Nicolas Férand, le président du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables (Croec) Paca, a livré une analyse qui résonne comme un bulletin de santé pour les 65 000 TPE-PME du territoire. Entre un secteur du bâtiment à bout de souffle et une consommation qui se fragmente, le portrait de l’économie régionale révèle une « croissance molle », mais laisse entrevoir, au détour d’une éclaircie financière, les prémices d’un second souffle pour 2027.

L’économie régionale semble aujourd’hui prisonnière d’un « faux rythme », pour reprendre l’image sportive avancée par Nicolas Férand. À la manière d’un peloton de cyclistes qui s’observe sans oser l’échappée, le tissu économique local avance avec prudence, lesté par un neuvième trimestre consécutif de baisse. Le recul de 2,6 % du chiffre d’affaires au dernier trimestre 2025 n’est pas qu’un simple indicateur comptable ; il est le reflet d’une lassitude face à l’instabilité politique et géopolitique qui, selon les experts-comptables, a fini par s’infuser dans le quotidien des chefs d’entreprise.
La fracture territoriale et le naufrage du logement
Ce marasme n’est pourtant pas uniforme. La région Provence-Alpes-Côte d’azur se dessine comme un territoire de contrastes où seule l’exception des Hautes-Alpes semble briller là où ses voisins dévissent. À Marseille, le constat est plus rude : l’activité y a reculé de 3 % au dernier trimestre, plombée par une hôtellerie en plein choc thermique, affichant un vertigineux -21 %. Si certains invoquent un effet de comparaison avec une année 2024 exceptionnelle marquée notamment par les Jeux Olympiques, Nicolas Férand y voit une alerte plus profonde sur l’attractivité réelle et les coûts de structure qui étouffent la cité phocéenne.
Le secteur du bâtiment, autrefois moteur de la croissance régionale, est sans doute celui qui suscite le plus d’inquiétude. « Le marché du neuf est quasiment inexistant », martèle le président du Croec. Des maçons aux plombiers, c’est toute une chaîne de valeur qui se grippe. Dans ce paysage où les grues se font rares, l’immobilier subit un double effet de ciseau : des taux d’intérêt qui peinent à baisser suffisamment pour solvabiliser les acheteurs, et des vendeurs qui, par une forme de résistance psychologique, refusent d’ajuster leurs prix. Cette situation « délicate », qui dure, menace désormais l’équilibre social du logement dans la région.
La fin du café gourmand : symptôme d’une consommation en berne
Dans les salles des restaurants et les terrasses des cafés, l’inflation a fini par modifier la sociologie de la consommation. Le secteur HCR (Hôtels, Cafés, Restaurants) chute de près de 5 %, un chiffre qui cache une réalité plus subtile : celle de l’arbitrage. Nicolas Férand cite l’exemple frappant du « café gourmand », ce symbole du petit plaisir de fin de repas désormais délaissé au profit d’un café simple, voire d’une absence totale de dessert. Le client aujourd’hui surveille l’addition, obligeant les restaurateurs à repenser leurs cartes, à simplifier leurs plats et à revenir à une offre de « bistrot » plus accessible pour maintenir un volume de fréquentation décent. À l’inverse, seules les pharmacies semblent immunisées, portées par une France qui « soigne » et par le développement de nouvelles missions de proximité comme les rappels vaccinaux, confirmant que la santé reste le dernier bastion de la dépense préservée.
2026 : L’oxygène viendra de la trésorerie
Pourtant, au milieu de cette grisaille, un espoir concret se dessine pour le printemps 2026. Il ne vient pas d’une reprise miraculeuse du marché, mais d’une échéance bancaire : la fin des remboursements des Prêts Garantis par l’État (PGE). Pour des milliers de structures qui ont survécu grâce à cette perfusion financière, le terme des mensualités entre mars et mai 2026 va libérer une trésorerie immédiate.
C’est ici que se joue l’avenir productif de la région. Jusqu’à présent, le PGE a servi à la survie ; demain, l’argent libéré devra servir à l’investissement. « On ne peut pas investir pour changer sa terrasse ou refaire sa cuisine quand on a 5 000 euros de PGE par mois », rappelle Nicolas Férand. Cette bouffée d’oxygène est la condition sine qua non pour que les entreprises puissent à nouveau lever de la dette d’investissement et moderniser un outil de production qui a vieilli durant la crise.
Le défi de la modernité
L’horizon 2026 est également assombri par des défis structurels. La généralisation de la facture électronique se présente comme un chantier colossal, une « jungle » pour les dirigeants non accompagnés, où l’expert-comptable devra jouer les guides pour transformer une contrainte réglementaire en outil de pilotage.
Enfin, Nicolas Férand ne cache pas son amertume face à la gestion des centres-villes, particulièrement à Marseille. Il fustige une politique de loyers et de droits de bail déconnectée de la réalité économique, où les foncières préfèrent laisser des rideaux baissés plutôt que d’ajuster leurs exigences. Son plaidoyer insiste pour que l’économie régionale reparte, il faut « refaire de la ville dans les quartiers », inciter les commerçants à s’installer et redonner au commerce de proximité sa fonction de poumon social.
En somme, si l’année 2025 a été celle de la résilience, 2026 sera celle de la transition. Entre la fin des dettes héritées du Covid et la nécessaire réinvention des modèles urbains, les TPE-PME de Provence-Alpes-Côte d’Azur attendent leur second souffle, avec l’espoir que ce « faux rythme » ne soit que le prélude à une accélération durable en 2027.
Patricia CAIRE



