Syrius phase 2 : à Fos-Berre, la décarbonation change d’échelle

Dix millions d’euros de financements privés, six millions d’euros d’aides de l’Ademe (Agence de la transition écologique), trente-cinq études validées et une feuille de route 2026-2030 : le programme Syrius entre dans une phase d’accompagnement décisive pour transformer les scénarios en décisions d’investissement et orchestrer, à l’échelle du territoire, les grands leviers de décarbonation de l’industrie de Fos-Berre.

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© Grand Port Maritime de Marseille-Fos

Un territoire qui se met en ordre de marche

Sur le bassin Fos-Berre, la transition industrielle ne se joue plus à coups d’intentions mais à coups d’architecture collective. C’est précisément la promesse de Syrius : fédérer industriels, collectivités, techniciens et universitaires dans une démarche structurée, engagée, et surtout utile à l’action. Le programme, porté par l’association PIIICTO avec ses partenaires Capenergies, Novachim, la Région Sud, la Métropole Aix-Marseille-Provence et le Grand Port Maritime de Marseille-Fos, s’impose comme le cadre de référence pour faire converger les projets, aligner les calendriers et éviter les trajectoires en silo.

L’enjeu est double. D’un côté, accélérer la transition vers une industrie bas carbone, souveraine et créatrice de valeur. De l’autre, donner au territoire les moyens de coordonner une transformation d’ampleur, alors que les contraintes énergétiques, logistiques et climatiques se resserrent.

De la stratégie au concret, la phase 2 ouvre la séquence décisive

Retenue début 2026 par l’Ademe dans le cadre de l’appel à projets France 2030 « Zones Industrielles Bas Carbone », la phase 2 de Syrius s’inscrit dans le prolongement direct de la phase 1, lancée en 2023. Cette première étape a permis de réaliser 28 études et de construire trois scénarios de décarbonation. Autrement dit : poser les bases, objectiver les options, tester les trajectoires.

La phase 2, elle, change de nature. Elle est dite « d’accompagnement » et doit s’étendre de 2026 à 2030. Son rôle est de consolider les trajectoires de décarbonation, de compléter les travaux initiaux et d’intégrer plus fermement les enjeux d’adaptation au changement climatique. Avec une cible claire : se rapprocher des décisions finales d’investissement, ces FID qui font basculer un projet de la planification à la transformation physique des sites.

Dans cette logique, l’Ademe vient de valider le financement de 35 études pour un montant global de 16 millions d’euros, dont 6 millions d’aides publiques. Le signal le plus fort vient toutefois du privé : désormais, plus de 65 % du financement des études est porté par les acteurs économiques, avec une contribution annoncée à hauteur de 10 millions d’euros.

« Cette nouvelle étape démontre la capacité des acteurs de l’industrie à se mobiliser autour d’un objectif commun : la décarbonation. L’industrie ne peut pas se transformer seule. Syrius incarne cet esprit collectif ; sans cette approche collaborative entre acteurs, aucune mutation n’aurait pu être amorcée », résume Cécile Henry, cheffe de projet du programme Syrius chez PIIICTO.

Les cinq chantiers qui structurent l’accompagnement

La phase 2 entend lever les verrous techniques et économiques qui ralentissent encore le déploiement des solutions. Elle s’organise autour de cinq blocs thématiques qui dessinent, en creux, la carte des priorités industrielles du bassin.

Le premier bloc vise à préciser les trajectoires de décarbonation et l’écologie industrielle et territoriale, afin de stabiliser les modèles socio-économiques et techniques des filières clés et de renforcer la résilience. Le deuxième se concentre sur les vecteurs énergétiques, qu’il s’agisse d’hydrogène, d’électrification, de ressources en eau et des besoins associés. Le troisième traite du captage, de la valorisation et du stockage du carbone, un levier déterminant pour certaines activités difficiles à abattre par la seule substitution énergétique. Le quatrième s’attaque à la logistique, à son optimisation et à sa décarbonation, dans un territoire où les flux sont un facteur stratégique. Enfin, le cinquième porte sur le développement local et l’attractivité, parce qu’une transition industrielle ne tient pas sans compétences, acceptabilité, retombées économiques et projection de long terme.

Une méthode : sécuriser l’investissement et synchroniser les stratégies

Au-delà des technologies, Syrius revendique une méthode. Les études doivent d’abord produire du « prêt à décider » : fournir des analyses de détail, des chiffrages, des options techniques et des travaux approfondis nécessaires aux industriels pour sécuriser leurs décisions finales d’investissement. Ensuite, elles doivent assurer une cohérence d’ensemble : aligner les trajectoires des industriels avec les politiques publiques territoriales et les calendriers des grands gestionnaires d’infrastructures. C’est souvent là que se joue la réussite des transitions industrielles : dans la capacité à faire coïncider un réseau, une disponibilité énergétique, une autorisation, un calendrier de travaux et une décision d’entreprise.

L’ambition affichée reste structurante : contribuer à l’objectif de réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Pour y parvenir, SYRIUS mise sur l’effet de levier d’un financement majoritairement privé et sur une dynamique de dépôt d’études annuelle auprès de l’ADEME jusqu’en 2028, dans la limite d’un montant total de financement public de 16 millions d’euros pour la phase 2.

Un signal fort pour le bassin Fos-Berre

Avec 50 industriels engagés, une montée en puissance du financement privé et un portefeuille d’études conçu pour transformer la faisabilité en décisions, la phase 2 de Syrius s’annonce comme une étape charnière. Elle ne promet pas un catalogue de solutions miracles, mais un cadre de travail et d’investissement capable de faire converger les acteurs. Dans un bassin où la transition est autant une contrainte qu’une opportunité de réindustrialisation bas carbone, c’est probablement ce qui manquait le plus : une orchestration commune, à la hauteur de l’enjeu.

La rédaction

Repères

  • 50 industriels engagés dans SYRIUS
  • 28 études réalisées en phase 1
  • 3 scénarios de décarbonation construits
  • 35 études déjà retenues pour la phase 2
  • 16 M€ de budget global (à date) en phase 2
  • 10 M€ de financements privés
  • 6 M€ d’aides publiques ADEME (en plus des 4 M€ de la phase 1)
  • Le privé assure désormais plus de 65 % du financement des études

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