Top 14 : Castres bat le RCT « à la toulonnaise »

Défense héroïque, abnégation, courage et opportunisme : tels ont été les ingrédients de la victoire castraise, amplement méritée, ce samedi 1er juin au Stade de France (19-14). En face, le RCT, gavé de ballons, a buté sur un mur, affichant impuissance, imprécisions et fébrilité durant 80 minutes, comme les Clermontois et les Toulousains face à eux ces deux dernières semaines. L’inhabituel manque de réussite au pied de Jonny Wilkinson a fini de plomber les « rouge et noir ».

Ce n’est pas en ce samedi 1er juin 2013 que le Stade Toulousain aura été égalé : le club aux 19 Boucliers de Brennus demeure le seul à ce jour à avoir réussi l’improbable doublé Coupe d’Europe-Championnat de France au cours de la même année, il y a 17 ans déjà. Comme Toulouse en 2003 (champion d’Europe battu en finale du championnat de France) et en 2008 (champion de France battu en finale de Coupe d’Europe), et Biarritz en 2006 (champion de France battu en finale de Coupe d’Europe), le RCT a donc échoué à une marche d’un exploit retentissant, qualifié d’impossible par tous les entraîneurs du Top 14 à l’entame de chaque saison. La faute en revient à une très belle équipe castraise qui a amplement mérité de ramener dans le Tarn le 4e Bouclier de Brennus de son histoire, 20 ans après son dernier titre. A Toulon, l’attente qui dure depuis 21 ans se prolongera encore au moins d’une année supplémentaire.
Il ne fallait donc décidément pas porter l’étiquette de favori cette saison. Mis à part les dix premières minutes à leur avantage, jamais les Toulonnais n’ont paru maîtres de leur sujet au Stade de France. Certes, ils n’ont cessé d’afficher des intentions de jeu, dominant notamment territorialement et en terme de possession un premier acte durant lequel ils ont été incapables de concrétiser. A ce moment-là, les Castrais paraissaient pourtant quelque peu tétanisés par l’enjeu, rendant trop rapidement le ballon au pied et manquant trois pénal-touches qui leur auraient permis de porter le jeu dans le camp « rouge et noir ». Sans le savoir, le RCT avait laissé passer sa chance tant les Tarnais apparurent ensuite beaucoup plus solides mentalement après la pause.
Mais ce manque de réalisme criant, comme en atteste l’inhabituel 42,9% de réussite de Jonny Wilkinson dans ses tentatives au pied (3/7), auquel s’ajoute un 0% dans les drops (0/1) – 14 points laissés en route -, ne peut expliquer à lui seul l’échec toulonnais. Car il a manqué beaucoup trop de choses au RCT ce samedi au Stade de France pour être en mesure de nourrir de quelconques regrets. Si les « rouge et noir » ont réussi à contenir la puissance du redoutable axe droit de la mêlée tarnaise (aucune introduction perdue, une pénalité concédée de chaque côté), en revanche la touche a failli : cinq lancers laissés en route sur l’ensemble de la rencontre, trois après la pause, dont un crucial à quatre minutes de la fin sur une touche à 5 mètres de l’en-but castrais alors qu’un essai transformé pouvait encore envoyer Toulon en prolongations. Perdre autant de munitions en finale est bien souvent rédhibitoire…

Un RCT impuissant et terriblement fébrile

Le RCT n’a surtout jamais trouvé la clé face à des Castrais qui ont mis dans leur match les ingrédients que les Toulonnais avaient si bien su assaisonner les semaines précédentes : défense héroïque, abnégation et courage. Voire même discipline, car si les Tarnais ont été pénalisés 13 fois (contre 10 pour Toulon), ils l’ont souvent été loin de leur ligne. C’est ainsi des 50 m (2 fois) et des 40 m à gauche que Wilkinson a échoué à 3 reprises… deux de ses tentatives heurtant un poteau castrais.
Comme Clermont il y a quinze jours, comme Toulouse la semaine passée, le RCT a donc été gavé de ballons… mais a rarement su quoi en faire. Peut-être même qu’à l’instar des Clermontois à Dublin, les « rouge et noir » ont trop voulu jouer dans le contexte si particulier qui accompagne une finale. Et puis, le temps passant à courir après le score, ils en sont devenus terriblement fébriles, comme en témoignent les 12 en-avant commis sur l’ensemble de la rencontre. Des statistiques qui rappellent celles des Toulousains la semaine passée à Nantes. Envolée cette incroyable force mentale qui avait caractérisé Toulon ces dernières semaines à Dublin, Nantes ou face au Leicester à Mayol : ce samedi, cette foi inébranlable en son étoile était castraise.
Car le CO a livré un match « à la toulonnaise », en jouant ni plus, ni moins qu’avec ses armes, mais de manière parfaite : une mêlée surpuissante, même si la légère supériorité tarnaise dans ce secteur n’a pas forcément été une des clés du match, une touche dominant les airs et une charnière très talentueuse faisant les bons choix aux moments clés de la rencontre. Les Tarnais y ont ajouté un certain opportunisme, avec 75% de réussite au pied (3/4) et un 100% dans les drops (2/2), même si les « bleu et blanc » ont oublié deux essais en route dans leur gros temps fort peu avant l’heure de jeu. Enfin, le CO a fait preuve d’une incroyable efficacité dans le jeu au sol, un des points forts des Toulonnais en temps normal : jamais les « rouge et noir » n’ont été en mesure de mettre de la vitesse dans leurs enchaînements, les sorties de balle des rucks étant systématiquement ralenties par les « contests » tarnais, sans compter les nombreuses munitions perdues en route. Difficile dans ces conditions de prétendre à la victoire.

