Opéra de Marseille – « Don Giovanni » mis en scène par Agnès Jaoui ouvre la saison lyrique : séduisant et monstrueux !

Publié le 5 octobre 2026 à 10h12 - Dernière mise à jour le 5 octobre 2026 à 10h12

L’Opéra de Marseille ouvre sa saison avec la production de l’opéra de Mozart « Don Giovanni » mis en scène par Agnès Jaoui et dirigé par Lawrence Foster. Quant à la distribution réunie par Maurice Xiberras, le directeur général de l’Opéra-Odéon, elle est tout simplement idéale.

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Leporello (Marc Barrard) et Don Giovanni (Dario Solari) © Camille Rovera

Si vous n’avez pas, ou peu, d’expérience en matière d’opéra, nous ne saurions trop vous recommander de courir jusqu’à l’Opéra de Marseille pour voir et entendre l’une des œuvres mythiques de Mozart, Don Giovanni. Car Agnès Jaoui, qui signe ici la mise en scène, a eu la très bonne idée d’éviter toute réactualisation saugrenue de la pièce pour laisser la parole au livret qui a traversé les siècles sans perdre, hélas, une once de modernité en matière de domination, de séduction, de privilèges. Dans un décor des plus austères, nuit après nuit, elle donne vie aux caractères masculins et féminins avec précision et sans aucun fard. Elle le dit elle-même : « Je ne vois pas Don Giovanni comme un mangeur de femmes, ce n’est pas un violeur dans le livret (…) Il n’a pas peur. Il est le seul à ne pas être soumis aux normes sociales de son époque. Ça, c’est sa force de séduction. Et c’est aussi ce qui le rend monstrueux. »

Insaisissable Don Giovanni

Autour de lui et de sa liberté évoluent les autres personnages, Leporello, valet soumis, maltraité mais qui aimerait bien devenir libertin à la place du libertin, même pour quelques minutes seulement, Elvire, femme mûre, charmante et toujours amoureuse, qui a connu le bonheur entre les bras de Don Giovanni avant que celui-ci ne la quitte, Anna, « visitée » de nuit par le séducteur sans que l’on ne sache trop ce qui s’est vraiment passé dans sa chambre, Zerline, la jeune paysanne qui mène par le nez son benêt de Masetto jusqu’au mariage non sans nourrir quelque attirance pour Don Giovanni et Don Ottavio, le velléitaire prétendant d’Anna dont il sèche les larmes en permanence. Comme une micro-société d’écorchés vifs gravitant autour d’un maître lunaire puisqu’ici le soleil n’est jamais de sortie. Et certainement pour conserver au personnage principal sa part insondable, elle lui offre in fine une porte de sortie. Viva la libertà !

Lawrence Foster mozartien en diable

Pour l’occasion, l’orchestre de l’Opéra retrouve son ancien directeur musical, Lawrence Foster, qui nous rappelle combien grand est son talent. L’une des partitions iconiques de Mozart est comme une cure de jouvence pour le maître qui n’a aucun mal à procurer sa dimension et sa sensualité à la musique. Les bois et les cuivres sonnent merveilleusement bien et les cordes sont veloutées à souhait pour une interprétation vibrante et colorée.

Une distribution idéale

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De g. à dr. Donna Elvira (Margaux Poguet), Masetto (Louis Morvan), Zerline (Floriane Hasler), Leporello (Marc Barrard), Anna (Salome Jicia) et Don Ottavio (Cyrille Dubois) © Camille Rovera

Sur scène, la distribution fait preuve d’une homogénéité idéale. À commencer par le trio féminin avec une Elvire de grande classe, la soprano Margaux Poguet, dont la voix nous entraîne avec elle dans la colère puis dans le désespoir tout en restant très sensuelle. Désespoir et renoncement animent l’Anna de Salome Jicia à la ligne de chant précise et colorée. Quant à la Zerline de Floriane Hasler, sa juvénilité séduit et sa projection vocale est solide et puissante.

Pour incarner Don Giovanni tout de paillettes vêtu, le baryton uruguayen Dario Solari ne manque ni de physique, ni de voix. Son côté latino au visage émacié séduit autant qu’il inquiète. Son registre vocal est totalement maîtrisé et sa diction soignée. Marc Barrard a imposé sans faillir ce Leporello qui fait partie de son répertoire depuis belle lurette et auquel il sait donner, avec intelligence mais aussi retenue, le côté giocoso voulu par le livret. Le timbre chaleureux de Cyrille Dubois en fait un Don Ottavio intéressant et Louis Morvan s’impose avec un Masetto de qualité. Quant à Micha Schelomianski, le commandeur, il donne à ce dernier toute sa puissance avec une voix de basse profonde, sombre à souhait. Quant au chœur maison, comme il en a la bonne habitude, il se prête avec aisance aux contraintes de la mise en scène sans perdre une once de ses qualités vocales.

Michel EGEA

« Don Giovanni » de Mozart, à l’Opéra de Marseille. Prochaines représentations les 7 et 9 octobre à 20 heures, le 11 octobre à 14 h 30. opera-odeon.marseille.fr

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