Vœux à la presse : Renaud Muselier revendique dix ans de bilan, fait des JO 2030 le moteur des chantiers et ouvre la bataille des municipales

Lors de la cérémonie de vœux à la presse,  le président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier a mêlé hommage aux journalistes, alerte sur l’état de la liberté de la presse et long bilan d’action régionale. Il a surtout présenté les Jeux d’hiver 2030 comme un « levier historique » pour accélérer les grands projets de mobilité et d’aménagement, tout en livrant une séquence politique offensive à l’approche des municipales.

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Renaud Muselier, président de Provence-Alpes-Côte d’Azur a présenté ses voeux à la presse © Joël Barcy

Hommages et alerte sur la liberté de la presse

D’emblée, Renaud Muselier a adressé ses vœux aux rédactions et aux équipes des médias, avant de saluer la mémoire de plusieurs figures du journalisme. Il a évoqué Antoni Lallican, photojournaliste tué en octobre au Donbass lors d’une attaque de drones russes, ainsi que Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis 20 mois, estimant que « raconter le football ne devrait jamais amener en prison ». Il a également rendu hommage à Michel Caire, fondateur de Destimed, disparu en mai.

Le président de Région a ensuite dressé un constat sombre de la situation mondiale de la presse, citant le rapport annuel de Reporters sans Frontières et l’augmentation du nombre de pays où la situation est jugée « très grave ». En France, il a mis en exergue un point qu’il juge notable : selon le baromètre annuel sur la confiance dans les médias, la presse régionale resterait « la seule institution » à conserver une confiance stable, tandis que journaux télévisés, chaînes d’info, intelligence artificielle et réseaux sociaux « baissent année après année ». Dans une année qu’il décrit comme électorale, il a insisté sur le rôle des médias à l’approche des municipales dans les 946 communes de la région, réaffirmant son « combat pour la liberté de la presse ».

Dix ans à la tête de la Région : « ça a changé »

Renaud Muselier a longuement défendu son bilan, en répétant la formule : « Il y a dix ans, on avait annoncé “ça va changer”, et bien ça a changé ». Il a revendiqué une rupture avec ce qu’il décrit comme une logique passée de « tiroir-caisse » et de « saupoudrage », ainsi qu’un rééquilibrage territorial au bénéfice de zones jugées trop longtemps ignorées. Il a rappelé le rôle de la Région pendant la crise sanitaire (masques, tests, aide aux entreprises) et revendiqué une ligne directrice : faire de la Région Sud « la région du bonheur ».

À l’appui, il a déroulé une liste d’actions : chômage à 7,8 %, premier « budget 100 % vert » adossé à la Cop d’avance, montée en puissance des fonds européens, double certification anticorruption, soutien à 100 000 entreprises, ouverture à la concurrence dans les transports avec hausse des voyageurs et abonnement jeunes à 7,50 € par mois, rénovation et construction de lycées, dispositifs de pouvoir d’achat pour les lycéens, lutte contre les déserts médicaux via 124 maisons de santé, accompagnement de 55 000 victimes de violences, politique culturelle (« Une année un auteur »), labels agricoles « 100% valeurs du Sud », plan « Or bleu » sur l’eau, dynamisme touristique, et déploiement de 1 000 gardes régionaux (forêts, mer, lycées, transports).

Des « victoires nationales » et un modèle politique de rassemblement

Le président de Région a également insisté sur ce qu’il présente comme des victoires obtenues à l’échelle nationale : contrat de plan signé en 2021, lancement de la Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur, programmation militaire 2023 favorable aux infrastructures locales, et accueil de grands événements (JO 2024, JO d’hiver 2030, Coupe du monde de rugby, Tour de France à Nice). Il a aussi rappelé plusieurs combats : soutien aux forces de l’ordre, électrification à quai des navires (Marseille, Toulon, Nice à venir), défense de la Camargue en parc naturel régional, et dossiers agricoles (loup, lavande). Sur le plan politique, Renaud Muselier a mis en avant la majorité régionale « large » de 83 élus, « des écologistes pro-croissance à la droite LR, en passant par le centre », revendiquant un modèle « qui gagne et qui fonctionne » : « Notre Région d’Abord ».

