Marseille. Théâtre des Bernardines :  Marie-Sophie Ferdane raconte Barbara par… Barbara

Publié le 2 octobre 2026 à 7h46 - Dernière mise à jour le 2 octobre 2026 à 7h46

Dans une mise en scène d’Emmanuel Noblet et une conception qu’elle a coécrite avec lui, d’après un montage d’Arnaud Cathrine et Clémentine Deroudille, la comédienne Marie-Sophie Ferdane évoque « la longue dame brune » avec ses propres mots. Avec, au piano, Mathieu Geghre en alternance avec Olivier Marguerit.

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Marie-Sophie Ferdane évoque « la longue dame brune » (Photo Pascal Gely )

« J’écris une chanson comme on écrit une lettre »

Elle était la longue dame brune du duo créé avec Moustaki. Elle a eu un temps pour secrétaire la romancière Marie Chaix, la sœur d’Anne Sylvestre, chanteuse avec qui elle fit un duo (hélas introuvable) sur « Les Zozos » de Pierre Perret. À ses débuts, d’ailleurs, elle interprétait parfois sur scène « Mon mari est parti » en disant : « Je vais vous chanter une chanson de Madame Sylvestre. » Anne Sylvestre lui adressant quelques clins d’œil plus tard dans « Frangines » et « Trop tard pour être une star ».

Elle eut pour pianiste Liliane Benelli, née le 13 janvier 1935 à Oran et morte à 30 ans, le 12 août 1965, dans un accident de voiture à la sortie d’Aix-en-Provence, dans une Peugeot 404 conduite par Jean-Claude Ghrenassia, frère d’Enrico Macias, lors d’une tournée avec Serge Lama, qui restera polytraumatisé plusieurs mois et qui en garde encore des séquelles aujourd’hui. Elle lui dédia « Une petite cantate », tandis que Serge Lama, inconsolable, qui déclara avoir perdu avec Liliane l’amour de sa vie, lui rendit hommage en écrivant « Sans toi », « D’aventures en aventures » et surtout « Toute blanche ». Elle était la signataire de l’inoubliable « L’Aigle noir » et affirma : « Je chante pour m’exhiber. » Elle était Barbara, née Monique Serf, autrice-compositrice-interprète française, née le 9 juin 1930 à Paris 17e et morte le 24 novembre 1997 à Neuilly-sur-Seine.

Les mots de Barbara et son rapport sacré à son métier

Loin de toute tentation hagiographique et biographique, Emmanuel Noblet, que l’on vient de voir sur scène aux Journées de la Correspondance de Manosque dans un spectacle sur Éluard et qui viendra rejoindre le lendemain, dans ce même Théâtre Jean-le-Bleu, Vincent Delerm, l’ayant convié à interpréter avec lui « Le monologue shakespearien », Emmanuel Noblet, que l’on retrouvera dans la pièce « Article 353 du Code pénal » aux Bernardines en novembre prochain, signe ici, sur une conception coécrite avec Marie-Sophie Ferdane, une pièce de théâtre où les mots de Barbara éclairent son rapport sacré à son métier.

D’après un montage confié à Clémentine Deroudille et à Arnaud Cathrine, écrivain fascinant dont le prochain roman sort en janvier prochain chez Flammarion et qui, présent lui aussi à Manosque aux Journées de la Correspondance, en est un des programmateurs, Marie-Sophie Ferdane s’est glissée dans l’âme de la chanteuse disparue, mais ici plus vivante que jamais. « J’aime beaucoup regarder les gens pour qui je chante. Après, c’est le public qui me porte », déclarait Barbara. Et la comédienne-chanteuse à la voix admirable d’éclairer de temps en temps la salle et même de faire chanter le public des Bernardines, scindé en deux parties.

Revenant sur le fait qu’avoir entendu Piaf fut un déclic, évoquant L’Écluse, le cabaret de ses débuts à Paris, « c’est là que j’ai trouvé une famille », racontant ses hommes, dont elle ne cite aucun nom d’ailleurs, Barbara apparaît dans sa lumineuse présence grâce au génie de comédienne de Marie-Sophie Ferdane, accompagnée au piano par son Roland Romanelli d’un soir, à savoir Mathieu Geghre ou Olivier Marguerit, en alternance. « J’écris une chanson comme on écrit une lettre », disait-elle, et celle qu’elle adresse ici au public nous émeut. Le spectacle fourmille d’anecdotes, nous permettant d’entendre des extraits d’interviews de Jacques Brel et de Johnny Hallyday interrogé par Drucker, et se déploie loin des clichés mélancoliques où Barbara fut injustement rangée.

« Il faut absolument qu’on sache que je suis une femme comique », avait-elle confié à un de ses amis. Femme improbable, capable de tisser une relation d’amitié sur une simple question comme « Où avez-vous trouvé ces sandales ? », suivie d’un « Venez chez moi, j’ai pour vous une robe qui ira très bien avec vos sandales ! », lancé à Marie Chaix, qui le raconte dans « L’Âge du tendre », Barbara, la dame de Rémuzat, fascine et touche au cœur.

Voilà un spectacle absolument sublime d’humilité et de vérité où Marie-Sophie Ferdane, qui interprète quelques titres tout en en lisant pas mal d’autres et finit par une danse assez rock, ne cherche pas à lui ressembler ni à l’imiter. Simplement à nous faire partager la sensibilité et la générosité de cette artiste inoubliable.

Jean-Rémi BARLAND

Au Théâtre des Bernardines, 17, boulevard Garibaldi, 13001 Marseille. Jusqu’au 3 octobre à 20 heures. Sauf le mercredi 30 septembre à 19 heures. Réservations au 09 72 13 13 20 ou sur le site des Théâtres.

 

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