Un essai assassin juste avant le repos

Alors bien sûr, Toulon a dominé la première mi-temps, même si cette emprise fut moins nette dans les 20 dernières minutes du premier acte. Mais comme on l’a déjà dit, le RCT n’a pas concrétisé ce temps fort : la faute à trois échecs de Wilkinson (2 sur pénalité et 1 drop passant juste à droite des perches), et surtout à un manque criant de liant dans les soutiens autour des zones de rucks. Enfin,la pression défensive tarnaise de tous les instants a généré un nombre inhabituel d’approximations dans les rangs toulonnais, notamment entre Frédéric Michalak et Jonny Wilkinson.
Et à force de ne pas scorer, les « rouge et noir » se sont faits contrer. Derrière une mêlée conquérante, le demi de mêlée Rory Kockott feinte la passe pour le drop de Rémy Talès et prend le trou, en profitant d’un écran involontaire de Diarra, pour aller aplatir entre les perches (40+1e). Avec la transformation, c’est Castres qui prend 7 points d’avance au repos (10-3) : c’est le tournant du match.
Car le RCT ne s’en remettra pas. Loin de libérer les « rouge et noir », en leur permettant de réenfiler leur costume favori de l’équipe qui n’ rien à perdre, ce handicap au score va au contraire les crisper … et gonfler à bloc le mental des Castrais jusque-là quelque peu timorés. Et même si Jonny Wilkinson ramène Toulon à 4 points peu après la pause (10-6, 47e), ce sont les Tarnais qui gâchent ensuite plusieurs balles de match : Diarra vendange un 2 contre 1 (51e), une pénalité de Kockott vient mourir sur le poteau (53e), un coup rasant à suivre sort en touche à moins d’un mètre de l’en-but toulonnais (55e) et Talès est empêché d’aplatir par un sauvetage sur sa ligne d’en-but de Sébastien Tillous-Borde, qui venait de remplacer Frédéric Michalak (56e). C’est donc un petit miracle que le RCT soit encore dans le match à l’heure de jeu. D’autant que si les entrées de Tillous-Borde et Van Niekerk ont amené davantage de vitesse dans la transformation du jeu, les Toulonnais, terriblement maladroits et imprécis, ne parviennent toujours pas à mettre leur jeu en place.

Deux drops fatals dans les dix dernières minutes

Le public toulonnais continue malgré tout à croire au remake de l’improbable scénario de Dublin quand Jonny Wilkinson réduit encore l’écart sur pénalité alors qu’il reste plus de dix minutes à jouer (10-9, 67e). Mais jamais les « rouge et noir » n’auront ensuite l’occasion de passer devant. Et c’est le drop, cette arme à laquelle les Toulonnais ont si souvent eu recours ces dernières semaines, qui cette fois-ci allait être utilisée à merveille par les Castrais, Rémy Talès en claquant deux en six minutes (16-9, 77e). Toulon concédait une nouvelle pénalité sur ses 40 m : Rory Kockott ne tremblait pas enlevant aux « rouge et noir » leurs dernières illusions (19-9, 80e). La réaction d’orgueil du RCT, caractérisée par l’essai après la sirène de Delon Armitage, demeurait anecdotique.
Toulon s’est donc incliné pour la septième fois en dix finales du championnat : seuls Clermont (10), l’USAP (9) et le Stade Français (8) totalisent davantage de défaites à ce stade de la compétition. Les Castrais affichent a contrario 80% de réussite (4 victoires en 5 finales) lorsqu’ils se retrouvent à 80 minutes du Bouclier de Brennus. Le CO est même en passe de devenir la bête noire du RCT : sur les six matchs couperets disputés au cours de l’histoire entre les deux équipes (entre championnat de France et Challenge européen), les Varois n’en ont remporté qu’un seul.
Une déception et une statistique cruelles qui ne doivent pas occulter la fabuleuse saison réalisée par les partenaires de Sir Jonny Wilkinson qui seront fêtés comme il se doit ce dimanche sur les bords de la rade à partir de 18 heures : si le Bouclier de Brennus, « ce satané morceau de bois », a posé un nouveau lapin au « peuple de Besagne », la H-Cup sera quant à elle bel et bien là.

Marc BESAGNE

A Saint-Denis, Stade de France, finale du Top 14
Le Castres Olympique bat le Rugby Club Toulonnais 19 à 14 (10-3)
Spectateurs : 80 000. Arbitre : M. Jérôme Garces.
Pour Castres : 1 essai : Kockott (40+1e). 1 transformation : Kockott : (40+1e). 2 pénalités : Kockott (14e, 80e). 2 drops : Talès (71e, 77e).
Pour Toulon : 1 essai : D. Armitage (80+1e). 3 pénalités : Wilkinson (7e, 47e, 67e).
Evolution du score : 0-3, 3-3, 10-3 (MT), 10-6, 10-9, 13-9, 16-9, 19-9, 19-14.
CASTRES OLYMPIQUE : Dulin – Martial, Cabannes, Baï, Andreu – (o) Talès (cap.) (puis Kirkpatrick 79e), (m) Kockott – Caballero, Claassen, Diarra (puis Bornman 73e) – Capo Ortega (puis Tekori 59e), Samson – Wihongi (puis Lazar 79e), Mach (puis Bonello 79e), Taumoepeau (puis Forestier 76e).
R.C. TOULON : D. Armitage – Wulf (puis Mermoz 64e), Bastareaud, Giteau, Palisson – (o) Wilkinson, (m) Michalak (puis Tillous-Borde 50e) – Fernandez-Lobbe, Masoe (puis S. Armitage 71e), Rossouw (puis Van Niekerk 58e) – Kennedy, Botha – Hayman (remplacement temporaire Kubriashvili 19e-28e), Bruno (puis Orioli 47e), Sheridan (puis Chiocci 68e).

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