Une Région « pôle de stabilité » dans un monde en bascule

Dans un passage plus international, il a décrit un moment de « changement d’époque », marqué par la fragilisation de l’ordre mondial et l’effacement du multilatéralisme. Il a cité Antoine Sfeir pour souligner, selon lui, la répétition historique des tragédies lorsque la force l’emporte sur le droit. Dans ce contexte, il a défendu l’idée d’une Europe qui doit assumer davantage sa sécurité et son autonomie, évoquant le réarmement européen et une anticipation française via une loi de programmation militaire. Il a ajouté que la Région ferait le choix de la responsabilité et de la solidarité, avec un plan Valeurs : Vision, Autorité, Liberté, Europe, Respect, Souveraineté.

Jeux d’hiver 2030 : « un levier historique » et des retombées annoncées

Au cœur de sa perspective pour les cinq prochaines années, Renaud Muselier a placé les Jeux d’hiver 2030, qu’il veut « utiles à tous ». Il a insisté sur un impact attendu dans l’ensemble des compétences régionales, « sans exception », des villages ruraux aux stations alpines, des ports aux métropoles. Pour lui, les Jeux ne sont pas « une parenthèse festive » mais un levier permettant d’obtenir des arbitrages financiers nationaux et européens.

Il a présenté l’ambition de « construire la montagne de 2050 », adaptée aux mutations climatiques et économiques, ouverte au tourisme à l’année, à la diversification des activités, au désenclavement des mobilités et à l’innovation. Il a cité des estimations du cabinet Asterès : 3,6 milliards d’euros de retombées économiques directes, 1,6 milliard de recettes fiscales et sociales, et 50 000 emplois créés, « sans compter les retombées touristiques ». Il a listé les chantiers déjà engagés : lancement du COJOP et de la SOLIDEO, protocole transport, Parlement régional, Pass Montagne, plan sport de haut niveau, ambassadeurs du sport, feuille de route environnementale, jumeau numérique des stations hôtes, accompagnement des entreprises et coopérations internationales.

L’« effet Jeux » sur les mobilités et les grands chantiers

Renaud Muselier a ensuite détaillé ce qu’il appelle l’« effet Jeux » sur les grands projets régionaux, citant la signature, en juillet 2025, de l’avenant mobilité du CPER avec l’État et des Départements, pour « débloquer » et accélérer des projets routiers et ferroviaires. Il a évoqué la modernisation de la ligne des Alpes (Marseille–Briançon), des travaux routiers autour de Gap et Briançon, et des projets structurants comme le contournement Martigues–Port-de-Bouc et la liaison Fos–Salon. Il a également cité des financements pour la Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur, les Chemins de fer de Provence (Digne–Nice), ainsi que des projets de fret et de lignes locales, sans oublier des investissements dans des lycées alpins et dans plusieurs stations.

Questions-réponses

En marge de ses vœux à la presse, Renaud Muselier a longuement répondu aux questions des journalistes sur plusieurs fronts : les retombées des Jeux d’hiver 2030, les municipales et le risque d’une poussée de l’extrême droite, les budgets culturels, mais aussi les sujets plus concrets qui pèsent au quotidien — lourdeurs administratives, disparités territoriales ou encore stratégie énergétique. À travers une ligne qu’il revendique « pragmatique », le président de la Région Sud a défendu un cap : accélérer les projets, rassembler localement et préserver les écosystèmes, notamment culturels.

Municipales à Marseille. Muselier verrouille : Vassal, «pacte de raison» et charge totale contre Payan.

