Publié le 3 novembre 2026 à 14h22 - Dernière mise à jour le 3 novembre 2026 à 14h34
La Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) a entamé son retrait après l’échec du Conseil de sécurité à renouveler son mandat. Un tournant dans un conflit vieux de plus d’un demi-siècle, alors que les divergences entre les grandes puissances persistent sur l’avenir du territoire. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, rappelle que le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination demeure intact.

Un retrait engagé après l’échec du Conseil de sécurité
Trente-cinq ans après son déploiement, la Minurso a cessé ses opérations dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Le Conseil de sécurité, réuni le 30 octobre, n’est pas parvenu à renouveler le mandat de cette mission créée en 1991 pour accompagner le processus de règlement du conflit opposant le Maroc au Front Polisario. Deux projets de résolution se sont affrontés. Celui présenté par les États-Unis prévoyait une prolongation d’un an, mais aussi une évolution de la mission et de son cadre politique. Le texte proposait notamment de supprimer la référence au référendum dans son intitulé et de privilégier une solution d’autonomie sous souveraineté marocaine. Il a recueilli onze voix favorables, mais s’est heurté au veto de la Russie. Moscou a défendu une autre approche, proposant une reconduction du mandat pour un an sans modification de ses missions. Ce second texte n’a obtenu que trois voix favorables, insuffisantes pour être adopté. L’absence d’accord a entraîné l’expiration du mandat de la Minurso, mettant fin à une présence onusienne de 35 ans sur le terrain.
Le démantèlement progressif des installations de l’ONU
La liquidation de la mission a débuté le 1er novembre. Selon les précisions communiquées par les Nations unies, elle prévoit le rapatriement d’environ 160 observateurs militaires, le départ de 180 personnels civils et la fermeture de treize installations. Une équipe réduite, placée sous l’autorité du Département de l’appui opérationnel des Nations unies, restera sur place afin d’organiser la fermeture des sites, le transfert des équipements et la gestion des archives. « Une équipe réduite, relevant du Département de l’appui opérationnel, supervisera désormais, sur le terrain et avec le soutien du siège de l’ONU, la fermeture ordonnée et écologiquement responsable des sites exploités par la Minurso ainsi que leur transfert », a expliqué Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général. Les opérations comprendront également le démantèlement des systèmes de communication, la clôture des contrats et le transfert ou la cession du matériel. L’ONU assure vouloir garantir la sécurité de son personnel tout au long de cette période.
Un référendum jamais organisé
La Minurso a été créée en avril 1991, à la suite d’un accord de règlement accepté par le Maroc et le Front Polisario sous l’égide des Nations unies et de l’Organisation de l’unité africaine. Sa mission consistait notamment à surveiller le cessez-le-feu et à préparer un référendum permettant à la population du Sahara occidental de choisir entre l’indépendance et l’intégration au Maroc. Mais ce référendum n’a jamais été organisé, en raison notamment de désaccords persistants sur les modalités du scrutin et le corps électoral. Depuis, le conflit est demeuré sans solution politique définitive. Le Maroc défend un statut d’autonomie du territoire sous sa souveraineté, tandis que le Front Polisario revendique le droit à l’indépendance dans le cadre de l’autodétermination. La mission avait maintenu une présence dans le territoire, avec son quartier général à Laâyoune, neuf bases d’opérations réparties de part et d’autre du mur de sable et un bureau de liaison à Tindouf.
António Guterres réaffirme le droit à l’autodétermination
Dans une déclaration publiée le 1er novembre, António Guterres a tenu à distinguer la fin de la mission de maintien de la paix de l’avenir politique du Sahara occidental. Le départ de la Minurso « ne remet nullement en cause » le « droit inaliénable à l’autodétermination » du peuple sahraoui, a souligné le secrétaire général des Nations unies. Il a appelé l’ensemble des parties à respecter ce droit et réaffirmé la disponibilité de l’ONU pour accompagner la recherche d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable. Cette démarche doit notamment se poursuivre sous l’égide de Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général pour le Sahara occidental. António Guterres a également rendu hommage aux personnels de la Minurso, à son responsable Alexander Ivanko ainsi qu’aux vingt membres de la mission décédés au cours de ces trente-cinq années.
Des inquiétudes pour la stabilité régionale
La disparition de la Minurso intervient dans un contexte sécuritaire fragile, marqué par la reprise des hostilités en 2020 et l’absence de règlement durable du conflit. La fin des activités de surveillance de la mission soulève désormais la question du maintien des mécanismes de prévention des incidents et de désescalade. Face à ces incertitudes, António Guterres a appelé les parties à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de toute initiative susceptible d’aggraver les tensions ou de compromettre la stabilité régionale. Si les Casques bleus quittent le Sahara occidental, le dossier demeure donc inscrit dans l’agenda diplomatique des Nations unies. Après trente-cinq ans de présence internationale, l’avenir du territoire reste suspendu à une solution politique que les parties ne sont toujours pas parvenues à négocier.
Anna CHAIRMANN / Nations unies



