Publié le 18 octobre 2026 à 22h40 - Dernière mise à jour le 18 octobre 2026 à 23h06
Au lendemain des violences du 17 octobre, l’urgence est désormais économique et sociale. Alors que les commerçants mesurent l’étendue des destructions, l’État, la Région Sud, le Département, la CCI Aix-Marseille-Provence et les organisations patronales annoncent des mesures d’accompagnement. Entre fonds d’urgence, activité partielle, indemnisations et soutien aux entreprises, une priorité se dessine : permettre aux commerces de rouvrir et éviter que les pillages ne provoquent une vague de fermetures et de suppressions d’emplois.

L’État coordonne les premières mesures d’urgence
Dès ce dimanche 18 octobre, le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, a réuni les services de l’État concernés afin de coordonner les dispositifs d’accompagnement des entreprises victimes des pillages et des dégradations. Cette mobilisation associe les collectivités territoriales, les chambres consulaires et les organisations représentatives des commerçants et des entrepreneurs. L’objectif est de faciliter les démarches des professionnels sinistrés et de mobiliser rapidement les dispositifs existants. Un accompagnement psychologique gratuit et confidentiel est mis en place dès ce dimanche pour les commerçants et les salariés affectés par les événements.
La CCI Aix-Marseille-Provence en première ligne pour accompagner les commerçants
À partir de ce lundi 19 octobre, à 9 heures, la Chambre de commerce et d’industrie Aix-Marseille-Provence ouvrira un guichet unique pour informer et accompagner les entreprises. Plusieurs mesures pourront être examinées selon leur situation : recours à l’activité partielle à compter du 17 octobre, délais de paiement des cotisations sociales, aides aux travailleurs indépendants, examen individualisé des situations fiscales ou encore soutien à la trésorerie avec l’appui de la Banque de France. Des dispositifs de médiation avec les assureurs sont également prévus. La CCI mobilise par ailleurs des compétences juridiques, en lien avec les avocats et les experts-comptables. Le tribunal de commerce se tient également à la disposition des chefs d’entreprise pour les accompagner dans la prévention de leurs difficultés.
Pour Jean-Luc Chauvin, président de la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence, ces destructions constituent un nouveau choc pour des commerces déjà fragilisés par plusieurs années de crises. La chambre consulaire souligne que les dégâts matériels risquent de s’accompagner d’une baisse de fréquentation et d’une dégradation de l’attractivité commerciale du centre-ville. Dès samedi, ses équipes et Bernard Marty, vice-président chargé du commerce, ont participé à la cellule de crise préfectorale. La CCI a également maintenu le contact avec les commerçants afin de recueillir les informations du terrain. Sa cellule « Urgence commerces » doit notamment accompagner les professionnels dans la sécurisation de leurs établissements, les dépôts de plainte et les démarches auprès des banques et des assureurs. « La protection de nos commerçants et de leur outil de travail est notre priorité absolue », déclare Jean-Luc Chauvin.
La Région Sud réactive son fonds de solidarité
Après s’être rendu dimanche matin dans le centre-ville de Marseille, François de Canson, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a annoncé la réactivation du fonds régional « solidarité commerces pillés », créé lors des violences urbaines de 2023. Le dispositif s’adresse aux commerçants, artisans et restaurateurs sinistrés des six départements de la région. Le président de Région appelle les communes, intercommunalités, métropoles, Départements et l’État à participer à son financement afin d’amplifier les aides disponibles. « Derrière chaque commerce saccagé, il y a des femmes et des hommes qui ont parfois tout perdu », souligne François de Canson, qui insiste sur la nécessité d’agir rapidement. La Région indique que les violences ont également touché Nice, où une quinzaine de commerces auraient été dégradés ou pillés, ainsi que Toulon, où des affrontements et des actes de vandalisme ont été signalés. À Marseille, elle évoque plusieurs centaines de commerces touchés, un bilan qui devra encore être consolidé. Au-delà du soutien financier, François de Canson estime que l’État devra prendre de nouvelles mesures pour empêcher la répétition de telles violences, tout en garantissant le droit de manifester.
