Nicolas Férand, président de l’Ordre des experts-comptables Paca : « Nous voulons faciliter l’engagement des sapeurs-pompiers volontaires »

Publié le 30 septembre 2026 à 17h31 - Dernière mise à jour le 30 septembre 2026 à 17h31

Après un été marqué par les incendies, le Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables Provence-Alpes-Côte d’Azur a décidé de mettre son expertise au service des sapeurs-pompiers volontaires. Une convention-cadre est en préparation pour faciliter leur disponibilité pendant leur temps de travail et clarifier le dispositif fiscal pour les entreprises. Cette initiative, née en Paca, pourrait rapidement prendre une dimension nationale. Entretien avec son président Nicolas Férand.

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Nicolas Férand, le président du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables (Croec) Paca © Patricia Caire

Destimed : Qu’est-ce qui a motivé cette initiative en faveur des sapeurs-pompiers volontaires ?

Nicolas Férand :  Nous sommes partis d’un constat : il existe un vrai problème pour mobiliser les sapeurs-pompiers volontaires. Ce n’est pas une question de vocation, mais de possibilité de se libérer. Un sapeur-pompier volontaire est aussi un salarié d’une entreprise ou d’une administration. Il existe une convention entre le volontaire, son employeur et le Service départemental d’incendie et de secours, le SDIS, qui prévoit notamment les conditions dans lesquelles l’employeur accepte de le libérer. En temps normal, les choses sont déjà parfois compliquées. Cet été, avec des incendies de très haute intensité, le problème s’est posé avec encore plus d’acuité. Très souvent, les volontaires prennent sur leurs jours de congé pour pouvoir partir en intervention parce que leur employeur ne peut pas, ou ne veut pas, les libérer.

Pourtant, un dispositif fiscal existe déjà pour les entreprises…

Oui. Lorsqu’un employeur libère un sapeur-pompier volontaire sur son temps de travail tout en maintenant sa rémunération, le coût correspondant peut entrer dans le dispositif du mécénat. Cela ouvre droit à une réduction d’impôt de 60 %. Mais ce mécanisme est encore mal connu et, surtout, il peut apparaître compliqué aux employeurs.  Nous nous sommes donc demandé ce que nous pouvions faire concrètement pour aider les pompiers. L’idée a été de mettre notre savoir-faire à leur disposition.

C’est ainsi qu’est née l’idée d’une convention-cadre ?

Exactement. Nous voulons rédiger un document unique destiné aux SDIS, aux sapeurs-pompiers volontaires et aux employeurs. Aujourd’hui, chaque service départemental dispose de sa propre convention et travaille avec ses moyens. Nous voulons proposer un modèle commun, accompagné d’outils permettant notamment aux entreprises de calculer facilement les sommes éligibles à la réduction d’impôt. Nous avons donc mis à contribution notre service juridique et travaillons avec la Direction des Finances publiques afin d’offrir un cadre juridique et fiscal solide. L’objectif est de fournir un outil clé en main, clair et fiable. Pour l’employeur, c’est important : s’il comprend précisément le mécanisme et sait qu’il a été validé par l’administration, il sera davantage en confiance pour libérer son salarié sapeur-pompier volontaire pendant ses heures de travail.

Il existe également d’autres avantages pour les entreprises qui emploient des sapeurs-pompiers volontaires ?

Oui. Lorsqu’un employeur s’engage à mettre à disposition un sapeur-pompier volontaire plus de huit jours par an, il peut obtenir un label. Une entreprise qui compte dans ses effectifs un sapeur-pompier volontaire peut également bénéficier d’une remise de 10 % sur son assurance couvrant les risques liés aux biens. Selon les activités, ce n’est pas négligeable.

L’initiative est née en Paca mais pourrait-elle désormais devenir nationale ?

Oui, c’est bien une initiative régionale. Au départ, nous pensions la diffuser auprès des SDIS de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais lors de nos échanges avec les représentants des sapeurs-pompiers et les différents partenaires, ce sont eux qui nous ont proposé d’accélérer. Notre calendrier devait initialement s’étaler jusqu’à la fin de l’année. Les sapeurs-pompiers nous ont demandé d’aller plus vite afin que nous puissions présenter ce travail lors du Congrès national des sapeurs-pompiers de France, qui se tient du 30 septembre au 3 octobre en Haute-Savoie. L’objectif est ensuite de pouvoir diffuser le dispositif au niveau national.

Pourquoi l’Ordre des experts-comptables s’engage-t-il sur un sujet qui paraît, à première vue, éloigné de sa mission ?

Depuis quatre ans, nous soutenons régulièrement des associations et des organisations, comme la Croix-Rouge ou celles engagées dans la lutte contre le cancer. Nous avons également soutenu Mayotte après le cyclone. Cette fois, il s’agit d’un projet coup de cœur, né à la fin de l’été. Nous avons vu ce que les pompiers avaient vécu et nous nous sommes demandé comment être réellement utiles. Faire un don était évidemment possible, mais à qui ? À quel SDIS ? Et pour financer quoi ? Nous avons préféré apporter ce que nous savons faire : notre expertise et notre réseau. Il faut savoir que les sapeurs-pompiers volontaires représentent près de 80 % des effectifs et nous avons trouvé que c’était une belle manière d’aider toute cette communauté.

Votre action ne va donc pas s’arrêter à la rédaction de cette convention ?

Non. Il faudra aussi expliquer le dispositif aux entreprises et leur donner les moyens de l’utiliser facilement. L’Ordre est présent auprès de quelque 200 000 TPE et PME de la région, ce qui nous permet de diffuser très largement cette convention. Avec les CJEC  (Club des Jeunes Experts-comptables et Commissaires aux comptes) Provence et Côte d’Azur, nous allons notamment réaliser des tutoriels vidéo. Nous proposons également de créer « Business Volontariat », qui permettra à une entreprise de bénéficier gratuitement d’un entretien de trente minutes avec un expert-comptable pour répondre à ses questions sur l’application de la convention.

Patricia CAIRE

 

 

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