Publié le 13 juin 2026 à 12h30 - Dernière mise à jour le 14 juin 2026 à 7h09
Cinq représentations de l’opéra de Verdi « Rigoletto » referment cette saison 25/26 à l’Opéra de Marseille. Une production signée, sur scène, par Charles Roubaud, créée en 2017 aux Chorégies d’Orange et reprise deux ans plus tard sur les rives du Lacydon. Cinq représentations qui affichent complet. Vous pouvez toujours tenter votre chance en dernière minute…

Il est toujours bossu, claudiquant, bouffon aigre du duc de Mantoue, ce chasseur de femmes qu’il abhorre et qu’il craint d’autant plus que Gilda, sa fille, son unique famille, est en âge de se faire conter fleurette par le gueux… Charles Roubaud installe le drame devant une marotte géante, sceptre des fous, décors unique et efficace d’Emmanuelle Favre. C’est les années folles et les costumes créés par Katia Duflot en ont le style et la classe. Quant aux lumières de Jacques Rouveyrollis, elles sont soignées, précises et en adéquation totale avec l’action. Bref, sur scène, tout est mis en œuvre pour faire pleurer dans les chaumières.
L’attention du maestro
Dans la fosse, l’orchestre de l’opéra trouve le bon son pour Verdi, ce compositeur presque maison. Il faut dire que Paolo Arrivabeni détaille à la perfection cette partition avec une lecture plus qu’attentionnée de laquelle n’échappe aucune nuance, le maestro se permettant aussi avec bonheur d’adapter tempi et puissance afin d’accompagner idéalement les voix qui le méritent bien.
Père et fille à l’unisson
Les voix, ce sont avant tout celles de Sebastian Catana, Rigoletto et Ruth Iniesta, Gilda. Les deux ont un dénominateur commun, outre la filiation théâtrale, celui de l’engagement dans la qualité. Catana tire les larmes, voix précise, puissante à laquelle il ajoute un vibrato bienvenu qui accentue la haine et la peine. Il est Rigoletto. Quant à Ruth Iniesta, la chaleur et la rondeur de sa tessiture de soprano sont indéniables et apportent une réelle dimension émotionnelle à son personnage de jeune fille énamourée qui ira jusqu’à mourir pour sauver le duc libertin qu’elle aime et qui, lui aussi, semble l’aimer puisqu’il avoue qu’elle est la première à lui faire envisager une relation pérenne.
Superbe Deniz Uzun
Le duc de Mantoue, c’est John Osborn. Il n’a rien d’un prédateur mais est assurément jouisseur et libertin. Sa voix, teintée parfois de métal, est bien placée et il possède une certaine élégance sur le plateau. De la passion, aussi, au moment de prendre du plaisir, et visiblement d’en donner, à Maddalena. C’est la mezzo-soprano Deniz Uzun qui incarne la sœur de Sparafucille. Cuisse droite dénudée, la dame est caliente mais c’est surtout sa voix qui importe, chaude, colorée, rode, totalement maitrisée et projetée. Nous l’entendrons à nouveau avec plaisir. C’est Patrick Bolleire qui joue Sparafucille. Les graves profonds de sa tessiture renforcent le côté inquiétant de son rôle qu’il joue à la perfection. Voix grave, aussi, emplie d’émotion et de colère, que celle de Monterone qui a la traits de Maurel Endong, basse-baryton qui a notamment étudié le chant en compagnie de Magali Damonte au CRR de Marseille.
Le chœur au top
Une nouvelle fois, les Ceprano, comte et comtesse, réunissent avec bonheur Laurence Janot et Jean-Marie Delpas. A leurs côtés Marie Lenormand est une Giovanna discrète, Ana Escudero, le page, Gilen Goicoechea, Marullo, Alfred Bironen, Borsa et Norbert Dol, l’officier, complétant idéalement cette distribution très homogène. Il convient aussi de souligner la qualité du chœur maison une nouvelle fois idéalement préparé par Florent Mayet avec, à ses côtés, la pianiste de cheffe de chant Fabienne di Landro. S’il est des productions que l’on aime retrouver, ce « Rigoletto » en fait partie.
Michel EGEA
Autres représentations de « Rigoletto » les 14 juin ( 14h30) et 16 juin (20 heures). Tél.: 04 91 95 11 10 – renseignements et réservations sur opera-odeon.marseille.fr



