À quelques jours du second tour, tour d’horizon des programmes des candidats. Entre différences marquées, propositions parfois similaires et manque d’analyses chiffrées – notamment sur les recettes-, les projets peinent souvent à convaincre sur leur faisabilité. Certaines mesures apparaissent davantage comme des promesses électorales que comme des engagements réalisables. Passage en revue des principales thématiques. Le programme de La France insoumise, bien que retirée de la mairie centrale, est également pris en compte, le mouvement se maintenant dans quatre secteurs.

La sécurité au centre des programmes
Thème dominant de la campagne, la sécurité donne lieu à une forme de surenchère. Chaque candidat ou presque s’est engouffré dans cette priorité perçue, multipliant les annonces pour répondre à une demande forte des électeurs.
Franck Allisio (Rassemblement national) : « L’ordre, l’ordre, l’ordre », martèle Franck Allisio, qui fait de la sécurité le marqueur central de son programme. Le candidat du Rassemblement national promet notamment un renforcement massif des effectifs de police municipale. D’abord évoqué à 2 400 agents d’ici la fin du mandat, cet objectif a ensuite été revu à la baisse, autour de 1 900, lors d’une conférence de presse. Il propose également la création d’un commissariat dans chaque arrondissement ainsi que de brigades spécialisées: anti-stups, anti-tags, anti-squats. Parmi les mesures les plus controversées figure la mise en place d’un pass « anti-racailles », qui réserverait certaines zones de plages et de parcs publics aux familles avec minots et aux aînés . Une mesure qui pourrait se heurter à des obstacles juridiques.
Benoît Payan (Printemps marseillais): Le maire sortant ne laisse pas le thème de la sécurité à ses adversaires. Il met en avant son bilan, affirmant avoir recruté autant de policiers municipaux en un mandat que ses prédécesseurs en un demi-siècle. Pour le prochain mandat, il propose de doubler les effectifs, avec 800 recrutements supplémentaires, pour atteindre environ 1 600 policiers municipaux. Il souhaite également ouvrir une antenne de police municipale dans chaque arrondissement et créer un conseil métropolitain de sécurité et de prévention de la délinquance. Benoît Payan entend aussi développer le recours aux médiateurs sociaux, afin de renforcer la tranquillité publique et le lien social dans les quartiers.
Martine Vassal (droite et centre): La candidate met elle aussi l’accent sur la sécurité, avec la volonté de doubler les effectifs de la police municipale et surtout d’en renforcer les prérogatives. Elle propose notamment la création d’une BAC municipale et d’une brigade municipale de lutte contre les stupéfiants. Martine Vassal souhaite également lancer un plan ARGOS, présenté comme un état-major de coordination réunissant la Ville de Marseille, la Métropole et les services de l’État, afin de mieux articuler les actions et éviter le travail en silo.
Sébastien Delogu (La France insoumise): Le candidat ne met pas en avant de renforcement des effectifs de police municipale. Il appelle en revanche l’État à développer une police de proximité, qu’il juge seule capable de lutter durablement contre les incivilités et les violences du quotidien.
Il se montre également opposé à l’armement létal des policiers municipaux, estimant que leur rôle doit avant tout s’inscrire dans une logique de prévention et de lien avec la population.
Le logement, priorité ou pas
Le drame de la rue d’Aubagne, qui a coûté la vie à huit personnes, a laissé une empreinte durable. Il a mis en lumière la vétusté de nombreux immeubles, le manque de logements sociaux et l’ampleur des passoires thermiques. Autant de constats qui ont placé le logement au cœur des priorités, en particulier pour les candidats de gauche.
Sébastien Delogu : Le candidat affiche les ambitions les plus élevées en matière de logement. Il propose la construction ou la mobilisation de 30 000 logements sur la mandature, un objectif réaffirmé lors de son meeting avec Jean-Luc Mélenchon. Pour y parvenir, il mise notamment sur le stock de logements vacants, estimé à près de 60 000 à Marseille selon certaines études, et envisage de réquisitionner un millier de logements dès la première année du mandat.
Benoît Payan : Le maire sortant a été marqué, alors dans l’opposition, par l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, un drame qui avait lourdement pesé sur la majorité municipale de l’époque et contribué à la défaite de 2020. Le logement s’impose donc comme l’une des priorités de son programme. Il propose notamment l’encadrement des loyers à l’échelle de toute la ville, la mise en place d’un « gendarme du logement », ainsi que l’extension du permis de louer. Benoît Payan veut également renforcer la transparence dans l’attribution des logements sociaux et faciliter l’accession à la propriété via le bail réel solidaire. Son programme prévoit aussi la construction de logements abordables et la création de 1 000 places d’hébergement d’urgence.
A droite, peu de contenu dans les programmes sur le logement tant chez Martine Vassal que Franck Allisio.
Éducation, similitude et différence
Sur le volet scolaire, Benoît Payan et Sébastien Delogu présentent des programmes très proches, avec des propositions largement convergentes. Martine Vassal met l’accent sur la poursuite et l’amplification de la construction et de la rénovation des écoles. De son côté, Franck Allisio défend une approche plus sécuritaire, en proposant de sanctuariser les établissements scolaires et d’instaurer le port de l’uniforme pour les élèves.