Renaud Muselier a profité de ses vœux à la presse, pour fixer une ligne sans ambiguïté sur Marseille : il n’est « pas candidat » aux municipales, mais il est dans la bataille. Et il le fait au service de Martine Vassal (DVD), qu’il adoube comme « de loin la meilleure », en misant sur l’argument de l’«expérience» et de la «compétence» au moment où la droite et le centre cherchent à remettre du liant dans une campagne encore floue.

Les mauvais signaux dans les sondages ? Renaud Muselier s’emploie à les désamorcer. « Les sondages donnent des indices, mais l’expérience montre qu’un retard peut être rattrapé», dit-il, en affirmant que la campagne n’a pas véritablement démarré et qu’elle « va s’accélérer en février ». En creux : la séquence actuelle ne serait qu’un échauffement, et le vrai match commencerait quand les blocs se figeront, que les thèmes locaux prendront le dessus et que les stratégies d’alliance deviendront incontournables.

Mais c’est surtout en attaquant le maire sortant Benoît Payan (DVG) que le président de Région  cherche à installer un rapport de force. Il démonte  le bilan, dénonce une instabilité au sommet de la machine municipale et accuse les écologistes d’avoir été «noyautés»— au point, selon lui, de ne plus pouvoir exister politiquement. Il aligne ensuite des symboles : Orange qui s’éloigne de Saint-Mauront, Galeries Lafayette fermées, écoles non réalisées. Des marqueurs destinés à installer un récit : celui d’une ville en panne et d’une majorité qui n’aurait pas produit les résultats attendus.

Face à l’hypothèse RN, Renaud Muselier avance sa recette : un « pacte de raison » qui doit rassembler, additionner et éviter la division, qui «fait gagner» l’extrême droite. Il revendique des accords, respect entre partenaires, discipline de second tour. Il rappelle au passage un précédent marseillais où, selon lui, l’absence d’entente – chacun voulant «se présenter»- a coûté la ville. Dans cette mécanique, le président de Région réserve aussi ses attaques à Franck Allisio, candidat RN et conseiller régional, rappelant qu’il ferait l’objet d’un « article 40 » pour des faits supposés d’utilisation de moyens régionaux à des fins de campagne. Il tente de fragiliser sa crédibilité de candidat : « On est susceptible de voter pour quelqu’un qui n’est même pas considéré comme bon candidat », lâche-t-il. Il reste flou sur le «que faire en cas de triangulaire ?» Il esquive, évoque même la possibilité de quadrangulaires, et appelle à «de vrais débats », manière de renvoyer la suite à une campagne qu’il promet plus tranchante dès février.

« Les Jeux, ce n’est pas du rêve : c’est du concret »

Interrogé sur un possible «emballage» des bénéfices des Jeux d’hiver 2030 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier assume l’optimisme, mais le relie à une méthode : faire des Jeux un accélérateur de dossiers longtemps ralentis. Il décrit l’événement comme une « chance incroyable » pour mettre à niveau les infrastructures -stations, équipements de montagne, mais aussi transports, gares, voies ferroviaires- et, au-delà, repositionner le territoire dans la durée.

Le président de Région insiste sur une transformation qu’il juge incontournable : celle des stations de moyenne altitude, déjà fragilisées par le climat et un modèle économique « qui ne fonctionne plus ». L’objectif affiché est de construire « la montagne de 2050 », en innovant plutôt qu’en subissant. Troisième levier, selon lui : l’effet projecteur. « Les yeux seront fixés sur nous », insiste-t-il, convaincu que les Jeux peuvent servir de vitrine au savoir-faire régional, de l’industrie à la logistique, de la défense aux technologies.

Dans ce registre, il cite Sophia-Antipolis, qu’il estime « trop souvent oubliée », et qu’il veut remettre au centre comme démonstrateur d’innovation. L’idée revient à plusieurs reprises : profiter des Jeux pour mobiliser «tout le monde» et prouver une capacité d’action collective.

