Grand Théâtre de Provence à Aix. Profondeur et puissance de « Un Requiem allemand »

Ce n’était, hélas, pas la version de « Un Requiem allemand » mise en scène par David Bobée -présentée en fin d’année dernière à l’opéra de Rouen puis, il y a quelques jours, à la Scène Musicale à Paris- qui était programmée ce mercredi au Grand Théâtre de Provence. Mais même en version concertante, Laurence Equilbey à la tête d’Accentus et d’Insula Orchestra a su magnifier l’œuvre si particulière de Brahms.

Destimed IMG 2203
Eleanor Lyons, Laurence Equilbey et John Brancy aux saluts devant l’Insula Orchestra et le chœur Accentus. © M.E.

« Toute chair est comme l’herbe, toute gloire humaine comme la fleur de l’herbe. L’herbe sèche et la fleur tombe. Mais la parole du Seigneur demeure… » Le deuxième chœur du Requiem de Brahms, « Denn alles Fleisch, es ist wie Gras » établit très vite la dualité de l’œuvre. Un chœur bouleversant de puissance, comme rythmé par une imposante marche funèbre, une trauermusik qui évoque sans concession la mort, il se poursuit de façon apaisée et profonde avec l’évocation salvatrice du Très Haut.

Entre puissance et profondeur spirituelle, ce Requiem saisit au cœur et happe l’auditoire pour l’amener au-delà de la simple écoute musicale dans une dimension introspective et d’une humanité prégnante. Laurence Equilbey connait cette partition dans le moindre de ses détails. Elle l’a enregistrée à plusieurs reprises, que ce soit avec orchestre ou dans sa version avec deux pianos. Et la double casquette de chef de chœur mais aussi d’orchestre de la dame lui permet d’insuffler vitalité et caractère, couleurs et sentiments jusque dans les recoins presque cachés de l’écriture « brahmsienne ».

Sous sa direction, Accentus livre des chœurs sensibles et d’une précision idéale, confirmant sans peine son excellence à tous les pupitres et son homogénéité pour des retrouvailles chaleureuses avec le public aixois. Les instruments d’époque de l’Insula Orchestra sonnent aussi à la perfection procurant à la musique sa dimension humaine et paisible en alternance avec des ensembles plus tourmentés parfaitement servis par les vents et les percussions. La soprano Eleanor Lyons et le baryton John Brancy, apportent chacun une participation de qualité à ce Requiem, que Brahms n’a jamais destiné à la célébration, qui fut, est et restera une de ses œuvres majeures.

Michel EGEA

Articles similaires