Le Rassemblement national (RN) et l’Union des droites pour la République (UDR) réussiront-ils à transformer le succès des législatives de 2024 lors d’une élection intermédiaire ? À en croire les sondages, l’alliance d’extrême droite fait jeu égal, voire devance le ou la maire sortant(e) dans les trois principales villes côtières de Provence-Alpes-Côte d’Azur. C’est inédit. Un front républicain existera-t-il une nouvelle fois ? Une ou plusieurs de ces grandes villes pourraient-elles tomber dans l’escarcelle du RN ? Focus sur ces trois communes.

Des maires sortants menacés
Christian Estrosi (droite), maire sortant de Nice, est menacé ; Josée Massi (droite), maire sortante de Toulon, également ; Benoît Payan (gauche), maire sortant de Marseille, est donné gagnant mais dans la marge d’erreur des sondages. La situation politique est totalement inédite pour ces municipales. Le seul précédent, mais nettement plus restreint, reste l’élection de Jean-Marie Le Chevalier à la tête de la mairie de Toulon en 1995. C’était alors le premier élu du Front national à s’emparer d’une grande ville en France. Il n’effectuera qu’un seul mandat : il est battu dès le premier tour en 2001.
Présence massive
Lors des dernières législatives de 2024, le RN et l’UDR ont remporté 30 des 42 circonscriptions de la région, soit près du quart des députés d’extrême droite à l’Assemblée nationale. Si la présence du RN reste très disparate en France -il est absent de certains départements et dans le quart des cent plus grandes villes- le Pas-de-Calais et la région Sud demeurent des terres d’élection. Lors des régionales de 2015 et de 2021, seul le retrait des listes de gauche a permis à la droite de l’emporter dans un duel face au RN. Depuis dix-sept ans, la seule opposition structurée à Christian Estrosi puis à Renaud Muselier est le Rassemblement national.
« Ça fera pschitt »
Malgré ces alertes, Renaud Muselier, président de Provence-Alpes-Côte d’Azur, se montrait encore confiant fin janvier. « On annonçait dans les sondages et dans les médias que le RN prendrait 15 à 20 villes en 2014 puis en 2020. En fait, il a gagné 15 communes en 2014 et 18 en 2020, mais au niveau national. Sur le plan régional, on disait le RN en passe de remporter plusieurs régions dont Provence-Alpes-Côte d’Azur ou les Hauts-de-France en 2021. Finalement, il n’en a eu aucune. » En résumé? pas d’alerte, cela ferait « pschitt » comme lors des scrutins précédents. Une union des partis de droite derrière un ou une candidate et les jeux seraient faits. Un optimisme que ne confirme pas les sondages.
Municipales explosives à Nice
Christian Estrosi et Éric Ciotti, les anciens « frères siamois de la droite », sont devenus les meilleurs ennemis et ne s’épargnent pas. Le duel est explosif et se joue à coups de scuds. Christian Estrosi (Horizons), le maire sortant, qualifie son challenger de « Trump aux petits pieds », tandis qu’Éric Ciotti (UDR-RN) dénonce « un système Estrosi » et l’endettement catastrophique de la ville.
Christian Estrosi brigue un quatrième mandat, peut-être celui de trop, certainement le plus difficile. Éric Ciotti, c’est un peu le sparadrap du capitaine Haddock donc impossible pour l’ancien pilote de moto de s’en débarrasser. Au fil des semaines, Éric Ciotti a gagné du terrain au point de dépasser la figure tutélaire de la ville depuis près de vingt ans et de faire la course en tête avec plus de dix points d’avance dans le dernier sondage OpinionWay du 2 mars (45 % contre 33 %).
Son alliance avec le RN semble avoir consolidé un socle électoral puissant. Encalminé, Christian Estrosi est sur la défensive et assure que la victoire ne se mesure qu’une fois le drapeau à damier franchi. Il espère que les électeurs de gauche le soutiendront au second tour. Mais il donne parfois des coups de guidon trop brutaux. Son apparition au carnaval de Nice avec le masque de Jacques Médecin -figure emblématique et sulfureuse de la droite niçoise pendant un quart de siècle, multi-condamné et mort en exil- a brouillé son message.
