Publié le 13 avril 2026 à 20h36 - Dernière mise à jour le 13 avril 2026 à 20h36
Mobilisation d’ampleur ce 13 avril. À Marseille, Aix-en-Provence et devant le Sénat à Paris, les avocats dénoncent une réforme de la justice criminelle qui promet d’aller plus vite… au risque, selon eux, de fragiliser les droits fondamentaux et l’équilibre du procès.

La contestation est montée d’un cran. Ce lundi 13 avril, plusieurs centaines d’avocats se sont mobilisés à Marseille et à Aix-en-Provence, pendant que d’autres faisaient le déplacement à Paris pour manifester devant le Sénat. Un mouvement coordonné à l’échelle nationale contre la réforme de la justice criminelle portée par Gérald Darmanin.
Sur les marches des palais de justice, les robes noires ont affiché leur opposition à un texte qu’elles jugent dangereux pour l’équilibre du procès pénal. Au cœur des critiques, l’introduction d’une procédure inspirée du plaider-coupable pour certains crimes, avec des audiences allégées et un rôle amoindri du jury populaire.
Pour les avocats, cette évolution traduit un basculement profond. La justice criminelle, historiquement fondée sur le débat public, la confrontation des preuves et l’oralité, risquerait de glisser vers une logique d’efficacité et de rendement. Une transformation jugée incompatible avec les exigences d’un procès équitable.
La mobilisation dépasse les seuls avocats. Magistrats, greffiers et personnels de justice ont rejoint le mouvement, dénonçant une réforme élaborée sans concertation suffisante. Plusieurs organisations professionnelles réclament un véritable dialogue avec le gouvernement avant toute adoption du texte.
Le manque de moyens, angle mort de la réforme
Au-delà du contenu du texte, les avocats mettent en cause la philosophie générale du projet. Pour eux, le gouvernement tente de répondre à l’engorgement des juridictions non pas en renforçant les moyens humains et matériels, mais en allégeant les garanties procédurales. Et les chiffres nourrissent leur démonstration. La justice française reste très en dessous des standards européens. La France compte environ 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, quand la moyenne européenne atteint 21,9. L’écart est encore plus marqué pour les procureurs : 3 pour 100 000 habitants en France, contre 12,2 en moyenne en Europe. Quant au budget de la justice, même s’il a progressé ces dernières années, il demeure structurellement insuffisant au regard des besoins.
Pour les professionnels, l’engorgement des juridictions ne peut pas être résolu par une simplification des procédures. Ils plaident au contraire pour un renforcement des moyens humains et matériels.
Une opinion publique moins réticente
Reste un point de fragilité pour les avocats : l’opinion. Selon une enquête Ipsos relayée par le ministère de la Justice, 73 % des Français interrogés se disent favorables au principe d’un plaider-coupable criminel. Le chiffre dit quelque chose de la demande sociale de rapidité et d’efficacité. Il montre aussi le fossé qui peut exister entre l’attente du public et la culture judiciaire des praticiens. C’est précisément ce fossé que les avocats tentent de combler dans la rue : expliquer qu’une justice plus rapide n’est pas nécessairement une justice meilleure, et qu’en matière criminelle, la simplification des procédures peut avoir un coût démocratique très lourd.
D’un côté, une demande de rapidité et d’efficacité. De l’autre, une crainte de voir s’éroder les garanties fondamentales du procès pénal. Entre ces deux logiques, la réforme de la justice criminelle ouvre un débat de fond sur ce que doit être, aujourd’hui, la justice en France.
Le mouvement s’inscrit désormais dans la durée. Depuis début avril, une cinquantaine de barreaux ont engagé une grève nationale, entraînant le report de nombreuses audiences, y compris dans des dossiers importants. À Marseille, plusieurs procédures ont déjà été renvoyées.
Joël BARCY



