Publié le 26 avril 2026 à 22h10 - Dernière mise à jour le 26 avril 2026 à 22h10
À l’occasion du 111e anniversaire du génocide arménien, près de 300 personnes se sont rassemblées ce 24 avril autour du mémorial de Saint-Barnabé, à Marseille, en présence du Premier ministre. Dans une ville qui a accueilli des milliers de rescapés, la commémoration reste un moment de transmission, de recueillement et de revendication pour une reconnaissance encore incomplète.

Marseille, une terre d’accueil
Pour échapper aux rafles, aux marches de la mort et aux exécutions de masse, de nombreux Arméniens ont trouvé refuge en France, notamment à Marseille. La cité phocéenne est ainsi devenue l’une des principales terres d’accueil de cette diaspora meurtrie par l’Histoire. La France mettra pourtant 85 ans avant de reconnaître officiellement le génocide arménien. En 2019, le 24 avril devient journée nationale de commémoration. Cette date marque le début du drame : le 24 avril 1915, plus de 500 intellectuels arméniens sont arrêtés par les autorités ottomanes avant d’être déportés ou assassinés. Au total, près de 1,5 million d’Arméniens ont péri dans ce qui reste le premier génocide du XXe siècle.
Transmission

Ce génocide demeure profondément inscrit dans la mémoire des familles arméniennes. Il se transmet de génération en génération, presque instinctivement. « En fait, c’est instinctif. Les jeunes viennent et posent des questions, ils se demandent ce que c’est, pourquoi on s’appelle en “ian” alors qu’on habite en France », explique Hripfimé Sarkissian. « On ne peut pas l’enlever. C’est né avec nous et cela ne disparaîtra que lorsque nous ne serons plus là. » Même émotion chez Gayané : « Le 24 avril, ce n’est pas seulement aujourd’hui, c’est tous les jours dans nos cœurs. Nous commémorons chaque jour. Tous les soirs, avant de dormir, nous prions pour nos soldats décédés, pour les victimes innocentes mortes pour nos terres. » Angèle Sarkissian réclame, elle, une reconnaissance plus large du génocide : « Nous sommes toujours là, toujours debout. Mais il faut que le génocide soit reconnu par la Turquie, par Israël, par l’Angleterre aussi. Je pense que cela apaiserait les choses et permettrait aux jeunes générations, qui accomplissent chaque année leur devoir de mémoire, de repartir sur de meilleures bases. »
Le premier génocide du XXe siècle

Le Premier ministre a honoré de sa présence cette commémoration du génocide arménien. Plusieurs personnalités politiques, des élus locaux ainsi que des associations étaient également présents au mémorial. L’occasion de rappeler l’histoire de ces massacres de masse survenus au début du XXe siècle. « Un million et demi de vies fauchées par la barbarie, dans un crime que l’histoire n’avait pas encore appris à appeler génocide », déclare Azad Balalas, coprésident du CCAF, le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France. « Et pour ces survivants, un seul horizon : l’exil. Certains sont arrivés brisés à Marseille, mais ils se sont relevés. » Aurore Bruna, également coprésidente du CCAF, rappelle que ce génocide plonge ses racines dans une violence bien plus ancienne. « Il s’inscrit dans une longue histoire de violences qui commence dès 1894. La déshumanisation perdure. En 1915, nous étions des “dhimmi” à exterminer, des inférieurs ; aujourd’hui, le président azerbaïdjanais nous traite de chiens. » Là, la phrase respire mieux et évite la redite. « Plonge ses racines » est plus élégant et plus fort journalistiquement.
Le devoir de mémoire
À la tribune, le maire de Marseille a cité Primo Levi lors de son intervention : « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. » « Le temps peut guérir bien des blessures, mais il est des plaies qui resteront ouvertes dans l’histoire de l’humanité. Souvenons-nous toujours, car comme le disait Primo Levi, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. » Martine Vassal a, de son côté, évoqué ses origines arméniennes. « Nous n’avons jamais oublié et nous continuons à prendre le relais. Aujourd’hui, je dis à la jeunesse arménienne qu’elle n’est pas seule. La Provence, c’est son avenir, et la France, c’est sa sœur. »
Solidarité
Ludovic Perney, vice-président de la Région, a rappelé la solidarité de la collectivité avec l’Arménie. « Notre région a pris sa part, sans bruit, pour soutenir celles et ceux qui ont tout perdu. » Le Premier ministre a clôturé les interventions en évoquant le soutien militaire de la France à Erevan. « Des armes françaises sont envoyées régulièrement en Arménie pour que l’État puisse se défendre et se protéger. Des militaires français forment des militaires arméniens sur leur sol, parce que l’histoire entre nos deux peuples est vieille d’un millénaire. » L’an prochain, les Arméniens seront encore présents devant ce mémorial, avec l’espoir qu’un jour la reconnaissance pleine et entière de ce massacre viendra refermer, au moins en partie, les plaies de l’Histoire.
Reportage Joël BARCY



