Pour Caracas, Téhéran et Moscou, l’année du grand basculement ? Par Hagay Sobol

L’année à peine commencée, Poutine est en train de perdre des alliés stratégiques avec l’arrestation du dictateur vénézuélien Maduro par les USA et la contestation généralisée en Iran. 2026, l’année du grand basculement ?

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@ Hagay Sobol

Poutine, embourbé dans sa guerre en Ukraine, doit se sentir bien seul en ce début d’année. Sa situation n’a jamais été aussi précaire. Pris en flagrant délit de mensonge avec l’invention d’une attaque de Kiev sur l’une de ses résidences, il voit son allié vénézuélien mis en coupe réglée par les USA et l’Ayatollah Khamenei en grande difficulté face à la contestation interne, après son échec lors de la guerre des 12 jours contre Israël. Cette « opération spéciale » que le Maître du Kremlin croyait emporter facilement a exposé la faiblesse de la Russie, autant militaire qu’économique, et sa dépendance à ses derniers alliés, face aux sanctions internationales.

Maduro ou la chute d’un caïd !

Alors que le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole mondiales (300 milliards de barils mais moins de 1% des exportations mondiales), l’incurie de ses gouvernants a transformé cette terre de richesses en un pays misérable et ostracisé. Après la mort d’Hugo Chavez, son successeur Nicolàs Maduro, dont la réélection est contestée, a choisi la surenchère plutôt que la réforme. Face à l’isolement, le narcotrafic est devenu une source de revenue essentielle pour maintenir la dictature au pouvoir. Dans ce contexte ce qui était une coopération économique avec la Russie (exploitation des gisements, restructuration de la dette…) s’est transformé en pacte de survie mutuelle face aux pressions occidentales.

Après de nombreuses mises en gardes à la fois verbales et militaires, en attaquant les convois de drogues maritimes, Donald Trump a finalement frappé la tête du régime. Une opération millimétrée, digne d’un blockbuster, a conduit à l’arrestation de l’ancien maître de Caracas et son épouse par la Delta Force pour être jugé par la justice américaine. C’est un signe très fort envoyé au Kremlin, signant la fin de la projection de sa puissance en Amérique latine, et au monde avec la supervision des gigantesques ressources d’hydrocarbure du pays par les USA.

Téhéran et ses proxys dans l’œil du cyclone !

La révolte gronde à nouveau en Iran. A la différence des précédentes, la contestation touche toutes les couches de la société, des opposants traditionnels aux soutiens du régime. Le pays manque de tout, le Rial (monnaie iranienne) ne vaut même plus le prix du papier, le peuple souffre de faim et de soif. Pourtant le régime continue à alimenter sa politique de soutien au terrorisme. Ainsi, la dictature cléricale dépense sans compter pour soutenir ses proxys très affaiblis (Hezbollah libanais, Hamas), lancer des satellites ou fabriquer des missiles et des drones (pour la Russie et une confrontation ultérieure). Fragilisée après la guerre des 12 jours contre Israël, la République islamique s’est révélée être un tigre de papier plus prompt à pendre ses opposants qu’à affronter avec succès les grand et petit Satan (USA et Israël).

Tous ces éléments ont changé la donne, le peuple n’a plus peur, car il n’a plus rien à perdre, et une organisation se fait jour. Avec un soulèvement d’abord périphérique, là où les forces de répression sont les moins nombreuses, avant de progresser vers les grands centres, des slogans unificateurs et un point de ralliement, Reza Pahlavi, le fils de l’ancien Shah. Des symboles du régime ont été attaqués, et dans certains cas la police n’est pas intervenue. La menace est telle que l’Ayatollah Khamenei a dû sortir de sa cachette pour lancer des menaces. La paranoïa d’un pouvoir aux abois et la chasse aux « espions du Mossad » n’épargnent personne, si bien que chacun peut se sentir menacé.

A cela s’ajoute, la chute de Maduro qui est une perte immense. En effet, depuis plusieurs années un axe stratégique multidimensionnel entre Téhéran, le Hezbollah et Caracas s’est constitué et renforcé en 2022, par la signature d’un plan de coopération de 20 ans centré sur la « lutte contre l’hégémonie américaine ». Le Hezbollah qui n’est pas qu’une organisation terroriste, en constituait le bras logistique et financier. L’organisation utilisait des réseaux latino-américains et son implantation au cœur de l’administration vénézuélienne pour générer des revenus (blanchiment, contrebande d’or et de pétrole, trafic de stupéfiant vers l’Afrique et l’Europe) et faciliter l’infiltration d’agents étrangers (Force al-Qods). Le groupe terroriste disposait également de bases d’entraînement comme l’île de Margarita. S’il est encore beaucoup d’obstacles à la libération du peuple iranien, toutes ces pertes sont autant d’éléments réunis pour précipiter la fin du règne sanglant des mollahs.

La fin de l’ordre mondial ?

Le silence relatif des médias face au martyre et à la révolte du peuple iranien tranche singulièrement avec le tsunami médiatique de Gaza. De même, les voix qui s’élèvent pour appeler au respect du droit international au Venezuela oublient un peu vite que c’est plus un chef de gang et un assassin qu’un président qui a été arrêté, tant Maduro a du sang innocent sur les mains et que sa réélection est contestée. Les peuples des deux nations sont dans les rues et « des révolutionnaires de salon » soutiennent leurs bourreaux au nom de grands principes, tel que le respect d’un supposé ordre mondial, qu’ils interprètent à leur manière. Mais en définitive, si les dirigeants faillissent, ce sont les peuples qui auront le dernier mot, même si cela doit déplaire à certains esprits chagrins !

Avec cette succession d’événements critiques nous assistons à un basculement qui pourrait bien entraîner la Russie dans la débâcle et redessiner les rapports de force au niveau global avec l’émergence de nouveaux acteurs, tant la nature a horreur du vide. Dès 2014, le prix Nobel de la paix, Henry Kissinger, dans son ouvrage « L’ordre du monde » nous avertissait : nous vivons une époque où, pour la première fois, toutes les régions du monde sont interconnectées, mais elles n’ont pas de vision commune de ce que devrait être « l’ordre ». Il appelait à un dialogue entre les grandes puissances pour définir des limites acceptables à la compétition, afin d’éviter un chaos généralisé.

Si l’Europe veut survivre elle doit s’impliquer collectivement et de manière volontaire pour peser. Cela passe par une défense crédible et des alliances, afin de dissuader les appétits des États prédateurs quand le dialogue ne suffit plus.

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