Paquebots à quai : Marseille réduit la pollution… sans trancher la question du tourisme de masse

Publié le 12 avril 2026 à 21h37 - Dernière mise à jour le 12 avril 2026 à 21h37

À Marseille, les paquebots ne tournent plus au diesel à quai. Grâce à des installations électriques capables d’alimenter une ville entière, le port réduit fortement ses émissions et tente de renouer avec les riverains. Une avancée environnementale majeure, qui ne règle pas pour autant la question sensible de l’explosion du tourisme de croisière.

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À Marseille, les paquebots ne tournent plus au diesel à quai. Grâce à des installations électriques capables d’alimenter une ville entière, le port réduit fortement ses émissions.
@Joël Barcy

D’immenses câbles, capables d’alimenter une ville de 40 000 habitants, approvisionnent désormais en électricité les palaces flottants qui font escale à Marseille. Auparavant, leurs moteurs diesel fournissaient l’électricité à bord et polluaient l’ensemble des quartiers du secteur.

Moins de pollution

Ne plus faire fonctionner en continu les moteurs thermiques des bateaux à quai pour produire de l’électricité à bord : c’est l’ambition des Cenaq (connexions électriques à quai). L’opération a commencé avec les ferries, avant de concerner aujourd’hui les navires de croisière et leurs milliers de passagers. Cette évolution a permis de réduire sensiblement la pollution. « Sur dix ans, nous avons réduit de 80 % les émissions de dioxyde de soufre et de 75 % l’ensemble des émissions de particules fines », assure Christophe Castaner, président du conseil de surveillance du port de Marseille-Fos. « Nous répondons à une juste conciliation entre une activité économique nécessaire à Marseille et les exigences portées par les élus et les citoyens, qui disent : les fumées, c’est insupportable. Ça suffit. Nous y mettons un terme. »

Défi technique

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D’immenses câbles, capables d’alimenter une ville de 40 000 habitants, approvisionnent désormais en électricité les palaces flottants qui font escale à Marseille © Joël Barcy

Il a fallu mobiliser près de 200 M€ pour mettre en place ces Cenaq. L’Europe, l’État et les collectivités territoriales ont participé au financement. Au total, le port peut fournir plus de 100 MW pour alimenter ferries et paquebots, un véritable défi technique. Mais c’était, selon les responsables, une condition indispensable pour réconcilier les Marseillais avec leur port. « On ne pouvait pas envisager le développement économique du port sans prendre en compte la santé de la population », résume Renaud Muselier. « Il fallait se fixer des moyens, une perspective et des capacités techniques. »

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Christophe Castaner à la tribune devant le ministre des transports, Philippe Tabarot et un aréopage d’élus @Joël Barcy

En avance

Face aux incertitudes liées à l’approvisionnement en énergies fossiles, le ministre des Transports, Philippe Tabarot, met en avant l’atout de l’électricité française. « Nous avons la chance de disposer d’une électricité décarbonée grâce au nucléaire, et nous devons la développer. Le branchement simultané de trois navires à quai est une première en France, et Marseille l’a fait avant tout le monde. »

Attention au tourisme de masse

La ville affiche aujourd’hui quatre ans d’avance sur la législation européenne en matière d’électrification des navires à quai. Mais cette performance soulève une autre question : celle de la croissance du tourisme de croisière. « En 1996, Marseille accueillait 62 000 croisiéristes. Cette année, nous approcherons les 3 millions », souligne Laurent Lhardit, député et conseiller municipal. « Cette croissance ne pourra se poursuivre durablement que si elle respecte le choix démocratique des habitants de développer un tourisme plus équilibré, loin d’une massification qui devra être régulée. »

Marseille ira-t-elle jusqu’à limiter le nombre de passagers débarqués chaque jour, comme certaines villes européennes ? La question reste ouverte.

Reportage Joël BARCY

 

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