LIBRE EXPRESSION

Jusqu’où il ne faut pas aller trop loin.

Une exposition décapante de l’atelier Van Lieshout à La Friche La Belle de Mai, NEW ORDERS s’est ouverte ce 6 juillet jusqu’au 2 février 2014. On se souvient du film Brazil de Terry Gilliam sorti en 1985 d’une horrifiante anticipation futuriste dépassant 1984 de George Orwell qui aurait pu scotcher sur place le camarade Franz Kafka (il aurait détesté l’appellation). C’est pire! Une dystopie officiellement revendiquée par l’atelier Van Lieshout comme une véritable contre-utopie dans laquelle les membres de la société constituée sont officiellement des esclaves soumis à une stricte hiérarchisation. La « Slave city » de Joep van Lieshout plasticien et designer, qui repense la société, va au-delà du totalitarisme qui est pour lui la suite logique du capitalisme agressif. Une façon de sonner l’alerte en provoquant une « terreur ecolonomique » décrite par Magali Lesauvage sur Première. Une quête chimérique dérangeante sur « l’organisation sociale et ses corolaires, la réinvention de la ville, de son usage et de son organisation », selon le préambule de sa plaquette de présentation. Là où cette recherche architecturale sur maquette en forme de performance artistique nous glace, c’est qu’elle se revendique héritière de Le Corbusier pour sa cité radieuse et de Franz Ehrlich (abusivement étiqueté architecte des camps ; ancien élève du Bauhaus, interné de 1936 à 1939 à Buchenwald parce que communiste, il reconstruisit Dresde à partir de 1950). S’interroger sur nos modes de vie et la validité d’un possible nouvel ordre, oui, mais pas celui que nous propose l’atelier Van Lieshout avec des salles d’équarrissage de cadavres humains… plus fort que Brazil qui ne faisait que suggérer! C’est pour nous obliger à faire un choix et faire réflexion sur l’univers concentrationnaire présenté comme une performance qu’il faut aller voir à la tour panorama de La Friche. Je n’ai pas tout compris et je dois y retourner. J’en profiterai pour revoir deux étages plus bas dans la tour panorama de La Friche la belle de mai l’exposition « des images comme des oiseaux » sortie des collections du Centre National d’Art Plastique (CNAP) coproduite par les Rencontres photographiques d’Arles.

Antoine LAZERGES

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