Benoît Payan : Le maire sortant souhaite poursuivre le plan de construction et de reconstruction des écoles, engagé durant le mandat, avec l’objectif d’atteindre 188 établissements rénovés ou reconstruits d’ici la fin de la décennie. Il entend également renforcer les dispositifs de gratuité. Près de 15 000 enfants parmi les plus modestes pourraient bénéficier de la cantine gratuite, tandis que des petits-déjeuners seraient proposés aux élèves qui en ont besoin. La première heure d’activités périscolaires deviendrait elle aussi gratuite. Enfin, le montant du kit scolaire serait revalorisé, passant de 80 à 150 euros dès la prochaine rentrée.
Sébastien Delogu : Le candidat propose lui aussi de construire et rénover des écoles, avec un modèle d’établissements plus petits. Il défend également la gratuité de la cantine et la remunicipalisation des cuisines scolaires. Des petits-déjeuners gratuits seraient proposés en priorité dans les quartiers populaires. Sébastien Delogu souhaite par ailleurs remplacer le kit scolaire par un « kit piscine » pour tous les élèves du primaire, et garantir une sectorisation scolaire plus transparente.
Martine Vassal : La candidate propose de construire de nouvelles crèches et écoles et de lancer un audit global de la Société publique des écoles marseillaises (SPEM), afin de planifier la rénovation et la construction de 60 établissements par an. Elle souhaite également élargir les horaires d’ouverture des bibliothèques, avec une fermeture fixée à 21 heures minimum.
Franck Allisio : Le candidat propose une approche très axée sur la sécurité à l’école. Il souhaite sécuriser et sanctuariser les établissements afin de lutter contre les intrusions. Il défend également le port de l’uniforme et propose d’expérimenter le lever des couleurs accompagné du chant de la Marseillaise.
Enfin, Franck Allisio entend lutter contre ce qu’il qualifie d’« entrisme idéologique » au sein des établissements scolaires.
Franck Allisio offre un tout autre programme, centré à nouveau sur la sécurité. Il veut sécuriser et sanctuariser les écoles afin de lutter contre les intrusions. Mettre en place le port de l’uniforme. Expérimenter le lever des couleurs et du chant de «La Marseillaise». Enfin lutter contre l’entrisme idéologique à l’école.
Propreté à tous les étages
« Sale » : le constat est largement partagé sur l’état de la cité phocéenne. Tous les candidats en conviennent, mais les réponses proposées divergent.
Martine Vassal : La candidate souhaite reprendre la compétence de la voirie et de la propreté à la Métropole, reconnaissant de facto les limites de l’organisation actuelle, qu’elle préside pourtant. Elle propose de déléguer ces missions aux mairies de secteur, afin de gagner en efficacité et en réactivité. Martine Vassal entend également renforcer la lutte contre les incivilités et mettre en place des contrats d’enlèvement des déchets avec les restaurateurs.
Benoît Payan : Le maire sortant souhaite que la compétence propreté, ainsi que les personnels, restent dans un premier temps à la Métropole, afin d’éviter toute désorganisation dans un secteur déjà en difficulté. Il propose toutefois d’en assurer la gouvernance à court terme, avant un transfert progressif aux mairies de secteur, dans une logique de proximité et d’efficacité.
Sébastien Delogu : Le candidat propose la création d’une régie publique de collecte des déchets, afin de reprendre en main un service aujourd’hui en partie confié au privé.
Franck Allisio : À l’inverse, il souhaite maintenir l’organisation actuelle, en laissant la compétence propreté à la Métropole.
Mesures sociales
Les propositions dans ce domaine émanent principalement des candidats de gauche. À droite et à l’extrême droite, les programmes restent beaucoup plus discrets sur ces enjeux.
Benoît Payan : Le maire sortant propose la création de mutuelles municipales, notamment en matière de santé et de logement, afin de réduire les coûts et d’en faciliter l’accès pour les Marseillais qui en sont aujourd’hui privés. Il souhaite également simplifier les démarches administratives grâce à l’installation de guichets de proximité dans chaque quartier.
Son programme prévoit en outre la création du premier Ehpad public de la ville dans le 15e arrondissement, ainsi que d’une Cité des femmes, destinée à accueillir les associations qui accompagnent les femmes au quotidien.
Sébastien Delogu : Le candidat met l’accent sur la monoparentalité, avec la création d’une carte municipale dédiée aux familles monoparentales, donnant accès à des droits prioritaires et à des tarifs réduits pour les services municipaux. Il propose également de rendre la fiscalité municipale plus équitable pour les parents isolés, en excluant la pension alimentaire du calcul du quotient familial municipal, et de créer un guide municipal de la monoparentalité.
Des idées multiples pour conclure
Benoît Payan : Le maire sortant propose la création d’un boulodrome international couvert dans les quartiers Est ainsi que l’aménagement d’un parc de 10 hectares au pied de Notre-Dame-de-la-Garde, afin d’améliorer l’accueil des quelque deux millions de visiteurs annuels.
Martine Vassal : La candidate souhaite transformer les îles du Frioul en station balnéaire, avec notamment la création d’un centre de plongée international. Elle propose également de rendre accessible l’ensemble du littoral, de la plage des Corbières jusqu’aux Goudes.
Sébastien Delogu : Il met l’accent sur les équipements de proximité, en proposant une rénovation complète des piscines municipales, y compris des projets attendus de longue date, comme la piscine Nord ou celle de Luminy.
Franck Allisio : De son côté, il avance une proposition plus radicale : la vente du stade Vélodrome.
Au-delà des annonces et des effets d’affichage, ces programmes traduisent surtout des visions très différentes de la ville. Entre promesses ambitieuses, contraintes budgétaires et réalités locales, les électeurs devront trancher dimanche prochain.
Joël BARCY



