Métropole Aix-Marseille-Provence. Oseront-ils toucher au tabou des attributions de compensation ?

Publié le 6 juillet 2026 à 21h23 - Dernière mise à jour le 6 juillet 2026 à 21h23

Une énième conférence des maires de la Métropole se tiendra ce mercredi 8 juillet. À l’ordre du jour, toujours la lancinante question du déficit. Comme d’habitude, la presse sera tenue à l’écart des débats. Il faudra attendre la sortie des élus pour savoir s’ils auront réussi à lever un tabou : celui des attributions de compensation (AC), ces 1,1 milliard d’euros reversés chaque année aux communes selon une répartition héritée du passé et de plus en plus contestée. Retour sur un cercle infernal.

Destimed Hemicycle AMP Metropole
Hémicycle de la métropole Aix-marseille Provence (Photo Joël Barcy)

 Touche pas aux AC !

 Depuis 10 ans, date de la création de la Métropole, expliquent des élus, « on a toujours fait avec les AC. Ici et là on dénonçait le versement de ces attributions de compensations aux communes mais aucun maire n’a vraiment voulu y toucher, conscient sans doute qu’aucune majorité ne se dégagerait lors d’un vote.  (Il faut une majorité des 2/3 des conseillers métropolitains et un vote favorable dans chaque commune pour réviser leurs montants ou leurs critères d’attributions NDLR).  Il fallait aussi prendre en compte la guerre picrocholine que se livraient la présidente de la Métropole, Martine vassal, et le maire de Marseille. Et puis la collectivité équilibrait son budget, notamment grâce aux dotations de l’État, alors chut ! On continuait en fermant les yeux, comme si de rien n’était.»

Cercle infernal

Mais quand l’État a sérieusement réduit ses subventions, le déficit a explosé. 144 M€ à combler pour le budget 2026. Le tout nouveau président, Nicolas Isnard, attribue le déficit à la baisse des dotations de l’État. Il en appelle au Premier ministre et à divers parlementaires pour réviser la copie, en vain. Il convoque une conférence des maires qui décident de le suivre et de ne pas proposer de budget et de renvoyer la patate chaude entre les mains de l’État. Le préfet demande alors à la chambre régionale des comptes de lui rendre un avis (sous 30 jours). Un exercice totalement inédit pour la CRC qui doit éplucher un budget de quelque 5 milliards d’euros. L’avis de 187 pages est rendu.

 Économies à tous les étages

 La CRC a trouvé 90 millions d’économies après une série de coups de rabot en subventions, restrictions du train de vie de la Métropole et des embauches. Mais il reste encore 53 millions à combler. Elle conseille de sabrer dans la dotation de solidarité communautaire (DSC), créée en 2023, dotée de 66 millions d’euros. 66 – 53 = 13, autant dire que cette dotation est vidée de sa substance et se transforme en peau de chagrin. Mais les conseillers métropolitains s’apprêtent peu ou prou à valider cette copie des magistrats, qui doit encore recevoir l’approbation du préfet.

La bombe du préfet 

Dans son arrêté le préfet valide l’essentiel du document mais retoque la volonté de s’attaquer à la DSC, « qui est un outil de solidarité territoriale destiné à corriger les inégalités de ressources entre communes en ciblant tout particulièrement les quartiers prioritaires de la ville. » Marseille, déjà mal lotie au regard de son poids démographique et économique, perdrait sa chemise. Sur les 46 millions d’euros alloués à l’origine, il ne lui en resterait plus que 10 dans son escarcelle.

Le préfet dégaine une autre arme : la réduction des AC de 53 millions d’euros. Il préfère s’attaquer aux fameuses attributions de compensation pour rétablir une équité structurelle réclamée par la CRC dès 2022. Elle évoquait 178 millions de trop-perçu par les communes aux dépens de la métropole.  Étonnamment elle avait zappé cette piste dans son avis.

De 1 à 17

En s’attaquant aux AC, le préfet Jacques Witkovski s’en prend à un tabou. Ces AC sont un héritage des anciennes intercommunalités. Elles comportent des disparités majeures liées à la fiscalité professionnelle des zones industrielles de l’époque et aux transferts de compétences. Résultat:  sur les 1,1 milliard d’euros versés aux communes, le montant par habitant varie de 1 à 17:  149 euros pour un Marseillais et 2 500 euros pour un Berrois (habitant de Berre-l’Etang). Istres touche 61 millions d’euros et Marseille guère plus du double 131 millions. Face à ces chiffres, le préfet demande donc à la Métropole de prélever les 53 millions dans les AC et certainement de réviser les critères d’attributions. « On a un budget qui est basé sur des données économiques de 1999. Une génération !», dénonçait Benoît Payan lors de la dernière conférence des maires. Depuis Marseille a vu les succès de CMA-CGM mal en point à l’époque et d’autres entreprises. Le montant des AC par habitant est éclairant (cf tableau ci-dessous).

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Oser toucher à l’héritage

 Les élus oseront-ils toucher à cette poule aux œufs d’or. Le maire de Gémenos, qui est loin de faire partie des communes les plus pauvres, est prêt à être solidaire et à toucher aux AC et à la DSC. Visiblement le préfet a mis un coin dans la porte et les AC semblent moins taboues mais pas pour tout le monde.

Vent debout

 Nicolas Isnard qui se vantait du bel œcuménisme dans l’hémicycle est vent debout contre le représentant l’État. « Il s’amuse à nous diviser mais il n’y parviendra pas. Des magistrats disent de ne pas toucher aux AC et lui c’est ce qu’il préconise », s’est-il insurgé lors de la dernière session. En résumé, tous contre un et un contre tous. Benoît Payan est resté jusqu’ici relativement discret sur le sujet. Il sait que toucher aux AC revient à servir Marseille. Malgré tout il a récemment envoyé une pique au président de la Métropole. « On ne peut pas demander de l’argent à l’État et lui mordre la main », a-t-il dit  en substance. Alors l’œcuménisme de Nicolas Isnard a-t-il vécu et va-t-il se casser les dents sur les AC et le déficit. C’est toute la question.

Joël BARCY

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