Publié le 13 juillet 2026 à 7h30 - Dernière mise à jour le 12 juillet 2026 à 10h55
Elle était sur toutes les lèvres lors du Congrès régional des experts-comptables, au palais du Pharo : la facturation électronique. Dès le 1er septembre, toutes les entreprises, de la multinationale à la TPE, devront être en mesure de recevoir leurs factures sous format électronique. L’occasion de faire le point sur les outils de dématérialisation et sur la place de l’expert-comptable dans une réforme qui va profondément transformer la gestion quotidienne des entreprises.

Double ambition
Pour son 14e Congrès régional, l’Ordre des experts-comptables (Croec) Provence-Alpes-Côte d’Azur a réuni plusieurs intervenants de premier plan : Sébastien Rabineau, directeur de projet de la facture X à Bercy, catherine Brigant, directrice régionale des finances publiques ainsi que Pierre sabatier, économiste et prospectiviste. L’objectif est de préparer la profession à la réforme de la facturation électronique. Celle-ci poursuit une double ambition. Pour l’État, elle doit améliorer l’efficacité fiscale. Les factures transiteront par des plateformes sécurisées (137 sont agréées), directement reliées à l’administration fiscale. Il sera ainsi impossible d’établir de fausses factures pour gonfler artificiellement les charges, réduire l’impôt ou frauder à la TVA.
Pour les entreprises, la réforme doit permettre de réduire drastiquement le coût de traitement d’une facture. Celui-ci pourrait être divisé par dix, passant d’environ 3 euros à 30 centimes. Elle devrait également raccourcir les délais de paiement grâce à une transmission instantanée des factures et à des circuits de validation simplifiés, un atout évident pour la trésorerie des entreprises.
Comment ça marche ?

À partir du 1er septembre 2026, toutes les entreprises, de la multinationale à l’auto-entreprise, devront être en mesure de recevoir des factures électroniques. Le compte à rebours est lancé. Il peut parfois susciter quelques inquiétudes, mais le dispositif est, en réalité, relativement simple. « J’ai un numéro de Siret, je dois m’inscrire sur une plateforme agréée, résume Nicolas Férand, président du Croec Provence-Alpes-Côte d’Azur. Je choisis une plateforme adaptée à mon activité. Cela peut être celle de mon logiciel de facturation, celle de ma banque ou une autre. Il suffit de s’inscrire et l’entreprise est ensuite publiée dans l’annuaire officiel de la facturation électronique. Elle dispose alors d’une adresse de routage et est en conformité. » Les responsables de Bercy ont, par ailleurs, multiplié les réunions d’information en région, avec 3 500 rencontres organisées à ce jour. De quoi faire dire à Sébastien Rabineau, directeur de projet de la facture X à la Direction générale des finances publiques, qu’« une réforme n’a sans doute jamais été autant anticipée ».
Deux étapes
À travers un jeu de questions-réponses, les experts-comptables ont pu valider leurs connaissances et préciser certains points de la réforme. Les grandes entreprises devront être pleinement opérationnelles dès le 1er septembre 2026, tant pour recevoir que pour émettre des factures électroniques. Pour les autres, la réforme se déploiera en deux temps. « Au 1er septembre 2026, ce qu’il faut retenir pour les TPE et les auto-entrepreneurs, c’est qu’ils auront l’obligation de recevoir des factures électroniques, mais pas encore d’en émettre, explique Catherine Brigant, directrice régionale des finances publiques. Par exemple, les TPE dont les clients sont des particuliers pourront conserver leurs modes de facturation actuels. En revanche, à compter du 1er septembre 2027, elles devront transmettre certaines informations dans le cadre du e-reporting. »
Virtualité et proximité
Facturation électronique, recours à l’intelligence artificielle… Et l’expert-comptable dans tout ça ? Quel rôle lui restera-t-il ? Va-t-il disparaître ? « Non. Plus le monde se virtualisera, plus les gens réclameront de la proximité, analyse Pierre Sabatier, économiste et prospectiviste. La technique progresse, l’intelligence artificielle va faire gagner du temps sur un certain nombre de tâches qui se faisaient jusqu’à présent au détriment de la relation avec le client. Or c’est précisément cette relation de confiance qui fera la différence. Dans un monde de défiance comme celui que nous connaissons aujourd’hui, les gens rechercheront des acteurs sur lesquels ils pourront s’appuyer. » Les experts-comptables ont donc encore de beaux jours devant eux.
Nouvel écosystème
Ce nouvel écosystème, né de la généralisation de la facturation électronique, promet de simplifier le quotidien des entreprises, à l’image de ce que le prélèvement à la source a représenté pour les particuliers. Dans le même temps, il doit permettre à l’État de renforcer la lutte contre la fraude et d’améliorer le recouvrement des recettes fiscales.
Reportage Joël BARCY