Martine Vassal veut prévenir une crise économique et sociale
Pour Martine Vassal, présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, l’urgence ne se limite pas à réparer les vitrines et à remplacer les marchandises disparues. « Aujourd’hui, l’urgence est triple : déblayer, sécuriser et aider les commerçants à reprendre leur activité », affirme-t-elle. La présidente du Département redoute les conséquences sur l’emploi. Certains professionnels pourraient ne pas parvenir à reconstituer leurs stocks avant les fêtes de fin d’année. D’autres s’interrogent sur leur capacité à poursuivre leur activité à Marseille. Martine Vassal souhaite la création immédiate d’un fonds exceptionnel de soutien aux commerçants, assorti de procédures simplifiées, d’aides rapides et de mesures destinées à préserver les emplois. Elle annonce également la mobilisation du Département pour contribuer financièrement aux dispositifs d’urgence, dans le respect de ses compétences et des règles applicables. Dans une autre déclaration, elle réclame la plus grande fermeté à l’égard des auteurs des violences. Elle indique avoir chargé ses équipes d’étudier les possibilités légales de suppression de certains avantages départementaux aux casseurs condamnés. Le Département entend également porter plainte pour les dégradations de ses biens et se constituer partie civile lorsque cela sera possible.
Les Entrepreneurs Sud alertent sur le risque de fermetures
Les Entrepreneurs Sud et Les Entrepreneurs Bouches-du-Rhône font également part de leur inquiétude. Leurs représentants, parmi lesquels Alain Gargani, Corinne Innesti et Daniel Salenc, se sont rendus dimanche matin auprès des commerçants sinistrés avant de participer aux réunions de crise. L’organisation patronale estime, à partir de ses premières remontées de terrain, que les dégradations pourraient dépasser celles constatées lors des violences de 2023. Elle évoque plusieurs centaines de commerces touchés, sans qu’un bilan définitif soit encore disponible. Corinne Innesti, présidente des Entrepreneurs Bouches-du-Rhône, redoute notamment les conséquences à l’approche de Noël, une période décisive pour de nombreux commerces. « Comment vont survivre ceux qui ont été pillés, et comment feront les autres face à la chute brutale de fréquentation qui va inévitablement suivre ? », s’interroge-t-elle. Daniel Salenc, présenté comme le futur président de l’organisation départementale, appelle à des indemnisations rapides. Alain Gargani, président des Entrepreneurs Sud, insiste de son côté sur la mobilisation nécessaire des assureurs, de l’État et des collectivités pour permettre aux professionnels de reconstruire leurs magasins et de reconstituer leurs stocks. Les Entrepreneurs Bouches-du-Rhône ont également activé leur dispositif « Allô Entrepreneurs 13 » pour accompagner les dirigeants dans leurs démarches administratives et leur apporter un soutien psychologique.
Des annonces qu’il faudra traduire en aides effectives
La mobilisation institutionnelle est désormais engagée. Reste à savoir dans quels délais les professionnels pourront effectivement bénéficier des dispositifs annoncés. La réactivation du fonds régional constitue une première réponse. Les propositions de fonds exceptionnel, les contributions financières des collectivités et les modalités précises d’indemnisation devront cependant être clarifiées et coordonnées pour éviter la multiplication des démarches. L’enjeu est d’autant plus important que les conséquences des pillages ne s’arrêtent pas aux seuls établissements directement touchés. Une fermeture prolongée peut fragiliser les salariés, les fournisseurs et les commerces voisins, tandis qu’une baisse durable de fréquentation pénaliserait l’ensemble du centre-ville. Pour les professionnels qui ont découvert dimanche matin leurs magasins éventrés, le temps presse. Les condamnations des violences font désormais place à une attente concrète : des moyens pour rouvrir, préserver les emplois et empêcher qu’une nuit de destructions ne provoque une crise économique durable.
Informations pratiques pour les commerçants sinistrés
La CCI Aix-Marseille-Provence ouvre son guichet unique lundi 19 octobre à 9 heures. Téléphone : 04 91 39 34 79 Courriel : urgence-entreprise@cciamp.com
Les Entrepreneurs Bouches-du-Rhône proposent également un accompagnement personnalisé avec leur dispositif Allô Entrepreneurs 13. Téléphone : 04 88 92 24 64
Ces services peuvent notamment orienter les professionnels vers les dispositifs d’aide, les démarches administratives et les interlocuteurs compétents.



