Après le tsunami médiatique de Gaza, le silence sépulcral de Téhéran. Ce terrible paradoxe illustre la dérive militante de la presse et des organisations humanitaires qui n’assurent plus leur rôle d’informateurs impartiaux. Si nous ne réagissons pas le réveil sera difficile !

Face aux tyrans, aux États prédateurs et autres radicaux, se dressaient jadis, entre les victimes et les bourreaux, une presse d’information, des ONG et des institutions internationales qui par leurs actions garantissaient le Droit international. Ces « sentinelles impartiales » ont désomrais troqué leur rôle de rempart contre celui de militants au service des causes qu’ils choisissent. La couverture pléthorique des événements à Gaza, après le pogrom du 7 octobre perpétré par le Hamas, tranche avec le silence assourdissant entourant la révolte du peuple iranien et sa répression par les forces du régime des mollahs.
La solitude du peuple iranien ou I‘occultation d’une révolte légitime !
Toutes les révoltes ne semblent pas se valoir. Il en est ainsi de celles du peuple iranien contre le joug des mollahs, depuis la révolution islamique en 1979. Une révolution acclamée par tous les progressistes de par le monde comme un modèle face aux « forces réactionnaires » et la « néfaste influence occidentale ». Mais très rapidement, la junte cléricale s’est retournée contre ses anciens alliés d’extrême gauche et a massacré sans pitié ses opposants. Premiers silences et le début d’une longue série de compromissions de la communauté internationale. Puis au fil du temps, et à chaque vague de révolte réprimée dans le sang, hormis quelques brefs épisodes d’empathie, c’est la propagande du régime qui est régulièrement reprise. Et dernièrement, plutôt que de relater les faits, la révolte légitime d’un peuple contre une théocratie cruelle et rétrograde qui a failli en tous points, le narratif est celui d’une «grogne contre la vie chère ». Ou pire encore, une chape de plomb, où le silence se fait complice du blackout imposé par le régime pour mieux cacher ses crimes. Ce soulèvement dont on se sait s’il aboutira à un renversement du pouvoir, signe la fin du mythe révolutionnaire. Un héritage mortifère colporté par des intellectuels dévoyés et repris en boucle par des médias complaisants qui, de Staline à Khamenei, en passant par Mao et Pol Pot, ont trahi la justice et la liberté en soutenant des dictateurs.
Gaza sous le joug du Hamas ou le terrorisme érigé en résistance !
Si l’on devait représenter les régions du monde par leur couverture médiatique, Gaza aurait la taille de la Chine et de la Russie. Ainsi, quel que soit le sujet, des leaders d’opinion ou des journalistes arrivent à faire un lien avec la bande côtière ou à formuler une critique d’Israël. Si chaque victime est à déplorer, ce conflit n’est pourtant ni le plus sanglant, ni le plus dangereux pour l’équilibre de la planète. C’en est un parmi tant d’autres qui malheureusement ne bénéficient pas d’un semblable intérêt. Même quand il ne se passe rien, les caméras sont tournées dans cette direction. Ne serait-il pas possible que quelques-unes changent de cap et documentent les événements en cours en Iran, au Soudan, en Syrie, au Yémen, en Afghanistan… et la liste est longue ? Ce qui est vrai pour la presse, l’est également pour les instances internationales et des ONG. Combien de condamnations d’Israël à l’ONU alors que l’on épargne l’ensemble des régimes totalitaires ? Combien de dizaines de milliards de dollars ont été engloutis dans la cause palestinienne (dont une majorité détournée) au détriment de toutes les autres causes ? Et quand le Hamas commet des crimes contre l’humanité, ce sont les victimes qui sont accusées de famine et de génocide. Dans l’imaginaire moderne, le groupe terroriste islamiste, djihadiste, antisémite, homophobe, misogyne, et l’allié des Ayatollahs perses, a été métamorphosé en nouveau « damné de la terre » nimbé de la « vertu incontestable » des révolutionnaires et des résistants. Mais tout comme leurs maîtres à Téhéran, ils sont eux-mêmes contestés de plus en plus ouvertement par les gazaouis. Leur règne, ainsi que celui de leurs soutiens, sous nos latitudes, est condamné à court terme.
Il est grand temps d’agir avant de perdre toute légitimité
Pas un mot, ou trop peu pour condamner les coupables et soutenir les victimes civiles en Iran, les Kurdes, les Druzes, les Alaouites massacrés en Syrie, les chrétiens d’Orient et en Afrique, les Yézidis assassinés par des islamistes, les viols perpétrés le 7 octobre ou les juifs attaqués partout dans le monde. Le silence, tout comme les mots peuvent tuer. Ne pas condamner les exactions, revient à les légitimer et à priver les victimes des moyens de se défendre. Travestir les faits ou accuser à tort, c’est attiser la haine, mette une cible sur le dos et encourager la violence qui nous reviendra comme un boomerang. Cette attitude incompréhensible ne nous place pas dans le camp du bien mais dans celui des complices. Aussi, il est grand temps d’agir conformément à nos principes, en soutenant les peuples qui se révoltent, ou se défendent, contre la tyrannie quel que soit son visage. Nous avons les mêmes ennemis et l’aveuglement n’a jamais fait reculer le danger !
Hagay Sobol, Professeur de Médecine est également spécialiste du Moyen-Orient et des questions de terrorisme. A ce titre, il a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale sur les individus et les filières djihadistes. Ancien élu PS et secrétaire fédéral chargé des coopérations en Méditerranée. Il est Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg de Marseille, il milite pour le dialogue interculturel depuis de nombreuses années à travers le collectif « Tous Enfants d’Abraham».




