Municipales à Marseille. Que retenir du second tour ? « La droite n’a plus de fondations », analyse le politologue Norbert Nourian

Publié le 24 mars 2026 à 21h03 - Dernière mise à jour le 24 mars 2026 à 21h03

Victoire sans conteste de Benoît Payan, progression du Rassemblement national, effondrement de Martine Vassal : tels sont les principaux enseignements de ce second tour à Marseille. Quelle recomposition politique après ces résultats ? Et comment se jouera l’élection à la Métropole ? Réponses avec Norbert Nourian, politologue et président d’Angerona.

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Norbert Nourian, politologue et président d’Angerona © Joël Barcy

Cette victoire confortable de Benoît Payan avec 54,34 % des voix fera-t-elle taire ceux qui lui faisaient un procès en légitimité ?

 Ce résultat met fin au débat sur sa légitimité, relancé depuis son accession à la mairie après la démission de Michèle Rubirola.  Sa bataille contre le RN et son refus d’alliance avec LFI l’ont aussi renforcé.

Son positionnement autour d’une Marseille unie a-t-il joué ?

Toute sa campagne a été axée sur une Marseille unie. « Unité dans la diversité, diversité dans l’unité » était son leitmotiv. Une société plurielle, mais sans séparatisme ni communautarisme : c’est, selon lui, la richesse de la ville. Dans les derniers jours, il a aussi su parler à un imaginaire local, avec l’annonce d’un boulodrome international couvert dans les quartiers Est ou encore la création d’un parc au pied de la Bonne Mère. Un espace emblématique en plein air où les Marseillais pourront se promener. 
Face aux difficultés du quotidien, il a également mis en avant un socialisme municipal, avec des repas gratuits dans les écoles, un kit de rentrée ou la mise en place d’une mutuelle santé municipale.

Le Rassemblement national n’emporte pas la ville mais double son score par rapport à 2020 avec 40 % des suffrages.

Le RN réalise une réelle percée avec ce score, mais son ambition a été contrariée. À l’issue du premier tour, le coude-à-coude avec Benoît Payan laissait espérer le fauteuil de maire pour Franck Allisio. Mais il n’y a pas eu de second souffle entre les deux tours, ni de véritable dynamique. Le retrait de Sébastien Delogu et une plus forte mobilisation des quartiers populaires ont anéanti les espoirs du parti. Le RN ne gagne que 5 points, quand Benoît Payan progresse de 17 points. Marseille devait servir de marchepied au parti en vue de la présidentielle : sur ce point, c’est un échec.

Après le cinglant échec de Martine Vassal, la droite est-elle à reconstruire ?

La candidate de la droite et du centre a divisé son score du premier tour par plus de deux. Sa liste n’obtient que quatre élus au conseil municipal. C’est spectaculaire. Tous les poids lourds de l’époque Gaudin sont éliminés. Seule Martine Vassal conserve son siège. Après 2020, où la droite divisée avait perdu la mairie, elle s’était cette fois rassemblée mais n’obtient que 12,5 % au premier tour, contre plus de 40 % en 2020. Oui, la droite est à reconstruire. Mais avec qui, et comment ?

Cette reconstruction prendra du temps ?

Forcément. Il n’y a plus de fondations. Quels principes, quel projet, quelles valeurs, quelle vision ? Tout est à redéfinir, avec un collectif et des équipes.

Martine Vassal ne désespérait pas de conserver la Métropole. Est-ce exclu aujourd’hui ?

Elle a annoncé qu’elle ne se représenterait pas. La désignation du prochain président ou de la prochaine présidente est donc très ouverte.

Alors qui peut prendre la tête de la Métropole ? Lorsque nous l’avions interrogé, en décembre, Benoît Payan indiquait que, grâce au nouveau mode de scrutin, Marseille pèsera dans le choix. C’est votre avis ?

Les 92 communes de la Métropole rassemblent 238 conseillers métropolitains. À elle seule, Marseille en compte 101. La ville apparaît donc incontournable. Il faut 120 conseillers pour obtenir la majorité absolue.

Quels équilibres se dessinent ?

Selon les projections, la gauche disposerait d’environ 93 conseillers métropolitains (67 issus de Marseille et des villes de Martigues, Vitrolles, Aubagne, Miramas…), contre 90 pour la droite et le centre. Le Rassemblement national et ses alliés pourraient compter entre 36 et 39 élus, en fonction des glissements, tandis que les sans-étiquette, majoritairement divers droite, se situeraient entre 16 et 19 sièges.

Trouver une majorité relèvera-t-il de la quadrature du cercle ?

Oui… et non. Il faudra bâtir une coalition, un cadre de gouvernance partagé.
Le futur président devra être capable de faire vivre cet accord entre des forces plurielles. La Métropole est un EPCI (Etablissement public de coopération intercommunal), une sorte de « boîte à outils » au service des communes. Elle doit fixer les grandes orientations stratégiques. Je vous rappelle que son budget est de 5 milliards d’euros, soit plus que celui du département ou de la région.

Jusqu’à présent, pour sa présidente, la Métropole a ressemblé à un outil de conquête de la ville de Marseille. Comment éviter une politisation de la Métropole ?

Il faut renforcer la logique de coopération intercommunale. Donner des délégations à des communes de sensibilités politiques différentes, afin qu’elles participent pleinement à la gouvernance et au vote des budgets.

Quel profil pour présider la Métropole ?

Il faudra une personnalité élue confortablement maire lors de ce scrutin. On imagine mal un simple adjoint diriger un ensemble de maires. Il faudra aussi un poids politique, une reconnaissance par ses pairs et une vision.

Des noms circulent ?

Comme toujours. Les tractations ont sans doute déjà commencé. Plusieurs noms reviennent : Sophie Joissains, maire d’Aix-en-Provence, Nicolas Isnard, le maire de Salon-de-Provence Nicolas Isnard ou encore Frédéric Vigouroux, le premier magistrat de Miramas. Mais d’autres profils peuvent émerger. Une chose est sûre,  il s’agira probablement d’un maire d’une commune importante. Dans deux semaines environ, on devrait être fixés.

Propos recueillis par Joël BARCY

 

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