Publié le 19 octobre 2026 à 12h55 - Dernière mise à jour le 19 octobre 2026 à 13h25
Les violences et les pillages qui ont frappé Marseille samedi 17 octobre provoquent une vive polémique entre le maire, Benoît Payan, et le préfet de région, Jacques Witkowski. Alors que le représentant de l’État défend les moyens mobilisés pour contenir les émeutiers, le maire dénonce un dispositif insuffisant et, surtout, des choix opérationnels inadaptés.

Jacques Witkowski défend les moyens engagés
Ils disposent des mêmes images du centre de supervision urbain, mais ne portent manifestement pas le même regard sur les événements. Jacques Witkowski estime avoir disposé des moyens nécessaires pour gérer la mobilisation du 17 octobre. Le préfet insiste cependant sur l’ampleur exceptionnelle des violences auxquelles les forces de sécurité ont dû faire face. « Nous estimons que nous faisons face aujourd’hui à entre 7 et 8 000 pilleurs, non pas manifestants », déclarait-il, évoquant des groupes de 500 à 1 500 personnes se livrant à des dégradations et à des pillages. Le représentant de l’État souligne que les unités initialement déployées ont poursuivi leur mission, saluant leur « abnégation » et leur « réactivité » dans une situation particulièrement tendue et évolutive. Mais cette appréciation est loin d’être partagée par Benoît Payan, qui considère que les risques ont été sous-estimés et que le dispositif de sécurité n’était pas adapté à la situation.
Benoît Payan dénonce des policiers et des lycéens transformés en « chair à canon »
La critique du maire ne porte pas uniquement sur le nombre de policiers et de gendarmes mobilisés. Elle vise également les instructions données aux forces de l’ordre et leur répartition sur le terrain. « Mon propos n’est pas d’incriminer la police nationale. La police nationale fait ce qu’on lui demande », insiste Benoît Payan, avant de poursuivre : « Les gendarmes font ce qu’on leur demande et ils répondent à des ordres. Je veux savoir quels ordres leur ont été donnés. » Le maire emploie alors des mots particulièrement sévères : « Je ne comprends pas pourquoi on a fait de la police, de la chair à canon. Je ne comprends pas pourquoi on a fait des lycéens, de la chair à canon. » Il dénonce une situation dans laquelle manifestants et forces de l’ordre se seraient affrontés alors que, quelques dizaines de mètres plus loin, des groupes se livraient à des pillages et à des dégradations. « À quoi est-ce qu’on joue ? », s’indigne-t-il, évoquant des scènes de « guérilla urbaine » à une centaine de mètres des affrontements. Pour Benoît Payan, les forces de sécurité auraient été mobilisées contre les manifestants alors que les casseurs poursuivaient leurs exactions dans le centre-ville. Une appréciation qui met directement en cause les choix de maintien de l’ordre, sans pour autant établir à ce stade la responsabilité précise des différents échelons de commandement.
Une bataille de chiffres qui accentue la polémique
À cette divergence sur la gestion des opérations s’ajoute désormais une controverse sur le nombre de personnes impliquées dans les violences. Dimanche soir, la préfecture des Bouches-du-Rhône a avancé le chiffre de 30 000 pilleurs, dont 8 000 émeutiers. Une estimation vivement contestée par Benoît Payan. Invité de France Inter ce lundi matin, le maire de Marseille a dénoncé un « chiffre gonflé », s’interrogeant sur la communication de la préfecture. Il évoque pour sa part environ 1 500 pilleurs, en se référant à une source policière. L’écart entre ces estimations est considérable. Il nourrit les interrogations sur l’évaluation de la situation par les autorités et sur les moyens effectivement nécessaires pour contenir les violences. Aucun bilan indépendant ne permet pour l’heure de départager ces chiffres.
Plus de 700 personnels municipaux et marins-pompiers mobilisés selon le maire
Benoît Payan met également en avant l’engagement des services municipaux. Selon lui, plus de 700 marins-pompiers et policiers municipaux ont été mobilisés sur le terrain durant la nuit. La municipalité a notamment dû faire face à l’intrusion d’individus dans l’hôtel de ville et à l’attaque du commissariat central de la police municipale, tandis que de nombreux commerces du centre-ville étaient pillés ou dégradés. Pour le maire, la question est désormais de comprendre pourquoi ces violences n’ont pas pu être empêchées et si une autre répartition des forces de sécurité aurait permis d’en limiter les conséquences. Le maintien de l’ordre relevant de l’État, Benoît Payan réclame des explications sur les effectifs déployés, les consignes données et les décisions prises au cours de cette journée.
Laurent Nuñez reporte sa visite à Marseille, les interrogations demeurent
Attendu ce lundi 19 octobre à Marseille pour rencontrer Benoît Payan, les acteurs économiques et les forces de sécurité intérieure, Laurent Nuñez a finalement reporté son déplacement. Selon la préfecture, le ministre de l’Intérieur doit participer dans l’après-midi à une réunion de travail avec le Premier ministre et plusieurs membres du gouvernement. Il a renouvelé son soutien au maire de Marseille, aux commerçants victimes des pillages et aux forces de l’ordre mobilisées. Ce report intervient alors que Laurent Nuñez a reconnu un manque d’anticipation des forces de l’ordre au niveau national et proposé sa démission à Emmanuel Macron, qui l’a refusée.
À Marseille, les interrogations de Benoît Payan restent entières. Le maire réclame des explications sur les effectifs engagés, les consignes données aux policiers et aux gendarmes et la répartition des forces de sécurité au cours des événements. Entre un préfet qui défend les moyens mobilisés et un maire qui conteste leur utilisation, le désaccord demeure. Le report de la visite ministérielle ne met pas fin à la polémique sur les conditions dans lesquelles le maintien de l’ordre a été assuré samedi 17 octobre.
joël BARCY et Patricia CAIRE