Pour crédibiliser l’impact, Renaud Muselier renvoie à l’étude du cabinet Asterès, évoquant 3,6 milliards d’euros de retombées économiques directes, 1,6 milliard de recettes fiscales et sociales et 50 000 emplois créés, sans compter l’image et le tourisme. Mais il insiste surtout sur les conditions de réalisation : clauses de «localité» dans les marchés, volonté d’embarquer les entreprises du territoire et exemple d’échanges avec des acteurs économiques et ferroviaires. « Ce n’est pas du rêve, c’est du pragmatique », répète-t-il, en soulignant que l’échéance 2030 oblige à trancher, prioriser, et livrer.

Culture : préserver les structures pour ne pas « tuer l’écosystème »

Sur les budgets culturels, le président reconnaît un contexte « difficile » et explique avoir attendu de connaître les arbitrages nationaux avant de fixer totalement la trajectoire régionale. Il rappelle aussi les tensions financières (avec la perte de marges budgétaires) qui ont contraint la Région à faire des choix sur l’ensemble de ses politiques publiques.

Mais sur la culture, il revendique une vigilance particulière : elle serait, selon lui, un marqueur de respect, d’ouverture d’esprit et de cohésion. Sa priorité consiste à empêcher une casse durable : «si vous tuez la structure, ça disparaît», dit-il, soulignant qu’un lieu, une scène, un acteur culturel ne se reconstruisent pas facilement. La disparition d’une structure peut, insiste-t-il, «tuer l’écosystème» et le savoir-faire — et coûter bien plus cher à rebâtir plus tard. Il défend en parallèle un principe : la Région peut aider, mais pas compenser seule si des municipalités réduisent drastiquement leurs politiques culturelles. Il plaide pour une responsabilité partagée et rappelle qu’il n’entend pas intervenir sur les contenus – au nom de la liberté culturelle.

Regrets : disparités territoriales, simplification impossible et «temps perdu»

Invité à évoquer ses regrets, Muselier cite d’abord les disparités territoriales : certains territoires capteraient mieux les financements et l’ingénierie que d’autres. Il prend l’exemple des fonds européens et laisse entendre que des villes, dont Marseille, n’auraient pas suffisamment saisi des opportunités faute d’entraînement collectif. Autre regret : l’échec à obtenir de l’État une décentralisation et une simplification plus efficaces. Il décrit une machine administrative lourde, des dossiers saturés de pièces à fournir, et un empilement de normes qui nourrit, selon lui, le découragement citoyen. À l’international, il revendique une action soutenue, tout en reconnaissant qu’il aurait voulu aller plus loin sur certains chantiers, notamment méditerranéens, freinés par les crises et les tensions géopolitiques.

Énergie : « avancer sur tout le mix, sans pari unique »

Enfin, questionné sur l’énergie dans un contexte d’incertitudes industrielles et économiques, le président de Région se présente comme un «pragmatique». Il revendique un atout régional : un mix énergétique qu’il juge exceptionnel (nucléaire, hydraulique, photovoltaïque, éolien, gaz, pétrole, hydrogène). Plutôt que de parier sur une seule technologie, il dit vouloir faire avancer tous les dossiers en parallèle et laisser ensuite «la loi du marché» et les arbitrages industriels dessiner ce qui s’imposera. Il évoque notamment des enjeux portuaires et industriels : adaptation aux navires, électrification à quai, infrastructures nécessaires à la transition, et batailles menées pour préserver des ressources stratégiques comme l’eau.

Au fil des échanges, le président de la Région Sud a défendu une même grille de lecture : faire des Jeux 2030 un accélérateur tangible, empêcher les divisions aux municipales, protéger les écosystèmes culturels et mener une politique énergétique sans dogmatisme. Une séquence dense où Renaud Muselier a tenté de transformer les inquiétudes en méthode -et les controverses en calendrier.

Reportage vidéo Joël Barcy – rédaction Patricia CAIRE 

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