Destimed a ouvert une nouvelle fenêtre sur le débat avec « La parole est à Viou », une chronique portée par la plume libre et engagée de Viou. Ce rendez-vous assumera un ton personnel, curieux, parfois piquant mais toujours ouvert. Ici, la réflexion se fait sans détour, avec le goût des idées, des points de vue qui se confrontent, et des questions qui ouvrent la discussion. Cette chronique donnera voix à une lecture singulière de l’actualité, aux angles parfois à contre-courant. La parole est à Viou à contredire, à débattre.
Cher Monsieur Trump,
On vous traite souvent de fou, d’idiot, de danger. C’est une erreur de diagnostic. Vous êtes, au contraire, d’une cohérence effrayante. Vous êtes l’enfant terrible d’un monde qui a décidé que, pour exister, il fallait faire du bruit. Beaucoup de bruit. Au fond, tout ce cirque, ces outrances, ces majuscules hurlées sur les réseaux sociaux, ne servent qu’à une chose : masquer votre peur du vide. C’est votre version du Cogito de Descartes :« Je tweete, donc je suis».
Mais derrière le vacarme, c’est le néant.
Vous ne gouvernez pas, Donald : vous occupez l’espace médiatique. Vous êtes un illusionniste qui agite un foulard rouge pour détourner les regards de la boîte vide.
Regardez votre inconstance pathétique.
L’été dernier, vous annonciez vouloir taxer tout les produits européens qui entrent aux États-Unis à 15 %. Hier, vous menaciez le Champagne français avec une taxe de 200 %. Et ce soir ? Vous aurez encore probablement changé d’avis. Votre politique commerciale se décide à pile ou face. Mais quand vous boirez votre «champagne américain» à vous – ce Coca-Cola dont vous vous abreuvez à longueur de journée-, ayez au moins la décence de connaître l’Histoire. Sachez que votre soda fétiche n’existe que grâce au Vin Mariani. Une invention d’Angelo Mariani. Un Corse.
Et les Corses, Monsieur Trump, c’est la France. Même votre boisson nationale est une dette envers le génie français.
Et si on parlait de votre arrogance géographique ?
Vous avez prétendu vouloir acquérir le Groenland pour des raisons de «sécurité nationale». Allons donc. Ne nous prenez pas pour des imbéciles. Nous savons très bien ce qui vous anime : ce n’est pas la sécurité, c’est la rentabilité. Poussé par des lobbys industriels, vous ne voyez pas un territoire, vous voyez des gisements. Vous ne voyez pas un peuple, vous voyez un business plan.
C’est pour cette raison exacte que vous ignorez superbement ce qui se trouve juste là, dans votre angle mort. Il y a Saint-Pierre-et-Miquelon.
Nos amis français du grand nord. Ces quelques cailloux posés entre les glaces et l’Amérique. Pourquoi ne les calculez-vous pas ? Parce que vous n’y voyez aucune ressource à piller, aucun profit immédiat à extraire. Pour un homme comme vous, ce qui ne se monétise pas n’existe pas. Pourtant, ils sont là. Et contrairement à vos actifs boursiers, leur identité n’est pas négociable.
Au fond, votre méthode est plus pernicieuse qu’il n’y paraît. Hannah Arendt nous avait prévenus. Le propre du totalitarisme n’est pas seulement de mentir, mais de détruire la distinction même entre le vrai et le faux. Avec vous, la vérité devient une «fake news », et le mensonge une «alternative ». Le sol se dérobe sous nos pieds. Vous ne cherchez pas à avoir raison. Vous cherchez à rendre la raison impuissante.
Alors continuez à vociférer.
Les élections de mi-mandat arrivent. Vous allez fort probablement perdre la majorité à la Chambre. Et que ferez-vous ce soir-là ? Vous hurlerez que les élections sont truquées. Vous direz que c’est un complot. Parce que la réalité vous fait peur, Donald. Dès que le réel vous contredit, vous vous réfugiez dans le virtuel. Mais l’Histoire a la mémoire longue et impitoyable. Elle fait le tri entre les bâtisseurs et les brasseurs de vent.
Ne pariez pas sur la postérité.
L’oubli sera fulgurant. Il restera les Nations, avec leurs blessures et leur grandeur. Il restera la France, l’Europe, la Science.
Mais vous ? Dès que vous quitterez la scène, le silence recouvrira le vacarme. Vous ne serez qu’une note de bas de page. Une curiosité d’archives.
Vous ne serez, Monsieur Trump, que ce que vous avez toujours été : un tweet. Vite lu, aussitôt effacé.
English version
Mr. Trump, You Are Just a Tweet Waiting to Be Deleted
Dear Mr. Trump,
People often call you mad, idiotic, dangerous. This is a misdiagnosis. You are, on the contrary, frighteningly consistent.
You are the unruly child of a world that decided that to exist, one must make noise. A lot of noise.
Deep down, this whole circus, these excesses, these capitalized words screamed across social media serve only one purpose: to mask your fear of the void. It is your version of Descartes’ Cogito: “I tweet, therefore I am.”
But behind the racket lies nothingness.
You do not govern, Donald; you merely occupy media space. You are an illusionist waving a red scarf so no one looks at the empty box.
Look at your pathetic inconsistency.
Last summer, you announced plans to tax all European products entering the United States at 15%. Yesterday, you threatened French Champagne with a 200% tax. And tonight? You will likely have changed your mind again. Your trade policy is decided by a coin toss.
But when you drink your own “American champagne”—that Coca-Cola you imbibe all day long—have the decency to know your History.
Know that your beloved soda exists only thanks to Vin Mariani. An invention by Angelo Mariani. A Corsican. And Corsicans, Mr. Trump, are French. Even your national drink is a debt owed to French genius.
And what if we talked about your geographical arrogance?
You claimed you wanted to acquire Greenland for reasons of “national security.”
Come on. Do not take us for fools. We know exactly what drives you: it is not security, it is profitability. Pushed by industrial lobbyists, you do not see a territory, you see deposits. You do not see a people, you see a business plan.
It is for this exact reason that you superbly ignore what lies right there, in your blind spot. There is Saint-Pierre-et-Miquelon.
Our French friends of the Great North. These few rocks resting between the ice and America. Why do you not acknowledge them?
Because you see no resources to pillage there, no immediate profit to extract. For a man like you, what cannot be monetized does not exist. Yet, they are there. And unlike your stock assets, their identity is not negotiable.
Ultimately, your method is more pernicious than it appears.
Hannah Arendt warned us. The essence of totalitarianism is not merely to lie, but to destroy the very distinction between true and false.
With you, truth becomes “fake news,” and lies become “alternative facts.” The ground crumbles beneath our feet. You do not seek to be right. You seek to make reason powerless.
So, continue to vociferate.
The midterms are coming. You will most likely lose the majority in the House. And what will you do that night? You will scream that the elections are rigged. You will say it is a conspiracy. Because reality scares you, Donald. The moment reality contradicts you, you take refuge in the virtual. But History has a long and unforgiving memory. It sorts the builders from the windbags.
Do not bet on posterity. Oblivion will be swift.
The Nations will remain, with their wounds and their grandeur. France, Europe, and Science will remain.
But you? The moment you leave the stage, silence will cover the noise. You will be nothing more than a footnote. An archival curiosity.
You will be, Mr. Trump, only what you have always been: a tweet. Read quickly, instantly erased.