« On ne se retirera pas »
L’arbitre du scrutin sera sans doute la gauche, aujourd’hui divisée en deux blocs quasi équivalents. La gauche unie serait à 12 %, tandis que LFI atteindrait 11 %. Toutes deux seraient en position de se maintenir si ces scores se confirmaient au soir du premier tour. Du côté de la gauche unie, la réponse fuse sur un possible désistement : « Aux dernières régionales, on s’est retirés au profit de Renaud Muselier et on l’a regretté lorsqu’on a constaté la baisse de subventions aux associations féministes et écologistes », a déclaré la tête de liste, Juliette Chesnel-Le-Roux, dans le journal Le Monde. Elle précise encore: « Nous avons prévenu nos instances nationales, Olivier Faure et Marine Tondelier : même si vous nous le demandez, on ne se retirera pas. » Dans ce contexte, une victoire de Christian Estrosi apparaît très incertaine.
Incertitude à Toulon
À Toulon, on passe d’une domination écrasante de la droite à une situation où le Rassemblement national apparaît en position de force, au moins au premier tour. La candidate RN, Laure Lavalette, ex-porte-parole de Marine Le Pen, arrive en tête dans les sondages avec 36 à 41 % des intentions de vote selon les enquêtes.
Derrière, c’est une guerre fratricide. Josée Massi (sans étiquette), maire sortante qui avait succédé à Hubert Falco en cours de mandat, arriverait en deuxième position devant Michel Bonnus (LR-Horizons). Un sondage un peu fantaisiste -qui lui attribue un bond de 15 points en trois semaines- l’a brièvement replacé devant avant qu’une autre enquête ne le ramène à son score initial. Cela ajoute de la tension… à la tension.
Au soir du premier tour, le moins bien placé devrait néanmoins se désister au profit de l’autre. Mais la confrontation laissera forcément des traces. Actuellement en quatrième position avec 11 à 13 % des intentions de vote, Magali Brunel (représentante de la gauche hors LFI) serait en position de se maintenir. C’est déjà une progression : aucun candidat de gauche n’avait dépassé la barre des 10 % en 2020. Que fera-t-elle ? Aucune position officielle pour l’instant. Exister dans l’enceinte municipale, au risque de faire passer le RN, ou disparaître : c’est toute la question. La candidate LFI, elle, ne serait pas en mesure de se maintenir et pourrait au mieux fusionner sa liste.
Marseille, ce sera serré
Depuis trois ou quatre mois, les deux principaux protagonistes se toisent. Benoît Payan affirme : « Je n’ai qu’un adversaire : Franck Allisio (RN) ». Franck Allisio réplique : « Je n’ai qu’un adversaire : Benoît Payan ». Martine Vassal a beau dénoncer un « féminicide politique » et assurer qu’elle fera mentir les sondages, les chiffres sont tenaces et la placent pour l’instant hors jeu. Les deux leaders maintiennent la course en tête et le suspense. Jamais le RN n’a été aussi fort et en mesure de gagner dans la deuxième ville de France.
Lors des législatives de 2024, le Rassemblement national avait remporté 3 des 7 circonscriptions marseillaises. La tête de liste RN, Franck Allisio, avait d’abord conservé sa circonscription de Marignane avant d’officialiser sa candidature à Marseille le 18 juin 2025, une date symbolique. La campagne démarre doucement puis le ralliement de l’ex-candidat RN de 2020, Stéphane Ravier, permet d’accélérer. L’union semble payante : sondage après sondage, Allisio progresse jusqu’à égaler le maire sortant au premier tour en janvier, entre 29 et 31 % chacun. Seul le dernier sondage redonne l’avantage à Benoît Payan (35 % contre 32 %). Derrière, Martine Vassal recule à 18 % et Sébastien Delogu reste stable autour de 13 %.
Second tour incertain
Quelle configuration aurons-nous au second tour ? C’est toute la question : quadrangulaire, triangulaire, duel ? Martine Vassal affirme qu’elle ira jusqu’au bout. Mais très souvent les états-majors parisiens ont fait entendre raison aux candidats contraints de se retirer. Ce fut le cas de Jean-Laurent Félizia lors des régionales de 2021. Après avoir annoncé son maintien au soir du premier tour, il s’était finalement retiré le lendemain. La gauche avait alors quitté la région. Deux mandats qu’elle se sacrifie sur l’autel du front républicain.
Chez LFI, Sébastien Delogu reste discret, ou joue l’habileté politique. Il invite Benoît Payan à le rejoindre ou à se désister s’il arrivait en tête. La réciproque ? Dans toutes les hypothèses, le dernier sondage donne le maire sortant gagnant, mais dans la marge d’erreur. Le scénario le plus difficile pour Benoît Payan serait une triangulaire avec Franck Allisio et Sébastien Delogu. Les scores pourraient alors être extrêmement serrés.
Pour rappel: les municipales se tiendront les 15 et 22 mars.
Joël BARCY



