles, ces projections ne s’adressent pas seulement au grand public, mais aussi aux décideurs européens et internationaux. Les films choisis « ne laissent personne indifférent », souligne Caroline Petit. La culture devient ainsi un espace singulier : ni discours institutionnel, ni simple divertissement. Un lieu où le politique se diffuse autrement, où il peut toucher, convaincre, faire évoluer les regards.
Inspirer sans imposer
Reste une question : comment éviter que l’exemple islandais ne soit perçu comme un modèle inaccessible, venu d’un autre contexte ? Caroline Petit répond sans détour : le documentaire « ne propose pas un modèle à reproduire, mais montre la force de l’action collective ». Ce qu’il transmet, ce sont des valeurs universelles : courage, détermination, volonté de faire bouger les lignes. Les projections, accompagnées de débats, « favorisent le dialogue et créent du lien au sein de la société civile », en résonnant avec toutes les générations et toutes les cultures.
Le rôle décisif des modèles féminins

Depuis cette mobilisation historique, l’Islande a vu émerger une présidente, une Première ministre, la maire de Reykjavik et de nombreuses femmes aux plus hautes responsabilités. « L’importance des modèles féminins est critique », insiste Caroline Petit. Car rendre visibles ces parcours, c’est rendre possible ce qui ne l’était pas encore. La réflexion dépasse d’ailleurs le cadre national. « Peut-être le monde est-il prêt à élire une femme à la tête de l’ONU », avance-t-elle. Ce serait une première en 80 ans d’existence.
Une question universelle
Sans viser directement la Méditerranée, le film ouvre une interrogation plus large. Dans des sociétés où les contraintes culturelles restent fortes, il ne propose pas de solution clé en main, mais une preuve : une mobilisation collective peut déplacer des équilibres que l’on croyait figés. Au fond, la question posée est simple, et universelle : qui, ailleurs, osera rendre visible l’invisible ?
Maxima MOX
Version Anglaise
Brussels-Ciné ONU: “The day iceland stood still“, or when making the invisible visible becomes a political act
On 24 October 1975, 90% of Icelandic women stopped all activity. By walking out of both their workplaces and their domestic responsibilities, they brought the country to a standstill. In a single day, one truth became impossible to ignore: no society can function without women’s labour—especially when that labour is invisible. That day was not just a social movement. It was a demonstration of collective power. Fifty years later, in Brussels, the screening of the documentary The Day Iceland Stood Still, organised by Ciné ONU to mark International Women’s Day on 8 March, is far more than a commemoration. According to Caroline Petit, Deputy Director of the UN in Brussels (UNRIC), it represents a genuine « act of political mediation. »

Making Visible What Numbers Cannot Show
For Caroline Petit, the film « shows the power of collective mobilisation », reminding viewers how Icelandic society came to an almost complete halt. But it goes further: it allows the audience to « connect with the realities experienced by women behind the statistics.» Where institutions produce indicators, cinema restores human experience. It brings back emotions, trajectories, lived histories. Equality ceases to be an abstraction and becomes a concrete transformation of social relations. The UN official also highlights « the creativity and humour of the filmmakers.» Humour, she says, is «used wisely» humanising the message, reducing distance, and making the struggle accessible – almost shareable.
Culture as a Political Space

For more than ten years, Ciné ONU has established itself as a tool to raise awareness about major global challenges: women’s rights, press freedom, the environment. In Brussels, these screenings are aimed not only at the general public but also at European and international policymakers. The chosen films « leave no one indifferent », says Caroline Petit. Culture thus becomes a unique space: neither institutional discourse nor mere entertainment. A place where politics circulates differently – where it can move people, persuade them, shift perspectives.
Inspiring Without Prescribing
A question remains: how to avoid presenting the Icelandic example as an inaccessible model, rooted in a very specific context? Caroline Petit answers clearly: the documentary « does not offer a model to copy, but shows the strength of collective action. » What it conveys are universal values: courage, determination, and the will to shift the boundaries. The screenings, accompanied by debates, « encourage dialogue and build connections within civil society », resonating across generations and cultures.
The Decisive Role of Female Role Models

Since this historic mobilisation, Iceland has seen the rise of a president, a prime minister, the mayor of Reykjavík, and numerous women in top leadership roles. « The importance of female role models is critical », insists Caroline Petit. Making these trajectories visible helps make possible what once seemed out of reach. And the reflection extends beyond national borders. « Perhaps the world is ready to elect a woman as Secretary-General of the UN », she suggests. It would be a first in the organisation’s 80-year history.
A Universal Question
Without pointing directly to the Mediterranean, the film opens up a broader inquiry. In societies where cultural constraints remain strong, it does not offer ready-made solutions but rather a proof: collective mobilisation can shift power balances that once seemed immovable. Ultimately, the question it raises is simple – and universal: who, elsewhere, will dare to make the invisible visible ?
Maxima MOX



