Marseille. Forum des entrepreneurs des Bouches-du-Rhône. Entre morosité et volonté de se battre

Publié le 11 octobre 2026 à 19h00 - Dernière mise à jour le 11 octobre 2026 à 23h24

Il faut sourire malgré la crise qui frappe une partie du monde économique. Le Forum des entrepreneurs des Bouches-du-Rhône a connu des jours plus fastes. Pour cette 26e édition, une morosité ambiante se fait indéniablement sentir. Recul des investissements, grands dossiers comme celui de la THT en suspens… Les chefs d’entreprise peinent à se projeter.

Destimed IMG 20261010 WA0004 1
ean-Christophe Amarantinis, président de l’UPE 13, lors du 26e Forum des entrepreneurs des Bouches-du-Rhône. (Photo Joël Barcy)

Les banques comme témoins

Les banques sont un révélateur de la situation économique et de la volonté d’investir des chefs d’entreprise. Leur baromètre n’est pas au beau fixe. « On note un recul de 50 à 60 % des dépôts de dossiers de crédit pour les entreprises, insiste Jean-Christophe Amarantinis, président de l’UPE 13. Aujourd’hui, les entreprises n’investissent plus, ne s’endettent plus parce qu’elles ne croient pas en l’avenir. Ce n’est pas très bon pour la création de richesse. Au niveau de l’emploi, les chefs d’entreprise vont voir arriver un PLFSS (Projet de loi de financement de la Sécurité sociale) cataclysmique avec une hausse du coût du travail de 5 à 6 %. On est dans un étau qui est très anxiogène. »

Gouverner autrement

Le Forum des entrepreneurs alterne ateliers et tables rondes pour élargir les perspectives et réfléchir à l’avenir. Le premier débat, intitulé « Gouverner autrement », réunissait trois poids lourds de l’économie : CMA CGM, Onet et la Caisse d’Épargne CEPAC. Si la société évolue, les pratiques managériales des entreprises peinent parfois à suivre ces transformations. « On a toutes les nationalités, on a près de 40 % de femmes parmi nos collaborateurs, indique David Schajer, Executive Vice-President Group Human Resources chez CMA CGM. Mais quand on monte les échelons de décision, les proportions changent et on risque de se retrouver tous les mêmes à décider des sujets critiques. Cela me paraît particulièrement préoccupant.»

« Prendre en compte la vie privée »

Chez Onet, la mixité est une réalité ancienne. Depuis des décennies, le groupe est dirigé par une femme. Cela ne l’a pas empêché de lancer une vaste enquête sur les attentes de ses collaborateurs, dont certains résultats ont surpris la direction et révélé de nouveaux enjeux. « Ce qui nous manque vraiment, c’est de regarder quels sont les freins familiaux, personnels, à l’évolution d’un collaborateur, constate Émilie de Lombarès, présidente du directoire. Ça, c’est nouveau pour moi. Dans les freins, il faut qu’on travaille sur la situation des femmes isolées, par exemple, qui est un vrai sujet dans nos entreprises, et il faut prendre en compte plus largement la vie personnelle. »

Tordre le cou aux stéréotypes

Mais les stéréotypes ont la vie dure. Voitures pour les garçons, poupées pour les filles : ces représentations, ancrées dès l’enfance, influencent ensuite les parcours scolaires et l’orientation vers certaines disciplines où les filles demeurent largement minoritaires. Christine Fabresse, présidente du directoire de la Caisse d’Épargne CEPAC , a fait passer la proportion de femmes au sein du comité exécutif de 28 à 40 % en quatre ans. Elle estime que l’instauration de quotas dans les écoles pourrait contribuer à rééquilibrer les effectifs. « Si j’étais industrielle aujourd’hui, j’irais batailler pour qu’il y ait plus de femmes dans les écoles d’ingénieurs, quitte à appliquer des quotas obligatoires. On trouve ces biais-là dès la petite enfance et après, on pousse les filles à ne pas faire des carrières d’ingénieur. Est-ce qu’elles sont moins bonnes en maths ? Je ne le crois pas. » La compréhension entre générations constitue également un enjeu. Pour Christine Fabresse, le dialogue au sein de l’entreprise doit permettre à chacun d’exprimer ses différences et ses désaccords, y compris lors des échanges informels entre collègues. »

Et si nos responsables politiques s’inspiraient de ces femmes cheffes  d’entreprise ? Peut-être compterions-nous moins de mâles alpha dans les cabinets ministériels et davantage de capacité à comprendre les évolutions de la société. Chiche !

Reportage Joël BARCY

 

Articles similaires